Je n’ai souvent rien noté de précis, je suis restée essentiellement éloignée de mon ordinateur. J’ai beaucoup lu, un peu dessiné, vaguement peint et puis j’ai observé ma pagaille et je suis retournée lire. Durant ces jours embrouillés, Blanche m’a appelée plusieurs fois en détresse mais nous n’avons pas bougé, ni elle ni moi : les ado·es s’entendent avec difficulté et Lutin·e plonge davantage, si c’était possible, dans la dépression. Si la colère a dominé une heure ou deux pour ma part, je me suis souvenue qu’ils étaient grands, tous, et qu’ils allaient devoir apprendre à communiquer. Et si ma fille foire sa relation avec son cousin/frère parce que sa copine est au milieu, je n’y pourrai rien. La vie, ce chaos.
[Vidéo : Tw deuil, suicide]
– et alors, les fils . les fils . rouges .
Black Spikes, ma nouvelle obsession musicale.
J’ai commencé un vague herbier à l’aquarelle. Je n’avais plus l’envie de coller déchirer dans le désordre de ma page, et j’avais ce carnet (Action) dont le papier ne vaut absolument rien et dont pourtant il allait bien falloir faire quelque chose. C’était ça ou le jeter. Mais jeter du papier, même de piètre qualité, ça me fait mal pour les arbres qui ont été tués. Alors je tente très peu d’eau, des crayons aquarellables et le stylo. Je ne fais rien de fou, je me contente de suivre l’envie (et comme j’ai oublié de le reprendre, la dernière page est restée non terminée).


17
Cinéma en plein air : Compostelle, avec Alexandra Lami. C’est une actrice que j’apprécie beaucoup. La surprise de la soirée, c’est sa présence à elle, mais si elle est là c’est surtout parce que nous sommes dans la ville qu’elle habite. L’entendre parler de ce film est un plaisir (basé sur des faits réels bien que ce jeune n’existe pas dans la réalité, c’est un mélange d’histoires de véritables personnes ; l’association existe vraiment, elle évite la prison à des jeunes). Je crois que l’écouter en parler avec autant de joie, à coloré ensuite le film par contagion. J’ai beaucoup aimé ce film, le jeune Julien Le Berre est un régal et punaise ce regard.

20
Comme je suis une personne très stable sur ses prises de décisions (je m’étais dit que je n’interviendrais pas, c’est écrit là, juste au-dessus, mais quelle constance), j’ai envoyé un SMS à Kira. Et contre toute attente, il semble que j’aie bien fait. elle m’a remerciée. Elle avait bien vu Lutin·e se retrouver à l’écart mais paniquait à l’idée d’être « nulle » (ses mots) et n’arrivait pas à sortir de la spirale. Je n’ai aucune idée sur la suite, je n’ai pas demandé, mais j’espère que la dynamique s’est apaisée… (confirmation le 25, le lien est restauré, à m’en mettre les larmes aux yeux).
Le soir nous partons marcher bien qu’il fasse encore assez chaud. Ce qui devait être un tout petit tour (LeChat était fatigué), au dernier moment est devenu un grand tour, ce qui nous a permis une rencontre improbable. Nous avons vu voler une pie, toute jeune, toute fine. Elle s’est posée juste au-dessus de nous sur un fil électrique, le bec grand ouvert. Elle regardait autour d’elle en nous ignorant superbement, pensions-nous. Mais alors que nous l’admirions, elle s’est envolée pour se poser à peut-être un mètre de nos pieds, en nous regardant de côté, le bec toujours grand ouvert. Elle nous tournait un peu autour, clairement elle nous demandait quelque chose, à boire sans doute, à manger peut-être, nous n’étions sûrs de rien en dehors du fait qu’elle avait une patte repliée, tordue, et le bec grand ouvert. LeChat a regardé autour de lui et a trouvé des mûres sauvages un peu en hauteur, qu’il lui a écrasées. Je crois, c’était sa première fois. Elle a hésité, elle a galéré un peu parce que les mûres restaient collées entre elles. Et puis une fois les deux premières avalées, elle est venu très proche de moi. J’aurais pu la toucher, mais clairement nous ne nous connaissions pas assez, elle a refusé net (mais accepté plus tard). Par contre ma chaussure l’intéressait beaucoup : elle a calé des mûres entre elle et ma chaussette, la tachant irrémédiablement (mais elle était trop amusante, je l’ai laissée faire). Elle a tenté de me nourrir via le pantalon, ce n’était guère probant mais adorable. LeChat lui a aussi ouvert une figue, qu’elle a observé avant de tenter un coup de bec et d’accepter le repas. Un peu plus tard il lui a présenté une sauterelle sous son regard consterné, elle a fini par goûter du bout du bec puis par se jeter dessus.
Elle a très vite observé LeChat et s’est mise à faire comme lui, chercher des bestioles. Beaucoup d’échecs, quelques réussites, elle était magnifique. Lorsqu’elle est repartie, elle savait chasser.
On soupçonne qu’elle ait été apprivoisée, peut-être à cause de sa patte tordue, puis qu’elle s’est échappée avant de savoir vivre seule.
Le lendemain soir nous avons bien tenté de la revoir, mais la rencontre se devait d’être éphémère, sans doute…




