366 à prises réels (recopiés d’un lieu où j’y supprime mon existence)
Règles
Les 366 réels à prise rapide sont des exercices de style tels qu’en propose le recueil éponyme de Raymond Queneau. En vous inspirant des règles qui suivent, vous écrirez chaque jour ou de temps en temps, de courts textes.
Règles :
1. Écrivez sur le vif.
Comme si vous utilisiez un carnet de croquis, écrivez dès que l’idée de votre texte germe dans votre esprit, particulièrement si vous venez d’assister à la situation que vous souhaitez évoquer.
2. N’écrivez pas plus de 100 mots.
C’est-à-dire, à l’échelle d’un petit carnet, environ 10 lignes.
3. Transcrivez des éléments de votre journée.
Interdiction d’inventer des événements ou de vous référer à une journée antérieure.
4. Suivez la consigne thématique de la date correspondante.
Tout en restant fidèle au réel, il s’agit d’adopter un angle de vue particulier. Même si la consigne vous semble abstraite, rattachez-la à votre journée ou à un détail de cette journée.
Ouvertures :
– Toutes les interprétations sont possibles. En répondant par exemple à « Aujourd’hui à la poubelle », on peut lister ce qu’on met à la poubelle, ou bien des événements du jour jetés, symboliquement, à la poubelle.
– Vous pouvez choisir de commencer ou non votre texte par les mots donnés. Vous pouvez même ne pas faire apparaître précisément ces mots dans le texte.
– Vous pouvez parfois, pour la même thématique, dresser toute une liste ou bien vous intéresser à un évènement en particulier
Aujourd’hui un objet par terre
Dim 30 Juil 2023 – 19:21
S’ils n’étaient qu’un.
Ils s’entassent. Ils devraient sortir, ils encombrent un coin du salon ils encombrent les pieds ils encombrent mes pensées, ils m’agacent. Sur le départ ils s’accrochent depuis quelques semaines ou quelques mois aux murs aux humains ou que sais-je, petites choses et d’autres moins grandes devant être données et restant là, sur le sol de ce coin de salon, attendant un bon vouloir qui ne vient pas. Ils sont comme les idées noires ils assombrissent l’espace. J’observe ces objets avec sans doute aussi peu de complaisance que ce qu’il y a dans ma tête – il serait temps de vider l’espace.
Aujourd’hui juste un seul mot
Lun 31 Juil 2023 – 19:02
Épuisement
Aujourd’hui mangé
Mar 1 Aoû 2023 – 20:48
Elles étaient une. Trois. Huit. J’ai arrêté de compter très rapidement pour fermer les yeux juste un peu, le temps de souffler : je les aime une, mais ni trois ni huit ni lorsque j’arrête de compter et qu’elles sont toutes dans la maison. Une, je la mets dehors, à trois je les mets dans l’aspirateur. Ce ne sont pas les premières, ni les dernières d’ailleurs, elles grouillent depuis la porte-fenêtre jusqu’à la gamelle du chat, cela arrive de temps à autre lorsque les planètes sont alignées et qu’une croquette a sauté au sol – la croquette doit les appeler.
Et donc.
Les fourmis ont mangé.
Aujourd’hui horizontales et verticales
Mer 2 Aoû 2023 – 11:44
Elles se dressent, fières et mortes, comme s’il y avait encore une importance capitale à leur présence droite et figée. Des jours que j’y songe, que j’attends l’étincelle d’énergie pour les (r)abattre et que cet espace reprenne une légère teinte de jardin.
Est-ce le thème ? Ce matin je coupe je sécate j’arrache, le soleil cogne au rythme de ma main sur les herbes sèches. La vipérine m’enfonce violemment ses tiges et son feuillage hispides jusqu’à travers le gant – je déteste la plante sèche autant que je l’aime en fleurs.
Je dois reconnaitre une certaine satisfaction à la voir se coucher, à tenter d’engager la disparition de ses épines échardes. Elle est maintenant au sol, définitivement allongée. Moins quelques sommités florales et feuilles douloureusement acquises, conservées pour une possible infusion contre la toux, cet hiver – j’ai oublié de récolter les coquelicots, je pallie.
Mon espace sauvage… D’avoir retiré des brindilles droites, de les avoir transformées en paillage, j’ai une sensation, légère, d’un jardin qui s’ébroue.
