Expérience un peu folle, puissante, hier soir au cinéma, avec les clips de Mylène Farmer et donc son nouvel album Égrégore en avant-première. J’ai la sensation d’entrer dans une nouvelle forme du cinéma cette année, avec The Amazing Digital Circus qui avait déjà ouvert la voie (et peut-être d’autres avant que je n’ai pas vus) avec son épisode final sur grand écran. Ici des clips et un nouvel album, une grande première. Je trouve ça merveilleux de réinventer une (finalement banale) sortie d’album en une immense immersion visuelle et auditive. Cela en fait un projet particulièrement ambitieux, et je me suis sentie chanceuse d’y assister.
Un décompte s’est lancé, trois minutes avant les premières images du premier clip. Je me suis amusée à tenter d’attraper le 0:00 mais il n’a pas existé, j’ai obtenu la dernière seconde et j’ai posé définitivement mon téléphone. Je parlais d’immersion un peu plus haut, et c’est ce qu’il s’est passé pour moi, j’ai plongé.



Enfin. J’ai plongé, en effet, mais pas tout de suite. Pourtant les paroles et la voix sur Égrégore sont une entrée puissante dans l’album. Si j’ai trouvé les premières images très belles, puis le deuxième et le troisième clip très réussi (On a toujours le choix, clip où l’on voit un premier chemin, puis un deuxième vert/rouge et enfin une troisième voie à inventer), j’ai été un peu gênée par l’utilisation systématique d’images de synthèses. Je me suis déplacée pour la voir elle dans ses clips, pas pour des images animées qui la représente très vaguement. Pour autant j’ai apprécié l’ambiance, l’esthétisme chaque fois différente, la musique, les paroles. Qui étaient d’ailleurs le plus souvent sous-titrées, ce qui a fait rire LeChat : il avait été entendu lorsqu’il avait dit une heure plus tôt « j’espère qu’il y aura des sous-titres, je la comprends rarement ». Phrase sur laquelle il est revenu : en concert il la comprend mal, mais en enregistrement studio il détache bien les mots.
Et puis d’autres clips sont arrivés, avec elle en personnage principal bien réel. Une certaine magie a opérée, parce que sa voix, parce que les paroles, parce que je l’aime m’emmerdez pas. Je suis conquise par son nouvel album. Si le visuel manque parfois d’une certaine cohérence dans l’enchainement, les paroles par contre ont un putain de fil conducteur (pardon, je me lâche visiblement) très douloureux. Elle m’a touchée au cœur. Pris individuellement ils sont intéressants, mais ensemble ils font davantage mal. Le mal-être est exprimé, parfois avec une puissance visuelle très forte, accentuée par le grand écran. Je pense notamment à la vidéo dont j’ai évidemment oublié le nom (Recréer un jour, peut-être ?), où chacun part dans un sens inverse d’elle, toute cette incompréhension et ce décalage, cette sensation que tout (nous/lui) échappe. Il y a une force dans ce clip, une mise en apnée parce que merde, tellement . tellement . ce que je ressens.
Combien pour la nuit m’a touchée bouleversée scotchée. Je sais que le grand écran y est pour beaucoup, et je ne dévoilerai pas ce qui m’a tant touchée puisque le clip n’est pas encore officiellement sorti. Mais ce que j’aime comme elle fait face à ses angoisses et les partage avec nous, comme elle s’y confronte sans détourner les yeux.
Les paroles ne vous aideront pas à saisir, il faudra attendre la vidéo.
Deux autres clips m’ont aussi marquée :
. Dieu est mort (il me semble qu’il s’agit de ce titre où une petite fille dessinée avance contre vents et marées, je rectifierai plus tard si je me rate) joue sur les codes, les anciens albums, sa vie défile avec les points les plus marquants, les morts comme les albums ou les concerts : il est touchant.
. Entendre ma voix (pareil, sauf erreur), superbes images envoutantes où j’avais envie de m’envelopper dans la voix et la sculpture.
. Et d’autres sans doute, certainement même, mais les noms et les vidéos m’échappent déjà. Les clins d’œil ne manque pas, que ce soient à ses albums passés ou à une cinématographie extérieure : Lynch, Dune, Premier contact (un film qui m’a marquée) et d’autres symboles qui déjà ont disparu de ma mémoire mais sont venus me percuter durant la séance (la frontière est mince entre les réels symboles utilisés et les échos personnels, je n’en doute pas).
Que dire de tout ça…
Il est très difficile de parler de cette séance au cinéma, sans avoir d’images à montrer. Le nouvel album sort dans deux jours, mais j’ai un peu envie de dire que sans les images, il lui manque une certaine profondeur. Ils se complètent et ne sont pas dissociables. Je l’avais déjà ressenti lors de la sortie de C’est à qui le tour, dont je n’ai compris la portée du texte qu’avec la vidéo ; même chose pour Des lol et des quoi. Et… même chose pour tout l’album. On ne peut pas se passer du visuel. C’est à la fois une force et une faiblesse, puisque tout le monde ne cherche pas à voir des les clips des artistes. Pourtant c’est une réussite indéniable pour moi, je pense, tant on se fait saisir par l’ambiance. Même si j’ai peu accroché à l’une des dernières (Plus d’écho, je crois ?) où se mélangent des scènes passées et des fans, mélimélo un peu trop guimauve (pour autant elle a réussi à me donner l’impression que j’étais filmée lors du dernier concert, c’est donc un pari gagné).
Malgré cette réussite indéniable, je peux dire que le visuel est inégal dans sa construction entière, il n’y a pas vraiment de fil conducteur qu’il faut de fait chercher ailleurs (dans les paroles). J’ai la sensation que Mylène Farmer ne va pas si bien que ça, enfermée dans une profonde solitude ; un peu comme chacun d’entre nous (et l’écho est du coup bien présent, comme un coup de poing). Il y a un mélange d’adieu au public et de continuité certaine particulièrement étrange à saisir, qui se dit peut-être d’une manière assez simple finalement : elle a 65 ans et la mort est plus proche d’elle. Le thème est d’ailleurs très présent, dans un face à face assumé. Comme toujours.
Mon mari, pas fan de Mylène qu’il écoute essentiellement pour me faire plaisir, a été bouleversé par les thèmes, la détresse, les paroles et les images de cette séance. Il est ressorti avec une boule dans la gorge. De mon côté, elle m’a mis des étincelles créatives entre les doigts, comme chaque fois que je visualise son univers.
J’ai envie de dire… même si cet album n’atteint pas la qualité de tous ses premiers albums indétrônables, elle a réussi celui-ci. Et c’est déjà beaucoup.
En savoir plus sur Carnets
Subscribe to get the latest posts sent to your email.