22
Je pleure toute la soirée, c’est incroyable comme je vais bien en ce moment.
C’est faux je crois, je suis seulement bousculée de toute part et j’ai le droit d’en pleurer.
24
Une fumée épaisse et en plein milieu de la colline nous a fait nous demander s’il s’agissait d’un départ d’incendie. Il y a ce stress chevillé à l’été qui ne quitte pas les habitants (de ma région, ai-je failli dire, parce qu’historiquement ici, c’est chaque année, mais la réalité est que nous sommes peut-être tous sur les nerfs, désormais).
À la librairie où nous allons récupérer une commande, je suis persuadée que je n’achèterai rien, cette fois. Je repars avec un agenda et un livre d’Isabelle Carré. Et je ne compte pas le livre que nous avons choisi à deux sur lequel je vais me blesser un peu, mais que je veux lire parce que la blessure.
Je crois qu’il faut m’interdire les librairies.
J‘ai retiré de la cuisine pratiquement tout ce qui n’était pas indispensable pour les 10 jours à venir, me faisant me demander ce qui l’était, dispensable. LeChat a refusé la question alors j’ai entassé dans des sacs qui sont partis au grenier, en attendant de se trier ranger plus tard (le grenier devient rapidement impraticable, l’entassement est bordélique). J’ai la sensation d’avoir fait une erreur – actuellement j’ai la sensation de ne faire que cela, des erreurs qui s’entassent les unes sur les autres et s’écrouleront sur moi au moment le plus inopportun – nous aurions dû trier là, quand nous avions encore le temps, quand nous n’étions pas encore débordés. Bientôt nous serons sous l’eau et je me noierai. Seule – on est toujours seul·e (tu le sens que j’ai arrêté les gouttes anti-dépressives ? moi oui). Il y a aura les filles revenues (avec covid, visiblement), les problèmes revenus eux aussi, ceux qui viennent de s’ajouter et qu’il va falloir gérer avec une assistance sociale non transphobe, resserrer leur temps d’écran, la cuisine, le chantier, le camping, le we sans lui, le 2e we sans lui, les rv médicaux, la reprise de la friperie, deux fois le poulailler, le voyage, le concert (je suis une anxieuse, c’est bien pénible).
Troisième fois que nous ouvrons sur la nuit, troisième fois que le jour a un air normal, sans la gestion technique de la clim : la canicule est repartie, après trois mois sans pluie (même si pour celle-ci, nous n’avons eu que quelques heures d’humidité imparfaite). Mais le soir, un orage éclate à sec. La violence arrive soudainement, la pluie fracasse la terre aride, les arbres ploient, les branches se couchent jusqu’à fouetter le sol – mais où sont les oiseaux. C’est d’une grande brutalité pourtant cela s’arrête aussi vite que c’est arrivé, des hurlements puis le silence, une heure peut-être et puis plus rien. Par contre la végétation a enfin obtenu son eau bienfaitrice. Ailleurs mais pas si loin finalement, il y a eu une tornade, elle a détruit près de 300 maisons…
Après recherche, nous étions dans la zone à risque et surveillée, la rouge. Je mesure notre chance, nous n’avons eu qu’un orage violent…
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25
J’ai rêvé de Ludivine, elle ne me voyait pas et dans les rues de Nîmes j’avais oublié où j’avais mis mon vélo, que je ne voyais pas. Une longue histoire d’invisibilité – et je sais pourquoi le rêve, je ne peux plus avancer sur ce point précis, il faut être deux.
Le retour des filles : j’ai eu raison de parler à Kira, la relation Kira/Lutin·e est préservée et magnifique, Kira ne voulait pas rentrer pour rester avec Lutin·e, Alouette ne voulait pas rentrer parce que ça signifie faire face à beaucoup de choses qui la rattrapent, les filles ont oublié leur repas dans le RER, le train était à l’heure, elles sont rentrées.
Kira grandit, j’imagine : elle m’a dit bonjour de loin, sans m’embrasser. J’ai souffert, un peu.
Je craignais le retour d’Alouette, je le vis très bien. La coupure m’a apaisée. Les dissonances sont toujours là mais je les prends avec recul, douceur. J’entends les variations, j’écoute, ne cumule plus. Nous reprenons en conscience son accompagnement, qu’il soit administratif ou autre. Elle tente de montrer patte blanche depuis son retour, nous montre ses avancées dans un des domaines qui lui plait sur le pc, fait attention de ne pas peser. LeChat leur a demandé d’arrêter les jeux toute la journée et de créer des projets, elle s’y est lancée immédiatement et avec force, là où on attend encore que Kira réfléchisse.