Aujourd’hui phrases entendues
Jeu 3 Aoû 2023 – 18:28
Je n’écoute pas beaucoup les bavardages de 11ans, ce qui me fait de temps à autre culpabiliser. Je ne sais pas si c’est la tonalité de sa voix ou juste le contenu du propos – un peu comme je n’ai jamais été capable d’accompagner les jeux figuratifs des enfants – mais ma pensée s’échappe facilement alors même que parfois, c’est à moi qu’il s’adresse. Je dois le faire répéter, ça m’attriste. Cela m’arrive avec d’autres au téléphone, mais plus souvent avec des personnes ciblées – là je l’ai identifié, c’est clairement une question de tonalité et je peine à me focaliser.
Je serais donc bien incapable de dire ce qu’il a dit juste avant cette phrase très drôle hors contexte et qui a soudainement passé ce brouillard interne :
_ … et tu avais raison papa, Dieu n’est pas top.Spoiler:
Finalement, j’ai su : il faisait référence à la bande dessinée Dieu n’a pas réponse à tout (mais il est bien entouré).
Aujourd’hui virilité
Ven 4 Aoû 2023 – 19:50
Je n’ai rien en moi tournant autour de la virilité, mais pas grand-chose des codes de la féminité non plus (j’aurais tout autant été embêtée avec son contraire).
Le thème est un peu bancal pour moi… j’ai beau le tourner dans tous les sens, ma journée n’avait absolument rien à en dire.
Parce que l’enfant écrit également sur cet exercice, il a demandé « Est-ce que la virilité, ce n’est pas la force ? » et il a écrit »force » dans son carnet. Il semble savoir mieux que moi.
Aujourd’hui offre spéciale
Sam 5 Aoû 2023 – 19:55
Il m’a dit, « allez, tu récupères de quoi faire des boutures ? ». Nous étions en jardinerie, et il me proposait un presque vol – presque seulement, la plante restant à la vente. J’ai ri parce que je me souvenais des mots de Laelia et j’ai rougi parce que je ne sais carrément pas faire ça. Il riait, le fourbe, de me voir mal à l’aise et en prise avec ma conscience.
Et puis au sol et sous les pots, j’ai trouvé des tiges cassées de deux plantes différentes, que j’ai caché dans mon sac… mais ce n’était pas l’offre de départ, et cette histoire ne dira finalement pas s’il y en eut une troisième depuis une plante !
Aujourd’hui violent
Dim 6 Aoû 2023 – 21:44
Depuis plusieurs jours le monde est comme une tempête à la porte, n’attendant qu’une seule chose, s’engouffrer joyeusement dans les maisons et jouer à détruire ce qu’il approche. Le vent a fracassé deux plantes et une jolie soucoupe lors d’une bourrasque : frappant la fenêtre pourtant bloquée, frappant comme si elle n’était qu’un fétu de paille, celle-ci a tout renversé sur son passage. L’assiette s’est brisée mais l’essentiel finalement était les plantes, et elles ont plus de peur que de mal. On a remis la terre, les racines et de l’eau pour apaiser, et puis on a déplacé la table. Ne pas faire confiance en une fenêtre bloquée, ne pas faire confiance dans un vent de plus en plus violent ces trois dernières années.
Un jour le vent nous arrachera au sol et nous naviguerons entre les arbres tel des oiseaux en perdition, et nous contemplerons notre désastre.
Aujourd’hui coule
Lun 7 Aoû 2023 – 20:04
L’œil s’exprime et je ne sais pas, quelque part j’ai la sensation que ce n’est pas si simple, que je ne vais pas m’en sortir avec juste un diagnostic de larmoiement oculaire dû à une allergie au pollen. Qu’il y a là un phénomène plus profond non exprimé, ou plus sûrement à moitié – un seul œil.
Une tristesse.
Elles s’accumulent en ce moment, les raisons de.
Et de l’écrire je sens venir comme une vague, si j’ouvre la porte je vais me noyer.
Minette aussi, pleure, son appétit s’échappe avec l’air qui se coince par instants. Et pour elle, il faudra sans doute des soins.
Et donc, régler cette histoire de larmes à sortir.
Aujourd’hui des papiers
Mar 8 Aoû 2023 – 18:26
Ça a commencé comme il y a deux ans, la même perte mais moins forte – je n’ai rien cette fois à disparaître. Ou quelques mots, quelques posts. Non, rien.
