366 à prises réels (recopiés d’un lieu où j’y supprime mon existence)
Règles
Les 366 réels à prise rapide sont des exercices de style tels qu’en propose le recueil éponyme de Raymond Queneau. En vous inspirant des règles qui suivent, vous écrirez chaque jour ou de temps en temps, de courts textes.
1. Écrivez sur le vif.
Comme si vous utilisiez un carnet de croquis, écrivez dès que l’idée de votre texte germe dans votre esprit, particulièrement si vous venez d’assister à la situation que vous souhaitez évoquer.
2. N’écrivez pas plus de 100 mots.
C’est-à-dire, à l’échelle d’un petit carnet, environ 10 lignes.
3. Transcrivez des éléments de votre journée.
Interdiction d’inventer des événements ou de vous référer à une journée antérieure.
4. Suivez la consigne thématique de la date correspondante.
Tout en restant fidèle au réel, il s’agit d’adopter un angle de vue particulier. Même si la consigne vous semble abstraite, rattachez-la à votre journée ou à un détail de cette journée.
Ouvertures :
– Toutes les interprétations sont possibles. En répondant par exemple à « Aujourd’hui à la poubelle », on peut lister ce qu’on met à la poubelle, ou bien des événements du jour jetés, symboliquement, à la poubelle.
– Vous pouvez choisir de commencer ou non votre texte par les mots donnés. Vous pouvez même ne pas faire apparaître précisément ces mots dans le texte.
– Vous pouvez parfois, pour la même thématique, dresser toute une liste ou bien vous intéresser à un évènement en particulier
Aujourd’hui une seule question :
Mer 4 Oct 2023 – 19:36
Tu as bien dormi ?Ça te va si je mets l’été sous les manteaux ?
La machine est terminée, j’éteins ?
Est-ce que ça va ?
Elle est comment ta semaine ?
Tu penses au pain ?
Tu peux ramasser le moucheron ?
Otages intimes, je te le garde ?
Tu peux attraper la punaise ?
C’est quoi cet oiseau ?
Tu as pensé à l’oxygène ?
Le crumble aux pommes, avec ou sans framboises ?
Est-ce que je vais tenir ?
La vidéo de demain, avec ou sans l’image ?
On mange quoi ?
Pourquoi on mange encore de la soupe ?
Tu peux faire des pâtes ?
Elle est quand, la nuit ?
Aujourd’hui en noir et blanc
Jeu 5 Oct 2023 – 17:41
J’ai parlé silence toute ma vie, je continue, je maitrise, c’est ça le noir, les mots écrits puis malmenés cachés. Ce qu’on dégage faute de lui trouver une place. En être encore à effacer. S’effacer.
Octobre et les cendres en pleine face, se dire que rien ne change. Le noir, les souvenirs qui s’invitent malgré soi parce que le mois, certainement – rien. ne. change. C’est être en colère de ce que ça remue. C’est avoir trop à dire, et pas assez de place.
C’est l’envie de tout lâcher et claquer un tas de portes. Avoir une certaine rage, réveillée par des conneries.
Enterrer certains vivants à côté des morts, ça exorcise.
Le blanc, toute la lumière dans laquelle il faut fouiller en permanence. La laisser t’éclabousser. Reprendre le contrôle.
Réécrire ce qui avait été effacé, un peu, autrement. Pas vraiment.
Le blanc, ce dans quoi tu baignes mais tu as les mains noires du passé et ça salit. Gris.
Une lumière inextricable, elle ne pardonne rien, elle éclaire tous les recoins : tu y es mais rester en place est compliqué, il y a tout à nettoyer maintenant.
Encore.
Ça va être propre, je te dis pas.
Lumineux.
Aujourd’hui ça passe
Ven 6 Oct 2023 – 14:57
Il me faut préparer demain, celui que j’ai beaucoup repoussé et auquel j’ai fini par acquiescer (sans en savoir le lieu). Demain est une sortie à la mer dans une maison secondaire (ou tertiaire, le compte n’y est pas) et c’est un ami de l’homme qui nous invite. Je vais créer un lien dans une partie du monde où la beauté est altérée par des souvenirs difficiles – ça va bien se passer si j’arrive à écrire quelque part.