26 à 31
Depuis une semaine je m’occupe du jardin un jour sur deux, que j’ai le temps de me remettre côté muscles et articulations – vieille dame, toujours. Entre les courbatures et les douleurs articulaires, je déblaie les tiges mortes, donnant une dimension plus éclairée de ce qui nous entoure. Le vendredi, j’envoie au petit bonheur la chance des graines aussi vieilles que la maison, parfois datant de 2018, des graines qui ont techniquement peu de chance de donner la vie mais que je rends à la terre avec un espoir certain : dans tous les cas, quoi qu’il arrive, la terre prendra. Plusieurs années que j’oublie ce rendez-vous avec le vivant, offrir les graines les mois souhaités et voir pousser à la suite. Je donne pratiquement tout ce que j’ai, il reste surtout les salades et les tomates dans ma boîte. J’ai envoyé tellement de mâche, si elle pousse nous aurons de quoi nourrir le village. Les piments et poivrons ne prendront jamais, les haricots pas davantage, qu’ils deviennent donc compost ou poussière d’étoiles si cela leur plait. La dernière fois que j’ai envoyé comme ça la main et les graines et le hasard, il ne s’est pas passé beaucoup de choses, je crois qu’à sa manière la terre ou les graines ou les deux m’ont regardé et ont haussé les épaules. Je ne m’attends pas à mieux cette fois non plus.
Dans ces journées, j’ai repris la main sur mes carnets, réinvesti mon temps dans ce qui devrait durer. Dans l’un je note mes lectures, dans un autre ce que je ne dis pas ici, dans un troisième je dessine le quotidien. Je n’ai pas encore intégré ce nouveau rythme, ils se disent simplement de temps à autre. Je ne me mets aucune pression, cela se fait comme ça accepte de venir. Parfois, je m’occupe de mon nouveau thème pour le blog, souvent je l’oublie. Sur le téléphone, je n’ai plus qu’une heure d’utilisation par jour, incluant sms, appels et Duolingo. Un retrait progressif s’opère, je m’évade autrement ou non ce n’est pas exactement ça ; je récupère mon temps.
J’en parlerai sans doute davantage sur un autre article si je l’écris un jour : j’arrête les posts chronophages, tel celui de musique (je n’ai aucune idée de s’il intéresse des personnes, donc faites signe si vous contiez dessus, passionnés de musique que vous êtes) et celui des vidéos, séries et autres podcasts (je vais les distribuer au fur et à mesure sous mes articles, ou ne pas en parler selon). J’aime partager, j’adore partager mes découvertes. Juste, ça me prend un temps fou et je souhaite récupérer ce temps pour, je ne sais pas, vivre ? Ce n’est pas un hasard si je retrouve des chemins que j’avais oubliés, tels les carnets ou le jardin.


Nous avons également, petit à petit, vidé le salon (pour les cartons à déposer) puis la cuisine (pour… la cuisine). Entre le jardin et le mini-déménagement, je compose avec des courbatures et une douleur aux cervicales qui m’inquiète (pour rien, ouf). Il a monté au grenier mille et une choses, jeté d’autres, donné certaines à Emmaüs. Comme une danse qui n’en finirait plus d’être exécutée : trop d’affaires. Je vous jure que notre monde à bien trop d’objets dans sa vie et que je ne fais pas exception alors que nous n’avons pourtant pratiquement pas d’appareils : pas de micro-ondes, pas de cafetière, pas de bouilloire électrique, pas de lave-vaisselle, pas de congélateur, pas de friteuse et pourtant j’ai l’impression que ça n’en finit pas d’être trop.
Le 31, des cartons, des planches, un évier, une plaque, des trucs, des bidules et des machins ont été déposés dans le salon vidé. Et j’ai peur. Peur d’avoir fait le mauvais choix, de détester le résultat, de ne pas m’identifier, que cela ne me ressemble pas, que l’ensemble soit une catastrophe irrattrapable et onéreuse, peur peut-être, d’oublier la bohême que je suis : je vais rejoindre l’immense club des personnes ayant une cuisine, des meubles millimétrés et harmonieux, des objets à une place prévues, mais qui suis-je donc. J’ai peur mais j’ai hâte aussi, hâte que cette pagaille nouvelle trouve sa place, cesse de crier et de me crocheter les jambes. Je ne me projette pas.


Partage
. Musique : playlist d’août
. Pétition (via Zofia) : Pas de fusils sur les cendres
. Tedx : L’art de demander, par Amanda Palmer (découvert vers 2013 ou 2014, je l’ai réécouté avec autant de plaisir)
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