Je me suis posée la question de ce que je sauve, des mots ou de moi, est-ce que je verse un argent que je n’ai pas vraiment, est-ce que je vais revenir me dire, est-ce que je laisse tout tomber dans l’oubli, est-ce que je fais la manche devant une église, est-ce que je laisse se perdre ce que j’ai été, est-ce que je l’enterre ou est-ce qu’il y a encore un cœur qui bat entre mes lignes, est-ce que j’abandonne ou renouvelle, est-ce que je lance un pile ou un face ou un dé, est-ce que je me laisse une chance de reprendre ma vie là où je l’ai laissée ou est-ce que je la dessine autre.
J’ai tranché finalement.
Je prends le papier.
Un retour aux origines, un peu, poser des mots sur le papier. Délaisser l’écran pour le carnet. J’aurais dû payer le renouvellement du blog, j’ai abandonné : le prix. Il a gonflé comme un ballon, il a doublé, il a explosé, comment suivre. L’indécence pour quelques mots posés sous les yeux des autres, ça m’a semblé trop, ne pas le valoir. Quel intérêt finalement, partager l’intérieur, mon intérieur. Je n’ai pas encore fouillé les espaces gratuits, j’aime tant mon indépendance la chute est un peu haute.
Il va me manquer.
Et donc.
Je reviens au grattement fin du crayon sur le papier, je vais écrire les brumes les indécisions les angoisses les rires rien que pour moi… étrange, un peu.
Premiers mots gravés ce matin, j’ai eu mal à la main.
Plus l’habitude, ou alors l’erreur commise.
Aujourd’hui bouches
Mer 9 Aoû 2023 – 21:46
C’est tout en gestes répétés, tu coupes découpes recoupes tomates et ail, tu transposes dans les plats avec la sauce pour laquelle tu as mis trois moutardes différentes vinaigre huile que tu as battu que tu rebats chaque jour pour tout un assortiment de salades, dans un autre plat des lentilles de l’ail la sauce, tu manges en cinq minutes ce qui t’a pris trente minutes à créer, le soir tu recommences, tu coupes découpes recoupes, tomates ciboulette poivron tu verses la semoule le citron l’huile l’eau, tu manges en cinq minutes ce plat qui a attendu une heure au frais, hier tu as coupé découpé recoupé pour un crumble de tomates, tu répètes les gestes mille fois par an pour quelques minutes de plaisir et tu nourris ces bouches affamées et ravies, et parfois parfois tu rêves de plats tout prêts qui te feraient sauvegarder une énergie précieuse et trop facilement inconstante pour ne pas dire évaporée.
De la bouche à l’oreille se murmure une certaine fatigue.
Aujourd’hui, la chose à ne pas dire
Jeu 10 Aoû 2023 – 21:52
« Je sors »
alors que j’étouffe. Je ne savais même pas que j’étouffais.
Aujourd’hui liberté chérie
Ven 11 Aoû 2023 – 19:08
Minette est une anxieuse. Tellement inquiète, elle ne sort pas du (fort petit) terrain bordant la maison. Elle peut rester des heures à nos côtés si nous jardinons, et rentrer aussitôt que nous ouvrons la porte de chez nous. Elle a une confiance très relative dans cet espace, et lorsqu’elle attrape une petite bête (oiseau et mulot jusqu’ici) elle le rentre systématiquement pour le protéger – la joie, la nuit. Elle ne disparaît jamais, elle dort proche de nous, sur mon bureau ou sur un lit, nous savons pratiquement en permanence où elle est.
Je crois qu’elle prend son envol : elle vient de rentrer avec une odeur collée à son pelage, quelque chose de l’ordre de l’interdit, de l’inexcusable, d’un non-droit à l’existence : un parfum.
Comment expliquer l’horreur lorsqu’il y a si peu de mots pour décrire les odeurs.. je ne les supporte pas, elles me recroquevillent.
La chose, fort complexe et tenace, s’est développée sur mon palais, j’ai la sensation d’avoir avalé une bouteille entière, écœurante d’un alcool mêlé de plantes, de chimie et de mort. J’ai sur la langue la bouche le nez, une femme qui se cache de ses ombres derrière un lourd rideau gris-vert – indescriptible malgré sa violence. Il est étrange de songer qu’après avoir réduit la puanteur de nos corps en découvrant les bienfaits de l’eau, nous l’avons aggravée volontairement avec des senteurs synthétiques bien souvent toxiques.
