Elle est morte sans même tomber, c’est presque incroyable qu’elle parte ainsi, sans heurts.
Elle est tombée mille fois, elle a basculé tant et tant elle ne fermait plus à clé la porte de chez elle et elle a lâché allongée comme si elle avait fait ça toute sa vie.
– c’est un peu vrai, qu’elle est morte toute sa vie.
Un oiseau noir, les plumes au sol.
Elle est morte. C’est arrivé en pleine nuit, elle a retiré drap et couvertures, elle a soulevé le pied hors du lit et elle est morte avant de continuer son geste, elle est morte en voulant sortir de là, elle est restée dans le lit et est sortie d’elle à la place. Une erreur de trajectoire. À trois heures, elle s’est extrait de la noirceur et a fait face à ce qu’elle était, une âme morte avant d’être partie. Elle a vu quoi, d’elle ?
– porte dans le vent, la mémoire s’ouvre sur un brouillard abandonné. Je ne sais de l’enfance qu’une peur de chat tué-congelé, est-ce qu’elle s’est vue dans cette chaleur prise, est-ce qu’elle a défilé tous les actes, est-ce que je suis la seule à les voir ?
Elle est morte celle qui me disait je ne t’aime pas juste pour rire, celle qui m’expliquait comme je ne valais rien. Je ne sais pas ce qu’on fait de ces mots, ce qu’on secoue de soi, je ne sais pas qui je suis lorsque je me croise dans le miroir, je la vois elle, je sens les coups les murs les ceintures le martinet, je ne suis que moi et je vaux quoi. Ce qu’elle a imprimé ? Elle est morte et elle cogne ma tête.
Elle n’est plus et je tremble. De froid. De solitude. Quelque chose pleure au loin sans m’atteindre, l’éternité, peut-être. Je tremble de tout ce que j’ai perdu sans jamais l’avoir eu, je deuille la mère idéale aimante douce, je suis seule. Plus jamais, une maman, une maman pour moi.
Plus jamais.
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