Si on excepte la série il-faut-absolument-que-tu-les-lises-ce-sont-mes-livres-préférés » dont je me suis méfiée mais pas suffisamment et prêtée par une copine euphorique (Hirondelle), j’ai assez bien choisi mes livres de ce mois. Je me suis même fait quelques plaisirs littéraires formidables qui se retrouvent dans mes étagères depuis – si j’achète très peu de livres, les meilleures lectures s’installent durablement. J’enrichis notre bibliothèque comme ça, je lis d’abord, j’achète peut-être. Il n’y a que pour quelques rares auteur·ices où je ne me pose pas la question – ce qui est un tort, j’imagine.
Précisions sur ma notation
. 0.5 ⭐n’aurait pas dû être écrit
. 1 ⭐pas beaucoup mieux, mais il y a pire visiblement
. 1,5 ⭐pas terrible
. 2 ⭐Je n’ai pas aimé mais certaines choses sont à sauver
. 2,5 ⭐ impossible de trancher entre ça m’a plus et j’ai détesté, vide intersidéral
. 3 ⭐ pas mal, sans plus
. 3,5 ⭐bien, quelques réserves
. 4⭐ j’ai adoré
. 4,5 ⭐ presque parfait
. 5 ⭐ perle rare
En fin d’article, vous trouverez les auteurs par tags (plus facile de retrouver ainsi les autres livres lus).
Les titres sont cliquables, si vous souhaitez lire les résumés des ouvrages, ce que je ne fais pas.
Avril, 12 livres lus : 8 romans, 1 manga, 3 documents
4 729 pages lues

Romans

Martha ou jamais – Lune Vuillemin
Il s’agit d’un roman, pourtant l’autrice relate une véritable disparition animale, les tourtes voyageuses dont le vol éteignait le ciel durant quelques jours (nous ne saurions même plus nous le représenter). Cinq millions d’oiseaux abattus début 1900, espèce décimée en 10 ans seulement. D’une écriture douce, elle relate les murmurations, la chasse, les tueries, l’affaiblissement d’années en années, mais aussi les résistances (l’échec, lui, est laissé dans l’ombre et je le regrette). J’ai apprécié, c’est assez poétique, mais je suis peu entrée dedans, peut-être parce qu’il est très court (120 pages). L’écriture que j’avais tant aimé dans Border la bête n’apparait pas beaucoup ici, il y a de la poésie mais le rendu est froid..
Le ciel fit claquer sa langue épaisse dans le lointain. En quelques secondes il s’était paré d’ombre. Au nord, le bleu disparaissait, avalé par des ondulations anthracite. Une ligne inébranlable allait désormais relier l’aube au crépuscule. Une rivière sombre s’écoulerait devant le soleil, suivrait ses moindres déplacements à la trace, dessinerait une piste céleste en direction du sud-ouest. Elle serait flanquée d’un chœur tumultueux, qui parfois lui passerait devant comme un jeune chien rieur.
Point de fuite – Marie Colot et Nancy Guilbert
Parce que chorale, j’ai mis du temps à entrer dans l’histoire, mais elle est très juste, très poussée. La technique permet de souffler et ne pas être sous l’eau avec Mona. Je regrette pourtant qu’il n’y ait rien sur l’emprise mise en place au départ et seulement sur l’ensuite, un an après, quand l’emprise est bien en place. Montrer l’insidieux est tout autant important si ce n’est plus tant c’est mal compris par la société.
Les dialogues et le vocabulaire sont parfois un peu clichés, les personnages sont tous bien amochés (un peu pratique). Ça aurait pu être mieux comme livre, même si je suis contente de l’avoir lu ; reste le thème, important.
Petite claque par contre, sur la méthode « empêcher de dormir l’autre » que pratiquait S. avec moi et que je n’avais pas identifié.