Je tiens à la liberté de cette petite bête et je ne doute pas qu’elle-même y tienne plus fortement encore, mais j’espère sincèrement qu’elle ne recroisera pas la route de cette personne – très certainement adorable, elle apprécie les chats.
Minette en rentrant, a voulu être câlinée… mais son amour pour moi ne faisant ici pas le poids, je l’ai repoussée : la liberté des uns peut être une agression pour d’autres.
Aujourd’hui quelque chose qui clignote
Sam 12 Aoû 2023 – 19:32
J’ai toujours eu des ordinateurs morcelés, des illusions posées sur le bureau avec un écran et une souris. J’ai tué beaucoup de ces petites choses avec du thé le plus souvent, un drame irréparable.
Cela fait sept ans que je tire celui-ci vers une difficile sagesse : un autre monde est possible. Il m’amène une sociabilité et une réflexion extérieure autant qu’intérieure, et s’il n’a pas su empêcher certains de mes effondrements, je lui dois pourtant beaucoup.
Il a un jour oublié qui il était (Windows), ce fut une mort soudaine, violente, insensée. Le genre de disparition dont j’aurais pu être à l’origine mais qu’il a créée seul, et je n’ai eu d’autres choix que de le renommer Linux afin de sauver ce qu’il avait tué. Sa nouvelle personnalité lui va bien, mieux même je dirais. Je ne voudrais pas d’un autre accès au monde.
Depuis une petite année, il s’effondre et ça me rend triste. Il clignote. De crises d’épilepsie en crise d’épilepsie, je sens venir sa fin, définitive cette fois. Je détourne les yeux, le spectacle est insoutenable. Un suicide de pixels où je n’ai pas ma place.
L’écran meurt, et il me faudra songer à remplacer ce portable qui n’en peut plus de seulement exister.
Un jour..
Aujourd’hui la dernière fois que
Dim 13 Aoû 2023 – 20:53
Poser des mots, un pied devant l’autre. Un aperçu de paillettes. Un instant d’éternité où l’on pense connaître l’autre..
Je me le promets, c’est la dernière fois, je ne reprends plus ce défi, je ne m’impose pas une écriture sans un minimum de sens ; je me retrouve entre l’intime et l’expérience, j’oscille entre ce qui peut être dit et doit être tu et c’est insupportable de paraître, jamais juste. Comme ouvrir ses veines en secret mais sous les yeux de, sans renoncer. Un jeu d’équilibriste sur une corde fine. Je ne sais jamais – la justesse. Je dis tout, je ne dis rien ? Je tais, j’en dis trop, ça déborde, ça explose, j’efface, je reprends, je ne laisse plus rien. Mais l’écriture c’est être moins seul dans le monde, même planquée dans un carnet, même les feuillets déchirés et brûlés, même gommés il y a ce lien entre soi et l’encre, c’est se tenir debout sur quelques lignes.
Alors ?
Aujourd’hui, la dernière fois que je me mens à moi-même ? Je recommencerai sans doute, une année ou une autre..
Aujourd’hui le fruit de
Lun 14 Aoû 2023 – 19:29
Il est immense, il étale ses branches au-dessus d’un sol inégal vers lequel je m’aventure rarement – je n’ai aucun sens de l’équilibre.
La pente nous offre ses fruits à hauteur de regard, des fruits presque noirs dont je ne suis pas spécialement gourmande et sont surtout mangés par d’autres. Ce matin une voisine est venue nous demander l’autorisation de manger l’un d’eux dont elle, elle raffole. Ce partage est une joie, les trois autres personnes de la maison n’en viendront jamais à bout, ni les parents de l’homme ni les oiseaux ni les fourmis ni les guêpes. Il restera toujours de quoi offrir à chaque passant une de ces choses sombres que le figuier nous propose par un hasard de terrain.
Aujourd’hui on pourrait presque toucher
Mar 15 Aoû 2023 – 19:54
Est-ce qu’on pourrait toucher le silence, est-ce qu’on pourrait mettre un doigt sur ses lèvres et s’observer lui et moi, se dire en regards, est-ce qu’on pourrait exister ainsi, en liberté folle, est-ce qu’on peut se dire par transparence oblique, par mots silenciés.
