Au départ je cherche. C’est tout le problème. Lorsqu’on fouille il faut s’attendre à faire remonter des choses moches, je le sais, tu le sais, tout le monde le sait, si on cherche un truc, on trouve tout un tas de merdier autour. Je voulais savoir le nom des livres italiens pour comprendre le découpage français de Le dernier elfe de Silvana de Mari, en plus de quoi j’ai découvert qu’il y avait une suite de trois livres jamais traduits. J’ai tourné en rond à me dire que j’allais apprendre l’italien, puis j’ai demandé à LeChat d’arrêter d’apprendre le japonais et de passer à l’italien pour me faire la lecture le soir, il a bien rigolé et puis on a beaucoup moins ri. J’ai soudain compris pourquoi des livres traduits dans 22 langues, avec un joli succès en France, n’avaient pas eu de suite.


C’est horrifiée que je découvre que l’autrice de mon livre préféré (ou peu s’en faut), celui que je recommande facilement à la terre entière (sans exagération aucune) est homophobe, islamophobe et transphobe, au point qu’elle incite aux conversions « thérapeutiques » avec beaucoup de violence. Je ne me remets pas. Je passe par toutes les étapes, déni, colère, rage, détresse, angoisse, rage, désespoir, rage, vous noterez, la rage domine, j’ai envie de tout casser, de hurler et de pleurer dans le même laps de temps. Elle est psychothérapeute, a été radiée de l’ordre des médecins en 2023 pour ses propos, notamment complotistes autour du covid mais aussi pour les conversions qu’elle prône, virée des RS pour ses propos en -phobes (on n’y arrive même pas en France). Cette femme, aux idées complètement sexistes, arriérées, délétères, monstrueuses et violentes, a écrit le livre le plus beau et le plus bienveillant, elle a écrit sur le mal que peuvent faire les préjugés, ceux-là mêmes qui sont basés sur l’ignorance et la peur, elle dénonce la xénophobie, la toute-puissance parentale et la maltraitance. Ce livre, ces deux livres même, engendrent une réflexion sur tout ce qui fait l’humanité, sa joie, son amour, sa beauté, mais aussi son intolérance, ses préjugés, ses jalousies, ses haines basées sur la peur de l’autre, la solitude, on a même la dégradation des habitats par l’homme, une montée des eaux… et elle se fend 20 ans plus tard de propos immondes ? Elle vire extrême-droite ? Mais les gens, qui êtes-vous ? Comment est-ce qu’on bascule de la plus belle bienveillance à la plus immonde pensée ? Comment.
Et puis j’ai songé à une de mes belles-sœurs, capable d’être très ronde ou très maigre, de devenir musulmane avec port du voile puis de le retirer et de voter RN ; selon le gars dans sa vie. Un caméléon.
Peut-être que Silvana de Mari est un caméléon.
Le choc est immense pour moi. Autant Rowling lorsqu’on lit ses livres il y a plein de choses qui ne vont pas, telle la grossophobie. C’est là. C’est pas une surprise. Le terrain était déjà miné, qu’on finisse par sauter sur l’une d’elle n’a rien d’étonnant. Autant chez Silvana de Mari, la marche est haute. Il faudrait que je le relise (LeChat le fait, il veut comprendre) mais je ne vois rien qui puisse mener à de tels propos, rien. Au contraire. C’est là que ça blesse, c’est qu’elle y a écrit l’opposé total de ses déclarations transphobes, homophobes, islamophobes.
Est-ce qu’il faut brûler un livre hyper bienveillant, drôle, puissant et réparateur, qui parle d’enfances maltraitées, de SSPT et de résilience, parce que son autrice a viré connasse 20 ans après son écriture ?
Je n’ai pas la réponse.
Vous feriez quoi ? Ceux qui disent « il faut séparer l’œuvre de l’artiste », je vous ai toujours voués aux flammes de l’enfer. Pour la première fois, je bascule, complètement perdue.
Mes deux livres, Le dernier elfe et Le dernier Orc, sont en sursis. Il m’est bien plus difficile de les virer que ceux de Rowling, parce qu’ils ont une certaine perfection, parce qu’ils ont fait du bien à l’enfant en moi maltraité et battu, parce qu’ils montrent un autre chemin, ils disent qu’on peut s’en extraire et ne pas devenir son parent. Ils prônent la bienveillance, l’amour, la joie de vivre même après des traumatismes, ils parlent de penser l’autre masculin alors qu’il est féminin (!), ils insistent sur le fait qu’il y a du bon en chacun, ils parlent des étiquettes collées difficiles à se défaire et de la force qu’il y a en nous pour se sortir d’un trauma ; je n’ai pas vu de littérature jeunesse plus belle pour de tels sujets abordés, et sans aucun cliché du genre. Après l’avoir lue on devient très difficile, très critique sur la fantaisie parce qu’il peut y avoir ce niveau-là.
Comment a-t-elle pu en arriver là ?
Je ne m’en remets pas.
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