Je me suis dit qu’un gâteau ne serait pas de trop à la fête – histoire de l’avaler. J’ai donc pensé à une tarte crumble aux framboises, mais je n’ai plus de poudre d’amande. Il était donc question d’inventer un dessert et je suis partie sur une tarte sablée, une migaine (mes origines Lorraine) les framboises et le crumble par-dessus, ce doit être agréable ce mariage de goûts, impossible autrement (ou presque). Mais délicat. Aucune certitude sur rien, et arriver avec un dessert inconnu et donc possiblement raté, auprès d’un inconnu (qu’on a déjà refusé de rencontrer, faute d’être sociable), ça peut coincer. Et demain « ça casse » alors ne prenons pas de risque. Je me suis rabattue sur un classique, le gâteau au chocolat ; ça passe toujours1.
1 enfin sauf avec ma cousine mais je me suis renseignée, il aime
Aujourd’hui ça casse
Sam 7 Oct 2023 – 20:14
Il est chouette. Genre, vraiment.
Mais tout était trop.
Alors on peut dire que non, rien n’a cassé. En dehors de moi.
Les chiens (des molosses) ont hurlé dix milles fois, la promenade d’une heure trente m’a épuisée lessivée, les discussions ne se sont jamais arrêtées, il y a eu la musique en fond toute la journée par-dessus les conversations, les sollicitations étaient incessantes, un oiseau a été tué, deux geckos ont été sauvés, l’angoisse a déferlé devant l’eau et les souvenirs, il a insisté six fois sur mais si monte dans le canoé, les chiens (des brutes de molosses) se sont jetés sur moi tuant mes poignets puis mes genoux puis le coude avec un retour sur les poignets.
Je suis au bord de moi.
Aujourd’hui ça ramasse
Dim 8 Oct 2023 – 20:20
Nous avons ramassé le linge à l’odeur de soleil, nous avons ramassé l’œuf de la poule sous les plumes de la cane, nous avons ramassé les olives tombées au sol, et puis nous avons filé au bord de l’étang et ce qui devait être une simple promenade a été un long ramassage de la schizophrénie du monde : des fils de pêche, des canettes (vides, pleines, de bière, d’une limonade), des papiers de bonbon, un bonbon hors de son papier, un papier sur lequel il était écrit « complice de votre quotidien« , des bouts de plastiques de toutes les couleurs (des gros des petits des minuscules des abimés des impeccables), des ficelles (rose grises noires longues petites effilées), un câble rigide et puis.. et puis il y a eu une très grosse prise (pour un peu nous avions le repas de ce soir).

Aujourd’hui ça amasse
Lun 9 Oct 2023 – 21:39
J’entasse les papiers, la poussière, les sourires, les plantes, les mots écrits, les questions, les décisions, les sms et les stylos, mais si on réfléchit un peu il s’agit surtout de livres. Ils s’amassent un peu partout, dans le salon, sur les tables, sur le bureau, dans la chambre, les étagères, sur la liseuse, les meubles, le canapé. J’ai même une pile en partance depuis quatre mois pour une boîte à livres, qui ne part nulle part, faute d’y penser. Est-ce qu’un jour j’arriverai au bout de cet amoncellement ? je doute.
Aujourd’hui comme tous les jours
Mar 10 Oct 2023 – 14:35
Aujourd’hui comme tous les jours, j’ai écouté les oiseaux (bavardages incessants, je n’en ai rien tiré), observé les abeilles (des nouvelles sont de sorties en point GPS), arrosé les salades qui poussent (et celles qui ne poussent pas), étendu le linge, arraché et débité quelques plantes mortes d’être en automne, cuisiné, lu un livre, écouté le chat (elle raconte sa vie), récupéré des livres, mis la musique, écrit, mis mes pensées à l’envers, discuté avec deux trois personnes (de livres, mais aussi un « ça fait plaisir de te retrouver » qui devient récurrent ces derniers jours, aurais-je disparu, c’est bien possible).