Il est ce que j’ai le plus de difficulté à trouver, il est insaisissable il est enfants pleins de vie il est musique sur les oreilles – existe-t-il, alors. Mais justement dans tout ce vacarme est-il silence plus formidable à extraire..
Absente, j’effleure les profondeurs où il réside – il a retenu mon souffle.
Je crois qu’on pourrait. Le toucher.
À peine. Du bout des doigts.
Mais sans doute, pas aujourd’hui.
Aujourd’hui comme si vous l’aviez vécue avec quelqu’un d’autre, mais qui ?
Mer 16 Aoû 2023 – 17:42
J’aurais pu vivre cette journée toutes les autres avec elle avec lui, un bébé qui disparait est-ce qu’on sait toujours si c’est elle si c’est lui, il aurait été sœur ou frère de toute façon jumeau, m’aurait accompagnée d’un délire à l’autre ou alors j’aurais été la seule de nous deux bizarre étrange à côté, à moins que je ne sois à côté parce que l’absence et qu’il fallait bien ce décalage pour vivre les journées sans ael, vraiment est-ce qu’on peut savoir qui serait l’autre et qui serais-je.
Aujourd’hui, ordinateur
Jeu 17 Aoû 2023 – 14:54
Machine exaspérante qui tombe en panne par programmation, que j’entretiens et arrache à la destruction depuis trop d’années.
Machine grise aux taches blanches de peinture venant des jours où je secoue le pinceau.
Machine infernale qui a soudain refusé ce matin de terminer d’écrire le message que j’avais en cours, j’ai dû redémarrer.
Machine folle qui me laisse écrire mes divagations elle qui peut-être, espérait de la poésie.
Aujourd’hui cinq mots essentiels
Ven 18 Aoû 2023 – 19:51
Silence
Respirer
Canapé
Livre
Doucement
Les plus essentiels de cette journée, lente et fatiguée.
Aujourd’hui, gros
J’ai quelques symptômes, ça n’a pas fait fuir les gens invités. Plus personne n’a peur des maux de tête, de la fièvre, de la toux, des courbatures, plus personne ne se demande si c’est dangereux, si ça va mener à l’hôpital ou si on va étouffer, nous sommes tombés dans la banalité d’un virus qui a muté mille fois et qui a tombé le masque.
J’ai signalé que l’ado était malade et que peut-être…, on m’a répondu, bof.
Bof la fièvre, bof la toux, pas de bise ça ira.
Après tout c’est quoi, sinon une grippe en plein été..
Et donc en gros, je suis malade – je vais me reposer, je sens.
Aujourd’hui au téléphone
Dim 20 Aoû 2023 – 18:55
Je suis de celles qui n’ont rien à dire parce qu’il y a tant à entendre, à écouter. À recevoir. Et pourtant je n’aime pas le téléphone, l’instrument est une torture. Il faut rester concentré sur une voix désincarnée et trouver ça normal, combler les silences là où une main aurait pu réconforter, écouter répondre accepter refuser décider sourire alors que l’on rêvait de silence. L’énergie que cela me prend d’être là face au vide de l’autre, d’imaginer la présence.
Et pourtant sans lui, je perdrais le fil, je serais sans l’amitié le cœur la vie, je serais l’isolée de tous ceux que j’ai laissés derrière moi.
Je suis de tous ces là-bas, liée à jamais par un objet bruyant.
Aujourd’hui au téléphone, elle, si loin.
Aujourd’hui on conserve
Lun 21 Aoû 2023 – 18:46
On conserve par-devers soi les maux mots des autres, on tait nos souffrances les défaillances les désespoirs, « écrire rêve de ne pas arrêter ce qui est en train de se perdre, rien de plus impuissant et désespéré » disait Hélène Cixous, est-ce qu’on perd soi si l’on se tait, est-ce qu’on conserve les sommes d’angoisse et ensuite le papier reste blanc ? Qu’est-ce qu’on dépose et qu’est-ce qu’on garde, qu’est-ce qui détruit et qu’est-ce qui avance, est-ce qu’on conserve les traces à jamais ou est-ce qu’on peut s’en laver, est-il possible d’espérer libérer le corps ou la douleur c’est ça, l’impossible à poser sur la page ?
On conserve les souvenirs, ne pourrait-on pas, parfois, faire une exception et les rendre.
