Cela fait longtemps que je n’écoute pas l’appel des cartes. Des années que je n’ai pas pris dans mes mains ce qui m’avait fait une drôle de réputation en cité U. Ils venaient par le bouche-à-oreille pour voir leur avenir, ça les amusait. Je ne les connaissais pas, je ne les avais jamais vus. Je les prévenais que ça n’arrivait jamais l’avenir, je ne voyais que le passé, ils rigolaient beaucoup et c’était même pour ça qu’ils venaient. Je tirais les cartes et ce que je leur disais les faisait blêmir. Lorsqu’ils partaient je ne les revoyais plus. Je n’ai jamais cherché à savoir le pourquoi des choses, c’était comme c’était.
Il m’a fallu entendre mon propre passé pour dépasser ces tirages étranges, lire le présent-avenir, y trouver un guide entre moi et moi. Et pour ne plus penser à les tirer ; j’ai parlé avec mon inconscient différemment.
Dans ma chambre, il y a cette étagère de livres et de tarots qui prend la poussière. Hier j’ai accroché quelques bouts de vieilles toiles d’araignées en attrapant un jeu, j’ai eu un peu honte de ce que je laisse s’accumuler. J’ai nettoyé chaque ouvrage, pour la peine. Et j’ai pris mon jeu habituel. Le plus souvent je ne tire qu’une seule carte, j’attends d’elles qu’elles aillent à l’essentiel, me disent ce que je dois entendre de mon inconscient sans qu’on tourne autour des choses.
Le Tarot Celte des Arbres
Si le dessin un peu rigide n’a pas mon cœur, les arbres me parlent profondément ; il est mon jeu préféré pour ce lien au vivant, ce lien en moi qui est vivant. Je l’ai acheté lorsque j’habitais en Auvergne, il me semble. Aucune certitude le concernant, je l’ai reliée à l’émotion de Nantes alors qu’il est impossible que je l’ai acheté là-bas. : il se promène dans mes souvenirs. Ma mémoire est un voyage tout en anfractuosité, je ne comble jamais vraiment les manques.
Tirage.

Le tremble (ou peuplier blanc).
Nous sommes en pleine notion de Temps.
Le tremble est celui qui protège, s’interpose entre la mort et. Le désir d’abandonner et. Moi. Il dit toutes les peurs et se place devant.
Il parle du pouvoir de la parole, du besoin d’écouter plus soigneusement sa voix intérieure. Il s’agit d’une carte de renaissance, une aide précieuse. De résistance et de protection.
Une énergie profonde, puissante, s’est soudainement remise à circuler entre mes mains puis dans tout mon corps et je me suis dit que puisque j’y étais, autant continuer. Je suis allée chercher le Tao et le tarot.
Le Tao ou Yi King
Un jeu que je me suis offert il y a quelques années sur Paris, alors que nous flânions avec Blanche. Il est le plus récent de mes achats dans le domaine

Les hexagrammes Zhen (l’éveilleur) et Kan (l’abîme, l’eau) – la germination.
Le nuage sur le tonnerre.
La situation est chaotique, rien n’est à sa place. Il y a du danger autour de moi, le besoin se fait sentir d’avoir un guide pour poursuivre le chemin. Je dois rester connectée au présent. Si j’écoute mes intuitions, le guide peut être moi.
Patience, persévérance. Vulnérabilité. Doutes. Les forces en jeu peuvent être créatives ou destructives.
Respirer profondément, rester vigilent. Il est temps de déterminer ce qui doit survivre et mourir.
Douceur envers moi-même, la barre est haute.
Le Tarot de Marseille
Qui n’est pas celui du Marseille habituel, les dessins sont de Luis Royo. Je n’aime pas le tarot de Marseille, les dessins me sont épidermiques. J’ai cherché longtemps un jeu qui me convienne, me parle. J’ai fini par trouver celui-là il y a une quinzaine d’années, The labyrinth tarot, un jeu qu’il a mis 4 ans à dessiner. Actuellement, il ne serait pas celui que je choisirais, mais il me convient comme il est.
J’ai tiré une carte et comme souvent avec ce jeu, j’ai ressenti le besoin d’aller plus loin et j’en ai tiré une deuxième. C’est fortement agacée ? que j’ai lu ces cartes qui rejoignaient si fortement les deux premiers. L’envie de dire aux cartes que c’était bon merci, j’avais compris. C’est avec ce froncement de sourcils que j’ai demandé au jeu, et ensuite ? Ensuite tu me dis quoi ? Je plonge ou je me relève ? Quel chemin sous les pieds ?
Tirage :