Aujourd’hui cherche toujours
Mer 11 Oct 2023 – 18:47
J’ai perdu des carnets, trois collègues, le sommeil, l’oxygène, un stylo, l’inspiration, la menthe, mes mots, la parole, le silence, ma respiration, un coin de forêt, l’écriture, la précision, les chambres, un monstre, l’envie d’être (là), j’ai dû, je ne sais pas, les faire tomber quelque part, aujourd’hui c’est introuvable.
Je cherche toujours.
Aujourd’hui pas bien rangé
Jeu 12 Oct 2023 – 10:09
Le chevalet de peinture traîne, faute de place attitrée. Des vêtements, papiers, livres sont en attente de placards, les pots de graines cherchent leur étiquette, il faut se frayer un passage dans l’écriture, le sac d’amandes est dans le passage, l’épaule jamais à sa place, le wc a provisoirement changé de place dans la salle de bain, c’est une pagaille délicatement installée.
Dans ma tête ce n’est pas bien rangé non plus, mais l’amélioration du système de classement est en cours – regardez où vous posez les pieds.
Aujourd’hui une couleur qui sent
Ven 13 Oct 2023 – 19:58
Il est noir et il sent la lourdeur des parfums de synthèse, j’ouvre le couvercle et mon estomac se sauve légèrement, il sautille, il dit « tu es sûre de vouloir faire ça ? ». Ça fait bien trois mois que je dois le tester alors oui, je suis sûre, je chauffe l’eau de la bouilloire. Il est noir dans une boîte noire et il sent quelque chose entre la mangue et l’indéfinissable, je ne sais pas son nom ni ce qu’il contient, il sent la vieille dame et les habitudes ménagères, il sent le mouvement d’un automne qu’on enterre, il sent la boisson qui ne va pas se laisser oublier comme ça et effectivement, il m’est resté sur l’estomac.
La bouilloire en a rendu l’âme, faisant sauter les plombs.1 Un thé vraiment, vraiment dégueulasse.
Aujourd’hui sujet brûlant
Sam 14 Oct 2023 – 21:29
Réaction épidermique, effet miroir, je ne sais pas ce qu’il se passe derrière cette relation.
Elle est autiste, on devrait se comprendre un minimum.
Lorsqu’on n’aime pas quelqu’un, qu’est-ce que, de lui, est en réalité en nous-même et nous hérisse ? Qu’est-ce qui m’exaspère au point de n’avoir qu’une envie, tourner les talons et disparaître, qu’est-ce que je déteste en moi, alors ? Je ne supporte pas quand elle me dit que faire ou ce qui est le mieux d’après elle, je me crispe chaque fois qu’elle explique pouvoir m’aider sur telle chose, non mais attend tu-n’as-qu’à, elle me fait penser à C. (que j’ai fini par virer avec fracas), elle joue à la thérapeute intrusive (elle l’est d’ailleurs, thérapeute auto-déclarée) et je me braque, elle me dit que lire (ses suggestions sont pauvres de contenu et elle adore Twilight (pardon pour ceux qui adorent) je suis personnellement exaspérée, même sur les livres concernant l’autisme c’est vide), elle me dit comment gérer mon ado qui se renferme un peu « mais si, amène-le à l’asso il va adorer » (je me suis esclaffée).
Je ne crois pas dire aux autres ce qu’ils doivent faire (mais je peux être très maladroite). Donc.
Est-ce que je déteste son assurance et donc par miroir, mon manque d’assurance (pourtant en progrès) ?
Est-ce parce qu’elle se permet d’être entièrement elle-même et que je n’y arrive pas avec le reste du monde ?
Est-ce parce qu’elle réussit (ou semble) sa sociabilité ?
