C’est un mois chaotique, bouleversant, avec un avant et un après qui ne sait pas se nommer. Personnellement, je commence à trouver que 2026 est un tsunami émotionnel doté d’un petit côté « crise existentielle » assez inconfortable – et nous ne sommes qu’en mai.
J’ai pris des notes durant ce mois, et puis j’ai effacé, j’ai effacé les phrases les couleurs les textures et il ne restait plus grand-chose à se mettre sous les yeux. Trop de temps a passé, laissant dans son sillage suffisamment de recul pour ne plus avoir l’envie (le besoin ?) de le partager. Parfois c’étaient les mots, le problème. Ce qu’ils avaient à dire. Ça m’avait fait mal à écrire, ça allait faire mal à lire (et peut-être même faire quelques dégâts parmi quelques vous), j’ai abandonné. Je n’aime pas me censurer, mais je l’ai passé en privé.
Ne voyez-vous pas combien un monde de douleurs et de peines est nécessaire
pour éduquer une intelligence et en faire une âme ?
C’est compliqué la censure, parce que ça me fait déborder, ensuite.
J’ai écouté et j’aurais probablement préféré ne pas savoir (c’est faux, aussi, bien sûr qu’il fallait que je sache pour l’accompagner, je ne pensais pas qu’elle irait jusque-là et c’est peut-être la plus belle horrible chose à faire), elle m’a dit toi c’est pareil et j’ai peiné à respirer, elle m’a demandé une promesse difficile à faire, j’ai accepté avec difficulté réticence mais j’ai accepté du mieux que je pouvais et je le lui ai dit que c’était le mieux que, elle a accepté ma demi promesse et puis elle a pleuré.
La vie est enveloppée de mort, et entre les deux nos routes sont bien étroites.
Je ne l’ai pas dit à LeChat. Je lui ai parlé de la première partie, déjà horrible, mais celle me concernant j’ai posé un voile de silence ; il est plus facile de parler des autres. Je crois. Et ça lui ferait trop mal, de manière bien inutile – nous n’y sommes pas et probablement jamais. Mais cette conversation, je ne l’avais pas vue venir.
Quel mois étrange.
Peut-être que la tristesse est un fil qu’on ne lâche pas comme ça ou un jour lointain ou jamais. Je ne sais pas. Mais je vois bien comme elle s’est liée à mes pas et que je ne m’en défais pas. C’est sûrement la raison des deux crises d’asthme (la troisième fois j’ai pris la ventoline au premier signe le plus faible juste pour être certaine de respirer sans me poser de question). Est-ce qu’on peut étouffer de tristesse, c’est possible – sinon de pollution, c’est possible aussi. Paris, que j’adore, a certainement un petit côté irrespirable coincé derrière quelques roues ; je n’ai plus l’habitude (pas davantage de la pluie). Rentrée chez moi, le problème respiratoire est redevenu gérable – juste un petit souci de pollen.
– mais je ne devrais pas en parler, c’était après, je vais trop vite ou trop loin dans le temps.
Mes tantes continuent leur silence sur l’intégralité de ce qui les touche et donc la succession ne se dit pas. Tellement, c’est la banque qui me tient involontairement au courant de ce qu’il se passe : « Nous tenons à ce que vous soyez informés, en tant qu’héritier, que nous avons procédé ce jour au règlement des avoirs auprès de l’étude. » Il y a quelqu’un, quelque part, qui a pensé que j’étais concernée. Et ce ne sont ni mes tantes, ni leur notaire. Dix jours ont encore passé avant que nous appelions cette dernière, qui visiblement me pensait au courant par mes tantes. Des papiers ont été signés sans moi, je ne sais même pas comment c’est possible. Elle m’a tout envoyé dans l’heure qui a suivi (ainsi qu’à ma notaire, dont elle avait pourtant les coordonnées depuis trois mois) et je sais enfin qu’il n’y avait pas de testament (ce qui m’étonne beaucoup), les montants dont on parle (pas élevés mais qui vont faire du bien), et, cerise, que ma cousine a signé il y a dix jours pour un accord de vente de la maison. Du coup maintenant, soudainement concernée, la notaire me demande si je suis d’accord sur le montant.
Parfois je me demande si j’existe.
Et parce que rien ne se fige jamais, nous avons tous encore été bien bousculés (cf. le 11, mais plus tard), mais dans l’autre sens cette fois. Qui sera le sujet d’un autre post. La vie s’infiltre par tous les chemins.