10 – La roue de fortune
Le mouvement, des ruptures en moi, de la résilience, c’est cyclique. C’est tellement juste, ça en ferait mal. C’est sans doute la carte la plus proche de ce que je vis en permanence, des hauts, des bas, et l’épuisement que cela génère. L’influence de l’extérieur et de l’intérieur.
Il est temps d’apprendre à m’aimer, changer, de me reconnaitre. D’accepter ce qui m’échappe.
18 – La lune
L’inconscient et les rêves, le réfléchi et l’intuitif, les peurs et les illusions.
Face à face avec les épreuves sombres et la possibilité de se libérer. Traverser les obstacles, les ténèbres, travailler sur les rêves. Traverser l’ombre. Ce qui échappe. Elle demande si ce qu’elle voit est réel, si on n’a pas oublié de suivre ses intuitions. Les émotions, les souvenirs refont surface avec des conséquences sur le présent. La carte du SSPT par excellence, si on devait la nommer. Nécessité de lâché-prise, d’intégrer le passé au présent. Elle dit, sortir du brouillard en suivant sa voix intérieure.
8 de denier
Je connais mal les arcanes mineurs, je n’ai jamais vraiment travaillé avec. Ma première compréhension de cette carte est « je lâche-prise et fais confiance », la persévérance comme chemin d’évolution. Elle appelle je crois à une modification des habitudes, d’apprendre jusqu’à la maitrise, encore et encore, elle est exigeante. Elle dit de ne pas abandonner. Elle représente l’attente de la libération après un repli sur des angoisses. Elle parle de construire, de compétence, de travail.
Du travail.. j’ai du travail. Je le savais mais, je sens une urgence aussi. À avancer.
Après des années de silence, les cartes m’ont mise devant un miroir, j’aurais pu m’y attendre. Que chaque jeu me renvoie devant les mêmes significations, ça m’a tout de même.. un peu.. perturbée. Je crois, je vais les tirer de temps à autre désormais. Il n’y a pas que les mots finalement, pour discuter en profondeur avec celle que je suis. Et ma foi, si ça peut me rappeler que sous mes pieds il peut y avoir de la stabilité..
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Je me souviens de ton commentaire chez Eliness, et je ressens une réelle joie à lire les fils qui nous relient les uns (les unes, en l’occurrence) aux autres. Ça a quelque chose de très beau, et de très apaisant, de réaliser comme on se parle sans le réaliser.
Son post m’avait profondément touchée, il a été le point de départ de ce retour aux cartes. Je suis tombée sur le blog d’une autre personne qui en parlait aussi mais dans la foulée j’ai perdu-oublié qui était la personne (si peu de mémoire ça craint).
Comme toi je sens ces liens invisibles qui nous relient les unes aux autres, j’aime profondément. Oui, c’est apaisant…
Kalys a parfaitement commenté ma réaction à ta lecture, cela me fait tout chaud au coeur 🙂 Et j’aime toujours tant voir comment chacun lit les cartes et ce que ça renvoit d’eux ! Sans pour autant revenir à une pratique régulière, je te souhaite que tes jeux puissent t’apporter quelques lumières lorsque tu en ressentiras le besoin – personnellement c’est une pratique qui m’ancre lorsque je me sens partir à la dérive. Je ne connaissais pas du tout le Tao – à première vue je le lie (sûrement faussement) aux runes qui ne m’ont jamais vraiment parlé, je vais lire un peu plus à son sujet !
Je me suis fait cette réflexion moi aussi, comme leur lecture est propre à chacun, un écho à la fois universel et personnel.
Il est rare que j’utilise le Tao, cela dépend de mon état d’esprit je suppose. Je leur préfère le Tarot. J’ai des runes également, mais comme toi elles me parlent peu (enfin, disons que je ne leur laisse pas la place de le faire). Tu me diras si le Tao arrive à te convaincre ?
Alors j’ai commencé un peu à lire au sujet du Yi Jing et whaouu, c’est vaste comme domaine ! J’aime beaucoup l’idée de la combinaison de symboles, le fait qu’ils se construisent les uns par les autres – un peu comme des cartes de tarot peuvent se compléter / se répondre. Par contre la philosophie sous-jacente me semble très dense et riche, au point où j’aurais peur de passer à côté de beaucoup de choses par sur-simplification. Je ne pense pas vraiment me frotter à la pratique, mais je suis contente d’avoir appris qu’elle existe 🙂
C’est très riche en effet. J’ai un jeu mais aussi un livre pour compléter un peu, mais il faudrait se pencher vraiment dessus. Le tarot, j’ai des années de pratiques et d’ouvrages, la Tao il me faudrait en faire autant, plonger vraiment. Plus l’énergie (la jeunesse y est peut-être pour beaucoup dans la pratique régulière, on a plus le temps ?)