Est-ce parce qu’elle a une énergie que je n’ai pas ?
Est-ce que j’exige trop de moi-même ?
Est-ce parce qu’elle tente de m’analyser chaque fois, comme si je n’en étais pas capable ? (il y a quelque chose ici, égo ?)
Qu’est-ce qu’elle menace de mon intégrité émotionnelle ?
Je vais devoir creuser, je suis amenée à la croiser régulièrement (après je peux décider que nous ne sommes pas compatibles, mais il y a quelque chose de trop simple qui me gêne dans ce rejet pur)(et il est fort rare que je fasse un rejet pur).
Les autres et moi, sujet brûlant s’il en faut.
Aujourd’hui avance comme
Dim 15 Oct 2023 – 21:48
J’avance en arrière, lent mouvement vers moi-même. Très lent. Je ne suis guère efficace, il me semble ; je me fais confiance pourtant, j’ai remonté, déjà, des choses oubliées, importantes, elles m’ont bousculée et j’ai reposé le tout. Le corps, toujours. Le souffle, aussi. Il s’agit de mon rythme. Je suis comme l’escargot : lent, mais si tu détournes le regard quelques minutes tu le perds de vue.
Aujourd’hui comme un gosse
Lun 16 Oct 2023 – 20:26
. Jour de grande fatigue, envie de pratiquement rien.
Je me suis rendue au poulailler, tout de même, changer l’eau des canards et vérifier l’état du pigeon que je pensais retrouver mort – tentative d’assassinat hier, les poules toutes sur lui. Ce matin, la joie intense comme une enfant (j’en ai dansé) de voir qu’il avait passé la nuit et bougeait même (traumatisme crânien malgré tout, vu les yeux qui ne se fixent pas).
. C’était une demande des enfants, jouer à Wakfu. Des années que je ne l’avais pas ouvert, j’ai oublié un tas de choses mais je me suis régalé de partager ça avec eux : une vraie gamine.
De là à déduire que j’ai dix ans… ![]()
Aujourd’hui besoin d’un objet essentiel
Jeu 19 Oct 2023 – 14:48Le besoin de l’outil d’écriture –
ce matin j’aurais parlé de stylo – de clavier, de ce que tu veux pour écrire et poser l’instable les nuits les rêves. Et puis je me suis bousculée pour espérer aquareller quelque chose, n’importe quoi. J’ai attrapé – je n’ai compris la raison que bien plus tard – un cours de peinture chinoise. À l’encre, donc, mais avec une pointe de rouge : je peux raisonnablement dire que j’ai peint à l’eau.
J’ai sévèrement ga-lé-ré. Je veux dire, tu sais, toi, tenir le pinceau d’une certaine manière, avoir de l’encre ni trop ni trop peu, coucher les poils (suffisamment mouillés et à demi-séchés) de sorte que le trait soit à demi effacé, et peindre une montagne essentiellement suggérée ?
Voilà.
J’ai donc peint une montagne, des rochers, des bateaux de pêche, des cerisiers, un village. Pas satisfaite une seconde – on ne parle pas avec ces cerisiers-là ni ces montagnes-là. En regardant mieux ce qui était écrit, il s’agissait d’un cours pour niveau avancé… ça expliquait un peu la difficulté, du coup, et les 15 minutes de cours un peu expédiés.
Je fermais mon matériel lorsque j’ai tout réinstallé sur une intuition, un souffle qui m’a totalement dépassée. Et j’ai peint une grande page d’encre d’une banalité folle, je l’ai remplie d’ombres et d’un peu de lumière, de noir et de lune, d’une certaine fatalité peut-être. J’ai investi pour la première fois une page au format A4 et tout ce qui était moche de cette date anniversaire est passée là
– ou la toute puissance des pinceaux.