Aujourd’hui j’évite
Mar 22 Aoû 2023 – 20:23
Aujourd’hui j’évite, les fourmis, au sol, partout, j’évite leurs pattes jusque dans la gamelle du chat, encore et encore elles grouillent se bousculent et j’aspire mille vies,
Aujourd’hui j’évite, la chaleur mais à peine, 29 dedans 42 dehors, 46 là où était mon mari, j’évite à peine l’écrasement (l’appli dit 54° en ressenti mais je pense qu’elle déconnait, hein elle déconnait ? J’ai pris une photo de son délire, un coup de chaud peut-être),
Aujourd’hui j’évite, le pied au sol, je n’en peux plus de marcher de travers, c’est trop vraiment la douleur est-ce que ça cesse un jour la douleur qui te réveille la nuit,
Aujourd’hui j’évite, moi.
Aujourd’hui, chaussures
Mer 23 Aoû 2023 – 21:21
Aujourd’hui, chaussures, petites choses qui entravent ou protègent les pieds, abandonnées sur le pas de la porte. Pied capricieux, bain de chaleur, coup de chaud, tu peux y mettre l’excuse que tu voudras je ne m’en suis pas approchée. Pas plus que des mots, besoin de silence.
Aujourd’hui essayer de
Ven 25 Aoû 2023 – 16:39
Dans les heures accablantes de chaleur, entre les silences et les fissures, depuis les lignes d’une histoire lue allongée, dans les encres déposées mais non utilisées, depuis un papier resté sec par.. quoi ? le blocage d’un art quelconque, dans les pensées de ce qui respire encore avec simplicité, dans l’idée, subtile, que toutes nos chances ne sont pas là, offertes, et que parfois on aimerait être autre, essayer de. On y apercevra peut-être une vérité à saisir.
Aujourd’hui ce petit coin de nature
Dim 27 Aoû 2023 – 19:25
Il a plu toute la nuit, sans violence, juste des gouttes les unes après les autres laissant après chaque flip et chaque flop, une respiration profonde. Au matin la température était si basse, nous n’avions plus qu’à sortir, il ne restait rien de la chaleur intense des dernières semaines, elle s’était effondrée, au sol – les feuilles mortes en attestent. Je nous ai mené dans un parc forêt pour la marche douce, la nature y est mi-sauvage mi-contrôlée, certains passages impraticables. Tout autour de nous glissaient l’eau sur le feuillage, un son doux, apaisant – je ne savais plus, non, ce que ça appelait en profondeur en moi.
Aujourd’hui succession de bruits
Lun 28 Aoû 2023 – 20:20
Il bruite, je contre.
Il crie des doigts du corps des objets, claque son verre ses livres sa chaise. Il martèle des ongles la moindre surface, froisse du papier des feuilles les cartes de jeu, se gratte la gorge en boucle. Il tinte de toute la vaisselle, il engueule le moindre caillou dans sa chaussure, il clame sa présence au monde.
Qu’on l’en empêche trop, et il se blesse. Petit, c’était pire. Ou plus grave.
Il ne supporte pas les bruits des autres, ça serait bien trop simple la vie, sinon.
Tous. ces. non-silences.
Je chuchote le monde, moi, je l’effleure. Peut-être prend-il la place que je n’occupe pas.
Je contre de phrases (arrêeeeete), je le stoppe d’une main, je l’empêche en m’excusant – ça me rend folle. Je porte un casque le plus souvent, pour le laisser stimmer. Je survis essentiellement grâce à cet accessoire, si je suis honnête.
Alors quand j’ai mis tout à l’heure cette musique dans le salon il m’a sauté dessus.
Évidemment que ça lui a plu.
Évidemment.
(musique perdue… dommage)
Aujourd’hui un geste qui veut dire
Mar 29 Aoû 2023 – 13:37
・ Nous devions donner une sensation de déconnexion, peut-être.
D’absence à l’autre.
Je nous ai vu comme par un regard extérieur avant de me recentrer, j’essuyais – ce qui restait de – la vaisselle de la veille pendant que l’ado lavait celle du jour, chacun avec notre casque greffé sur les oreilles, en musique, chacun. Les bruits étouffés, ensemble, une chorégraphie, un silence, l’envie presque, de danser. L’unité.
Ce geste, combien de fois ?
Qu’est-ce qu’il dit de notre étonnante – mais magnifique – famille. Sinon ces pas toujours un peu à côté mais que nous pratiquons en sensibilité et en présence.