La Colère et l’Envie – Alice Renard
Selon les parties du roman, je me suis ennuyée, j’ai été agacée, j’ai apprécié, j’ai été touchée (cette belle poésie, parfois !), je me suis perdue. Des citations parsèment l’ouvrage, elles tombent un peu bizarrement. L’écriture est différente d’une partie à l’autre, frôlant l’absurde : il faut s’adapter. Se laisser porter. La seule manière d’apprécier ce livre, je crois. Entendre que ce n’est pas une histoire peut-être, mais un conte (il n’est pas réaliste sur le handicap, ni quoi que ce soit d’ailleurs). Et puis on écoute les silences, la grâce, la beauté, et on abandonne la crédibilité au profit d’un peu de lumière. Quel livre étrange et beau…
Préférer l’hiver – Aurélie Jeannin
L’écriture est belle, poétique, j’ai été vraiment séduite. Mais je ne me suis pas attachée à ces femmes ni à cet hiver, j’ai peu apprécié la survie, les deuils, leur solitude choisie qui se retourne contre elles parce que femmes, il y avait trop de distance émotionnelle. Il m’a manqué une certaine chaleur, une implication plus profonde, ne pas connaître les prénoms de ces femmes pose de fait une barrière. Cette déconnexion était dérangeante, leur quotidien monotone. Mais la plume est agréable en fond, je vais garder un œil sur l’autrice (je crois qu’il s’agit de son premier livre).
Ne pas ruminer le passé, ne pas se projeter dans le futur, vivre ici et maintenant est sans conteste l’effort le plus important que j’aie jamais eu à fournir. Et je crois qu’il en est de même pour Maman. C’est à ce prix que nous tentons de surmonter nos deuils, l’une et l’autre. On ne se relève qu’au présent, à chaque pas, à chaque geste. C’est mon sentiment. On ne tient pas vraiment debout, on se relève, on retombe et on se relève. Et on le fait à chaque seconde. Tout cela mis bout à bout fait que nous tenons debout. En restant dans le passé, on tombe en arrière, rien ne nous retient. Si on se projette, on tombe en avant, dans ce trou incertain que représente l’avenir. Il faut être dans le présent, de façon absolue, profonde, totale, pour, à défaut de continuer de vivre, au moins ne pas mourir.


Darkwood, tome 1 : La nuit de la lune bleue – Simon R. Green
Et voici donc la série dont je parlais au début du post. J’ai adoré l’humour parodique au départ (la licorne, puis le dragon) et puis ça a glissé vers une histoire sombre pour ne pas dire glauque, ridicule vers la fin, classique dans son déroulé, dont j’ai deviné tous les ressorts. Cela s’est avéré finalement n’être que des batailles sanglantes répétitives, l’ensemble manquant de crédibilité (avec quelques soucis de traduction, des répétitions, etc). Il ne faudrait lire que les premiers chapitres, pour la licorne qui n’a pas la langue dans sa poche (elle rappelle un peu l’âne dans Shrek) : les autres personnages sont assez désagréables, pas la peine de continuer. Je me suis rapidement lassée de l’ensemble, c’était gore et du grand n’importe quoi.

Darkwood, Tome 2 : Les Epées de Haven
Le problème c’est que j’avais en ma possesion 5 livres dont je devais donner l’avis afin de les rendre à la copine exaltée (et si possible, avec le même enthousiasme). Je me suis donc lancée dans ce deuxième tome en me disant qu’au moins, j’allais retrouver la licorne et le dragon, cet humour-là était agréable. Raté. Ils ont disparu sans explication (ou si peu : à la fin du tome 1 il est suggéré qu’ils vont retrouver leur famille/peuple), les personnages ont changé leur nom et ne se ressemblent même pas, les meurtres s’enchainent de manière ridicule, c’est pire que n’importe quoi. J’ai regardé rapidement les autres tomes, c’était la même chose évidemment donc je me suis arrêtée.
Si vous saviez comme il a été difficile de dire « j’ai aimé la licorne et le dragon ». Et arrêter sa phrase là.
Les Furtifs – Alain Damasio
Il y a quelques longueurs (929 pages, aussi) et l’écriture inventée m’a parfois pris de l’énergie pour la saisir (voir quelques retours arrière pour être certaine de qui parlait, mon souci d’inattention y étant pour beaucoup). Mais ce livre est intense, poétique, incroyable, il est un beau voyage de mouvements et de certitudes éclatées. J’ai été éblouie par le vocabulaire recherché ou inventé, désarçonnée par les phrases dans des langues différentes : immersif. J’ai rarement lu un livre aussi riche. Il demande une concentration et une attention au détail comme rarement vu, mais je me suis régalée autant avec les ZAG qu’avec les furtifs. Et maintenant je les cherche, parce qu’ils sont forcément dans ce souffle sur la feuille, ou dans ce mouvement perçu par le coin de l’oeil… n’est-ce pas ?