Aujourd’hui attention particulière à faire…
Ven 20 Oct 2023 – 12:43
Particulièrement dispersée ce matin, je n’étais pas à ma peinture une seconde (ni au linge que j’ai oublié, deux fois). J’ai donc peint sans laisser sécher le fond, l’arbre s’est délité – comme mes pensées. Porter une attention particulière à l’instant présent, être dans le faire et non l’abstrait, voilà ce que j’aurais dû faire. C’est sympathique comme effet mais pas du tout ce que j’avais en tête. Je vais essayer de le reprendre à sec. Cette fois.
Aujourd’hui attention particulière à ne pas faire…
Sam 21 Oct 2023 – 18:58Loune:
Il semble, j’ai fait très attention à ne pas dormir. Nuit après nuit mais particulièrement celle-ci. J’ai fait très attention à ne pas répondre correctement à « comment allez-vous », ce matin, même si c’était imprimé sur mon visage – j’intègre de mieux en mieux les questions à mensonges sociaux – même si j’ai tout de même dit et sans m’étendre, je suis fatiguée (il y a des vérités qui se voient trop). J’ai fait très attention à ne pas marcher sur la sauterelle, à ne pas faire moi-même le repas, à ne pas dévorer tout l’aïoli, Et surtout, vu tout ce qu’il me reste à lire actuellement, j’ai fait très attention à ne pas prendre plus d’un livre à la médiathèque – donc j’en ai pris deux
Aujourd’hui il me faudrait un mot pour désigner
Dim 22 Oct 2023 – 20:17
Il me faudrait un mot pour désigner l’éparpillement efficace : la grande fatigue de faire quinze choses en même temps et la satisfaction parallèle de me voir (malgré tout) avancer. Il en faudrait un pour raconter le silence dû à l’absence de l’adolescent au milieu du boucan du moulin à parole qu’est désormais l’enfant (il semble compenser). Il en manque un pour exprimer la joie de recevoir des mails mêlée à la panique du retard pris dans les réponses. Et il en manque un, magistral, pour dire le besoin viscéral de dormir (la fatigue l’envie la réjouissance même à l’idée de) et l’angoisse (le désespoir) qui lui est chevillée au corps à la simple idée de voir passer les microsecondes – la lumière dans le vide.
Aujourd’hui à la poubelle
Lun 23 Oct 2023 – 19:19
J’ai jeté des larmes sur un documentaire et je n’ai pas compris, ni d’où elles venaient (peut-être de 1991) ni pourquoi (peut-être l’adolescence et tout ce que l’artiste a représenté pour moi). Je me suis demandé, à retardement, si c’était la gifle qui ressortait, celle reçue parce que j’étais tombée amoureuse du « mauvais » genre.
Enfin elles sont jetées, on ne saura plus, sans doute.
Aujourd’hui sens interdit
Mar 24 Oct 2023 – 9:39
Mon ordinateur a pris ce matin, un sens interdit : le saut dans le temps.
Il est parti vivre sur un autre plan que moi, complètement à l’ouest (très très à l’ouest de moi qui l’était déjà pourtant drôlement). Je ne sais pas s’il cherche à me rejoindre ou à m’éviter, j’en suis de toute façon à le redémarrer trois ou quatre fois par jour, tant nous n’existons plus ensemble.
Il est du style à avoir des crises d’épilepsie (je ferme les yeux et j’attends que ça passe) et il a développé Alzheimer : il boot sur le bios en hurlant une alarme flippante au lieu de s’allumer normalement (et parfois il boot en boucle, il ne faut pas être pressé ni avoir les oreilles fragiles), il a perdu Windows depuis longtemps on a dû bricoler avec Linux, il se fige comme un renard dans les phares d’une voiture à la moindre contrariété (et il est souvent contrarié). Il m’use depuis 6 ans (ou 7, je ne sais plus) (il a tenu 2 ans en pleine capacité de ses moyens).
Mais tout de même, ce chemin-là est très fort.
