Silvana de Mari, Le dernier elfe et orc

4 commentaires

  1. Ecoute, je sais pas. Pour moi, c’est pas qu’il « faut » séparer l’artiste de l’œuvre. C’est qu’il m’est impossible de ne pas le faire si l’œuvre en question n’aborde pas ce qui est problématique dans la vie de son créateur.
    Mais j’ai bien conscience de dire ça parce que les artistes auxquels je pense, ce ne sont pas des gens que j’admire immensément. Polanski, par exemple. Je sais qu’il est problématique, je sais pourquoi, mais ses films ne m’y confrontent pas donc « ça ne me dérange pas ». Ajoute tous les guillemets nécessaires , je parle bien de l’œuvre et pas du personnage.
    Ou Marilyn Manson : je l’ai immensément admiré, mais il n’a pas eu besoin d’avoir des procès au cul pour tomber dans mon estime : ses albums comme sa persona sont devenus tranquillement pathétiques.
    Si Mylène Farmer s’avérait pédophile et xénophobe, mon problème serait très différent et je ne sais pas comment je le gèrerais. Il y aurait un sentiment de trahison cuisant et enragé.

    Donc, puisque tu poses la question, je partirais sur un compromis : cette femme a été une personne merveilleuse, et il y a une œuvre qui en témoigne. Un peu comme Antichrist Superstar ou Hollywood pour Manson.
    Je pense aussi que les œuvres une fois délivrées n’appartiennent plus tout à fait à leurs auteurs, même si ça doit leur faire très bizarre.

    1. Marilyn Manson j’apprécie quelques anciennes chansons et maintenant que tu m’en parles, je ne me suis jamais posé de questions. À l’inverse, peut-être parce que ça m’a touchée de trop près, je ne suis plus capable d’apprécier les chansons de Noir Désir depuis l’assassinat de Marie Trintignant. J’en déduis que c’est sans doute une question de proximité émotionnelle.

      Rhaaaa j’ai quelques intouchables comme ça, dans le sens où faudrait pas qu’on me dise que, c’est trop épouvantable (Christian Bobin, par exemple). Dont Mylène Farmer, oui. Et Silvana de Mari en faisait partie sans que j’en aie conscience. J’ai été trahie. Elle prône tellement l’inverse dans ces livres-là, je suis face à un impensable.
      L’œuvre ne lui appartient plus, c’est juste… et ce qu’elle a impacté en moi a existé.

  2. Tu ouvres là un débat sans fin sur lequel je ne cesse de revenir dans ma tête régulièrement et qui m’a déjà valu des conversations plutôt houleuses 🙂 Mon point de vue actuel est que les gros connards peuvent créer des oeuvres d’art magnifiques – l’humain est multiple et complexe. Je pense qu’il est légitime d’avoir l’opinion : « ce livre est très important pour moi et je l’aime très fort mais je ne cautionne pas les partis pris de son auteur désormais ». Je trouve cette position plus intéressante dans sa nuance et complexité que l’impulsion de jeter le bébé avec l’eau du bain (sans doute mon amour des paradoxes). La problématique serait peut-être davantage de continuer à sponsoriser la dite personne, par exemple en achetant ses ouvrages, si ça risque de l’aider à propager des idées envers lesquelles tu es désormais en désaccord.

    1. J’en suis arrivée à cette conclusion, et ça me fait du bien de le (te) lire. Au départ j’ai pensé « je vire ces deux livres » mais je résiste, ce n’est donc pas le bon choix ; ils ont été importants pour moi à une époque et gardent une charge émotionnelle que je ne peux renier. Et si la relecture de LeChat a révélé des ratés scénaristiques, je reste malgré tout attachée à ces deux ouvrages. Nuance que je n’ai pas ressentie avec les Harry Potter, ou pas dans les mêmes proportions : les avoir virés de ma maison m’a fait du bien. J’en déduis que cette problématique doit se résoudre au cas par cas, selon ce qui nous lie (subjectivement) à l’œuvre.
      Et en effet, la problématique survient si on continue de verser de l’argent à une personne comme J. K. Rowling, qui s’en sert pour faire beaucoup de mal à toute une partie de la population :/

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