5
Quelques heures d’escapade amoureuse. Je me suis sentie bien, en phase avec ce printemps qui explose, je me sentais vivante. Tellement, je me suis acheté un livre d’art en anglais –je mets ça sur le compte de l’euphorie. Je ne sais même pas où je vais trouver le temps de le traduire-lire.



9
Je reçois le premier livre en anglais que j’ai commandé (le second est sur les teintures champignonesques) et si je sais qu’il va me demander du temps à décortiquer, je suis heureuse qu’il soit entre mes mains. Je suis encore en train de le feuilleter quand le psy rappelle enfin, ouvrant un chemin bloqué depuis des mois pour Chouette – j’adore sa voix, est-ce que ça se dit.
Absolument désœuvrée (c’est-à-dire, j’attends que la peinture sèche), je me lance dans un suivi de mes lectures, toujours sur Livraddict. Et j’aime profondément cette première sensation, l’idée folle de parler à quelqu’un et à personne en même temps – est-ce que j’ai perdu ce lien ici, ou alors peut-être seulement cette « première fois ». Je déroule la pensée au fur et à mesure de la lecture, qui change selon le moment du livre, fascinant. Je prends note surtout, de mon besoin de communiquer que je ne sais pas satisfaire pour l’instant et qui prend forme là-bas sous couvert de littérature.
10
Un jour nous avons acheté une chaise de bureau à Chouette, que LeChat a monté. Toute neuve. Qui a grincé dans la foulée, c’est à dire le jour même, une espèce de couinement aigu qui vrille les tympans. Il l’a démontée, remontée, huilée, il s’y est assis, il a bougé les niveaux de hauteur, il a frappé dessus avec un petit marteau, il a pensé à y planter un clou (pourquoi, je ne sais pas), il lui a sauté dessus, je crois qu’on peut dire qu’il l’a maltraitée et rien n’y a fait. J’ai proposé de la rapporter (avant qu’il l’abîme avec le marteau, je veux dire) mais LeChat a refusé, arguant qu’il saurait trouver le problème.
C’était il y a cinq mois.
Elle couine toujours, et peut-être même plus qu’avant.
Très agacé, ce matin il prend sa propre chaise (fracassée) et la donne à Chouette histoire que plus personne n’entende ce couinement insupportable. Chouette s’assoit. Et. La. Nouvelle. Chaise. Grince. La consternation est totale et le fou rire nous guette. On fait alors une expérience, pour la science : on prend ma chaise, on la déplace jusqu’à sa chambre, elle s’assoit… et elle grince.
À ce stade, nous avons plusieurs options farfelues :
1) Chouette est trop légère et fait grincer toutes les chaises
2) Chouette grince
3) une fée avec une clochette s’est installée sur les chaises.
Les deux premières étant invalidées par le fait qu’il est arrivé qu’on l’entende grincer alors que Chouette était avec nous dans le salon (si une fois le chat était fautif, une autre fois il n’y avait personne et c’était étrange du coup), il en restait une quatrième. Nous avons opté pour « ce n’est pas la chaise c’est toi » en regardant de plus près le bureau qui jusque-là n’avait jamais posé de problème. Ce fut rapidement confirmé : une vis aimantée d’une petite porte couinait.
Une histoire un peu folle dans laquelle une innocente chaise a souffert.
11
La cuisiniste s’est déplacée. Elle a mesuré, écouté, parlé, proposé, changé notre vision (à l’aide de « ce n’est pas pratique et très cher », d’accord), la cuisine et le salon vont s’imbriquer davantage et on aura à terme, bien trop de rangements. Ce qu’elle a elle-même signalé lorsqu’elle a vu nos trois casseroles et notre marmite ; on ne va pas remplir les tiroirs avec ça… J’envisage secrètement de récupérer un placard entre les deux « pièces » pour mon créatif, je rigole toute seule, du coup (et puis je l’ai dit à LeChat qui a ri aussi).
Je n’avais pas anticipé ce que ce rendez-vous allait me couter en énergie. L’après-midi est tombée sur moi comme une lumière qu’on éteint, ma vision s’est assombrie, je me suis retrouvée au bord du malaise… il semble que je me remets décidément très mal du précédent voyage à Paris, celui sous les hurlements des machines de jeux ; depuis, je m’effondre plus vite, je fais plus souvent des down autistiques, et ça m’agace.
Kira m’a confirmé quelque chose que je soupçonnais depuis quelque temps.
Bouleversant tout.
Et c’est beau, compliqué, chaotique, incroyable, merveilleux. Et fatiguant pour les mois à venir, je le crains, puisque entre temps la situation a basculé, prenant une autre route, plus rapide.
Dans le jardin, la vie a explosé là aussi.




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