Il est 9h17 au moment de la photo, lui est déjà parti plus loin.Spoiler:
Aujourd’hui parti
Mer 25 Oct 2023 – 17:31
Je lis une ex-collègue de blog, danseuse classique qui s’est cassée le dos – image, mais pas tant. Elle réfléchit à ce qu’il s’est passé émotionnellement pour elle lorsque c’est arrivé et lui est venu le « je me casse », situation qu’il faudrait vivre et non créer dans son corps : partir, pas « s’abîmer ».
Douloureux écho qui me questionne dans l’instant jusque dans le bras. Mon épaule se disloque, s’échappe dans un sens lorsque je vais dans l’autre. Elle part. Elle part sans moi, surtout, elle divague de son côté je ne sais où, elle s’éclipse comme si je n’existais pas, créant une souffrance insupportable. À se perdre en dedans.
Pas à sa place.
mai-juin de cette année, qu’est-ce que j’ai déplacé ?
[…]
Il ne reste rien du récit intermédiaire, de la pensée égarée-revenue dans ce qui a été brisé puis silencié, mais j’ai trouvé le pourquoi-comment de ce double chemin que j’ai pris à ce qui s’est trouvé être une double date anniversaire étalée sur deux années et dont le second a forcément joué. En fouillant pour confirmer, j’ai retrouvé ce que j’avais écrit dans mon journal, une part de moi s’est décrochée. Voilà qui a le mérite d’être clair. On ne peut louvoyer avec l’inconscient, je devrais le savoir.
Plus qu’à l’empêcher de partir, donc.
Aujourd’hui première fois que
Jeu 26 Oct 2023 – 19:15
Ce matin j’ai dû retourner bosser à l’asso, c’est la première fois que je dois le faire deux fois la même semaine et reprendre en main tout le local. Nous étions heureusement deux, et il nous a fallu trois heures – dont une où j’étais seule. Les bénévoles sont là, quelque part, mais elles vieillissent, tombent malade, abandonnent. Nous ne sommes plus que 5 sur une trentaine.
Première fois aussi que je rentre en trottinette sous la pluie.
Je suis ce soir, en surcharge-douleur.
Aujourd’hui un moment de vacances
Ven 27 Oct 2023 – 18:11
L’enfant et moi avons défait nos emplois du temps1, il a cassé puis fondu le chocolat, remué avec un peu de lait de riz, versé dans le plat. J’ai monté les blancs, mêlé l’un et l’autre, il a léché les spatules, la casserole, tout ce qu’il pouvait, il était l’enfant et j’ai plongé dans ma propre enfance chez mes grands-parents, lorsqu’elle faisait cette même mousse et que je ramassais le chocolat directement avec les doigts.
J’ai mis le tout au frais, la mousse, les souvenirs, pas l’enfant et à 16h, c’était relativement bien pris.
Ah cette chose fondante dans la bouche… oui il y avait là-dedans un petit air de vacances indéniable.
1 il est en vacances de son frère, qui cuisine habituellement avec moi, et en vacances d’activités
Aujourd’hui rondeurs
Sam 28 Oct 2023 – 14:20
Elle demande tu as maigri ?
Mais pas
les rondeurs étaient à toi ?
tu vas bien ?
qu’est-ce qui se défait les nuits, pour toi ?
Dis-moi
est-ce que mes quelques kilos te gênaient dans ton existence ?
as-tu pesé tes mots ?
J’ai perdu mes rondeurs, celles attrapées lors de la cohabitation avec mes beaux-parents. Il est possible que je me sois figée, que l’existence – sous médicaments – soit devenue compliquée, à fleur de falaise. Que les reproches se soient posés sur mon corps au lieu de glisser au sol.
Depuis que je suis dans notre maison – la mienne -, j’ai fondu. Toutes les personnes que je croise me le disent, « oh ben tu as maigri toi, tu as fait un régime ? », il est délicat de répondre « oui j’ai arrêté ma belle-famille et pouf, radical, vous devriez essayer ! », du coup ma meilleure réponse est « non » bien qu’elle soit erronée, à sa manière. Pour faire bonne mesure parce que ces histoires dé régime m’agacent, je rajoute souvent « non j’ai même mangé plein de glaces tout l’été ».