Nous sommes la nature qu’on défonce. Nous sommes la terre qui coule, juste avant qu’elle s’enfonce. Nous sommes le cancer de l’air et des eaux, des sols des sèves et des sangs. Nous sommes la pire chose qui soit arrivée au vivant. Ok. Et maintenant ? Maintenant, la seule chose croissante que nous supporterons sera celle des arbres et des enfants. Maintenant nous serons la nature qui se défend.
– a bannière de l’article provient du livre.

La Séquence Aardtman – Saul Pandelakis
Passer après Damasio n’était pas aisé, pourtant le défi fut relevé haut la main.
C’est un roman d’anticipation brillant, vertigineux, crédible à un point inquiétant, assez lent aussi – écrit comme une tranche de vie sur 648 pages. La race humaine décline (stérilité), les bots ont leur propre vie, leur corps, leur travail. Leurs droits. Ce n’est pas de la SF, c’est bien plus que ça, il y a un rapport au corps magnifique, un militantisme queer riche, une grande maitrise du sujet. J’ai apprécié lire la transidentité sans justification, les réflexions sur le genre et sur l’identité, sur le rapport à l’IA, sur ce qui fait une personne à part entière, les ressentis de chacun. Le tout sans jugements. Les chapitres sont découpés au présent (A1, B1, etc) et au passé (titre réel), ce que j’ai mis un moment à saisir. J’ai juste regretté une fin peut-être un peu rapide (balance décisionnelle expédiée, d’après moi). Ce petit accroc mis à part, un très beau livre que je me suis empressée d’offrir à LeChat.
Je vous encourage à le trouver et le lire !
Documents

Il n’a jamais été trop tard – Lola Lafon
Réflexions sociétales et féministes de 2023 et 2024, mois par mois, abordant beaucoup de sujets importants, historiques et politiques. Le regard est inquiet, mais il a de quoi l’être. Une résistance discrète et sincère qui fait du bien à notre part d’humanité encore intacte.
Les P.S. de fin de saison se savourent avec une tasse de thé. Je le sais parce que Blanche me l’a offert en me disant « C’est comme si l’autrice avait été avec nous ces dernières années chaque fois qu’on a bu une tasse de thé, tous les thèmes de nos conversations y sont, j’avais l’impression de nous lire-entendre ». Je l’ai lu, sous les arbres et un soleil doux, connectée à mon amie. Avec un thé.
L’amitié ne se prévoit ni ne s’organise, elle est nue. Elle ne souffre pas de contrat religieux ou républicain. On ne se promet rien devant témoins. C’est une alliance non formulée qui échappe à la prévoyance.
Une employée SNCF pousse un chariot et propose une boisson chaude gratuite ainsi qu’un cookie à certains passagers, choisis. Un jeune couple fait l’objet d’une vérification : « Vous, madame, vous avez droit, c’est l’avantage business, vous, monsieur, non. » Puis, soupçonneuse : « Vous n’avez pas inversé vos places, au moins ?».
L’ « avantage business », plus qu’une opération publicitaire, dessine les contours d’un monde que l’on connaît bien. Celui dans lequel on offre une broutille à certains sous les yeux d’autres. Il s’agit de rendre l’inégalité de traitement désirable. La promesse d’un cookie gratuit et nous voilà devenus de vieux enfants qui le voudront à tout prix, vaguement honteux, quand même, d’avoir quémandé un avantage minable et, qui plus est, de se le voir peut-être, refuser. C’est un monde miroir où on se découvrira envieux, avide mais de quoi. Un espace au sein duquel on tient son rôle, sans jamais l’avoir appris. Un monde dans lequel on est envahi du désir d’avoir ce qu’on ne désire pas.
(au sujet des casseroles interdites en manifestation)
Le symbolique règne, l’État voit du sens partout : n’importe quel objet, même le plus insignifiant, est chargé d’une intention, mauvaise, sempiternellement mauvaise. Demain, une montre au poignet pourrait bien être la preuve qu’on trouve le quinquennat un peu long.
Devient-on, adulte, celle qui aurait pu nous sauver de notre adolescence ?
Interrogez votre grand-mère. Votre mère. Demandez à vos sœurs. À vos copines. À vos collègues. Questionnez celles dont l’entourage vante la « solidité ». À celles qui assurent qu’il ne leur est jamais rien arrivé de grave, demandez ce qui leur est arrivé de pas grave.
Désencombrez votre maison & votre esprit – Tisha Morris
Enfin un livre qui parle réellement du sujet, c’est-à-dire avec psychologie, profondeur et pertinence. Rien à voir avec tous les autres que j’ai pu lire, qui ne font qu’énumérer des listes de choses à faire, ou dans quel ordre les trier. Ici, l’autrice s’attelle davantage à l’esprit lui-même, à ce qui l’encombre lui et par extension la maison.
J’ai trié jeté quelques affaires pendant que je le lisais, offert ce que je ne conservais pas, mais j’ai surtout trié rangé jeté dans ma tête des pensées parasites encombrantes.