Je me suis stabilisée – je crois.
Le plus étonnant finalement, c’est que je sois incapable de m’en rendre-compte. Visuellement je ne vois rien, pour moi je n’ai pas bougé, je suis la même.
Mes vêtements par contre sont catégoriques, j’ai perdu ce (ceux) qui me pesait.
Aujourd’hui douleurs
Dim 29 Oct 2023 – 19:40
Je peux te dire quoi. Le temps est plus lent, dans la douleur. On tient combien de temps, instant après instant. On se fige de combien.
Je ne sais pas. Toujours pas.
J’ai peut-être déménagé les vêtements d’été pour l’hiver, je suis peut-être restée longtemps assise à table, j’ai peut-être marché dans la forêt, j’ai peut-être juste vécu ma journée. Elle est là, dans l’interstice. Entre la cervicale à droite et le fragment d’os juste à gauche. Elle encercle, s’installe, s’étend, elle suit une nervure, elle file vers la colonne, elle n’a plus de sens, elle m’entraîne dans la chute, je me vois m’effriter, elle est cette présence intense, infernale, elle m’arrache à la stabilité, elle est le coude posé trop longtemps sur le bureau, et la peau qui s’arrache doucement – esquisse d’escarre.
Écrasante à tomber dans les ombres.
L’écrire a-t-il un sens. Les mots n’y sont pas, n’ont pas la place, on crève de combien avant de chercher une fenêtre. La solitude y est infinie.
Comme le coude
je me creuse dedans.
Aujourd’hui le roi
Lun 30 Oct 2023 – 18:53
Aujourd’hui l’enfant m’a toute à lui. Il s’est pris d’une passion pour les masques et leur décoration. Il colle il plume il strasse-pierre il colore, il dit regarde maman et je ne regarde que lui, il est encore le seul enfant, son prince de frère toujours absent. Pour quelques jours encore, le roi de son royaume.
Aujourd’hui métallique
Mar 31 Oct 2023 – 18:58
En attrapant un sac, un grand sac en plastique qui était au grenier et contenait les quelques (rares) petites choses pour Halloween, un objet est tombé par le fond. Le sac était largement déchiré, il n’avait aucune chance. Il est sorti du sac, a touché le sol et s’est brisé en mille morceaux, gros et minuscules, orange et noir : une lanterne en verre en forme de citrouille. Il n’est resté d’intact que l’armature, métallique.
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J’aime bien ces « aujourd’hui » déclinés, ces moments du présent, de la vie, écrits ici et qui disent le tout, le pas, le peu, le petit plus qui fait la différence. Belle journée !
J’aime beaucoup aussi, mais ça avait fini par m’enfermer complètement dans un impératif d’écriture (et j’ai un rapport compliqué aux imposés). Je reprendrais peut-être, ou vaguement ^^
Doux we à toi, pas de belles fêtes 🙂
C’est bizarre, j’ai toujours du mal à lire ce qui est écrit à partir de prompts et/ou ce qui est décalé temporellement (si ce n’est pas de la fiction) et je commençais à grappiller des phrases plus qu’à lire quand j’ai croisé la mention d’un ancien post de mon blog et alors, l’ego quand même, ça m’a réancrée, comme si le tout devenait présent, ou rattaché à mon passé, et j’ai pu reprendre la lecture plus sereinement. L’esprit est bizarre, quand même.
« Et surtout, vu tout ce qu’il me reste à lire actuellement, j’ai fait très attention à ne pas prendre plus d’un livre à la médiathèque – donc j’en ai pris deux. » J’ai (sou)ris.
Tu te rends compte, j’ai parlé de toi sur un espace inconnu et lointain ^^ (j’avais à peine repris mon espace ici, il me semble). Mais oui, l’esprit a besoin de rattacher à ce qu’il connaît, je ne suis pas surprise, et même je trouve ça beau 🙂
^^