Le bric-à-brac s’apparente aux antidépresseurs. Il permet de dissimuler la souffrance.
Le bric-à-brac masque les vraies raisons de notre souffrance. Il cache la vérité, nous immobilise dans l’ombre et nous complait dans le déni.
À tout moment, si l’idée de vous séparer d’un objet chargé d’émotions vous rend mal à l’aise, interrompez-vous. Cela signifie simplement que ce n’est pas encore le bon moment. Ces conseils peuvent aller à l’encontre des autres ouvrages sur le désencombrement. Quand vous vous débarrassez d’un objet avant d’avoir intégré les émotions qui lui sont associées, vous passez à côté d’une occasion de guérir.
Le bric-à-brac est le meilleur moyen d’identifier ce que nous occultons et de savoir à quelle époque du passé nous sommes restés ancrés, par confort et par crainte. Il permet également de découvrir les traits de notre personnalité auxquels nous restons attachés alors qu’ils ne nous correspondent plus.
Les approches alternatives ont éveillé notre conscience et nous ont responsabilisés. C’est assurément une victoire. Néanmoins lorsque des émotions douloureuses font leur apparition, nous sommes capables de les repousser par une affirmation, une pensée consciente ou même la méditation. C’est bien mieux qu’un comprimé synthétique qui supprime nos émotions et provoque des effets secondaires dangereux, mais nous continuons à ignorer la souffrance sous-jacente au cœur du problème.
Si vous supprimez une émotion, vous les supprimez toutes. C’est pourquoi le bonheur est hors de portée pour la plupart d’entre nous. Nous continuons d’éviter la seule chose qui nous apporte le vrai bonheur : l’obscurité pour trouver la lumière.

Toucher la terre ferme – Julia Kerninon
Passé, présent. Devenir mère, rester femme. Regarder celle qu’on a été, accepter celle qu’on devient… J’ai retrouvé mon besoin de fuir que je n’ai pas acté, un homme merveilleux et stable, des erreurs errances, la peur. J’ai aimé lire son intimité et m’y retrouver en partie, particulièrement dans la fatigue de la vie de famille comme sa puissance incroyable. Franchise magnifique qui parle d’elle, et de nous.
Merci La Souris de me l’avoir conseillé ♡
Quand un homme me confie qu’il a eu un enfant, lui aussi, je pense en silence, Mon ami, soyons sérieux. J’étais sur le proscenium, en habits de feu, et tu louais un fauteuil d’orchestre. Tu n’as pas la moindre idée. J’ai envie de lui parler du sang, de la peur réaliste de mourir, de la douleur hallucinante, osseuse, de la morsure des points qui cicatrisent, des seins meurtris, de la pression suffocante des montées de lait, de cette impression d’avoir été fendue en deux par une hache, écartelée en étoile, points cardinaux, rose des sables.
Manga
Subaru, tome 1 – Masahito Soda
Le frère jumeau de Subaru meurt d’une tumeur au cerveau, et c’est la danse, langage qu’elle avait à l’hôpital avec son frère, qui va la maintenir et lui offrir une vie bien à elle. J’ai beaucoup aimé ce manga, assez particulier dans son dessin comme son histoire. Je précise avoir lu la version de 2026, qui contient l’équivalent de 2 tomes par rapport à la version originale (2002)
Le dessin est rude, à vif, sensible, intense, déterminé, comme la jeune fille que nous suivons. Au départ je n’appréciais pas beaucoup le coup de crayon, rapidement je l’ai intégré à l’histoire et à l’héroïne. Difficile à exprimer, mais l’un est l’autre sont comme liés.

L’histoire suit un parcours atypique, l’hôpital, puis le cabaret qui la soutient de manière inconditionnelle et la forme à la danse autant que les cours de danse classique où elle se rend. J’ai aimé particulièrement comme la danse lui sert à exprimer des émotions difficiles à faire passer sinon.
Petit regret, on ne voit pas (peut-être plus tard ?) la relation évoluer entre ses parents et elle. Hâte de lire la suite !
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