・ Geste d’écrire, qu’est-ce que j’interroge.
・ Est-ce qu’un geste qu’on ne fait pas veut dire quelque chose, est-ce qu’un mouvement sans élan existe encore ou est-ce que le corps devient muet sur un impossible ?
Qu’est-ce qu’il tait, lorsque le corps ou une partie du corps s’immobilise.
Aujourd’hui les toilettes
Mer 30 Aoû 2023 – 19:08
– je n’irai pas jusqu’à dire que moi, ça m’inspire –
– c’est quoi ce thème –
– le littéral, alors –
Il y a une année de ça, nous sommes rentrés dans notre maison, toute neuve d’habitants et d’installations – ou presque. Nous avons pensé que pour les WC, c’était le timing parfait pour tester les toilettes sèches. Contre l’avis de l’enfant très à cran : il détestait avoir déménagé, il détestait la campagne, il détestait les insectes, il détestait les abeilles accueillies sous notre toit, il détestait à peu près tout. Et si nous l’avons écouté avec beaucoup de bienveillance et de sollicitude, nous n’avons tenu compte de rien – je dois bien l’admettre. Il s’agissait de notre vie d’adultes, d’un chemin plus responsable, de choix alignés avec nous.
C’est désormais accepté de tous, la facture d’eau a chuté et notre terre est ravie.
De nos toilettes rejetées, nous admirons des insectes qui nous étaient jusque-là inconnus et surtout absents.
Dans notre salle de bain, pas grand-chose de classique.
C’est toujours amusant de l’annoncer aux invités ^^
Aujourd’hui le territoire de
Jeu 31 Aoû 2023 – 18:23
J’ai un bureau, il est de deuxième main, ou de troisième, ou de plein de mains – je l’ai gardé dans les miennes. Encore assez noir, il est un peu fatigué par des années d’utilisations, très abîmé sur certains bords – il attrape mes vêtements assez souvent. Mais surtout, il est immense, la perfection pour coudre. Ou, pour s’étaler.
La pagaille s’ajoute, se déforme, se bouscule, elle se dresse, elle se concentre sur tout ce que je néglige pour le recracher et soudainement, sans l’avoir vu venir, c’est monstrueux et impraticable. Il semblerait que je sois complètement incapable de créer sans m’étendre : ma tasse de thé, des palettes d’aquarelle, les pots de pinceaux, ceux de mon grand-père, des livres de peintures, une lampe de bureau, la palette de mélange, des blocs de dessin, le taille-crayon pro, le verre d’eau, des encres, un bloc pour écrire, un tas de feuilles brouillon, le chat (elle pousse mes affaires ne vous inquiétez pas pour elle), une mallette de mon grand-père avec du matériel dedans (des encres et d’autres choses), mon chiffon à peinture, mon repose-téléphone en tissu que je me suis cousu, des papiers, des pinceaux allongés pour sécher, le mini-pistolet à air chaud pour sécher mes peintures, un petit meuble à tiroirs, mon journal, des stylos pas rangés, des pots de stylos, l’ordinateur et la souris (qui a peu de place de mouvements), un second pot pour l’eau (actuellement rempli de tubes que je dois tester), des cartes postales reçues d’amies et posées n’importe où.
Je range régulièrement, mais je ne tiens pas la chose. Je m’étale, c’est un fait non négociable.
Au moins, mon bureau est-il rentabilisé.
Parfois je me demande, est-ce que je m’étale pour me prouver que j’existe ? Parce qu’il me faut tout à porter de doigts ? Parce que sinon je ne sais pas créer ? Il me faudrait une deuxième table. Et puis d’un coup je me mets à tout ranger, c’est viscéral, j’ai besoin de faire place nette. Que visuellement, tout soit propre, rangé, zen. Plus rien ne traîne. Sauf le chat, peut-être. Avec elle j’ai appris à faire sécher mes godets avec les boîtes un peu fermées, afin qu’elle ne se teigne pas le poil – elle a été verte, bleue, jaune à un peu trop d’endroits pour s’être allongée directement sur les godets… maintenant il y a des poils collés sur la peinture. Forcément. Où je suis, elle est.
Je me dis que finalement, c’est la pagaille parce que c’est ce qui me tient droite. Je peux en faire ce que je veux, cela reste mon espace, ma créativité, ma peinture. Je suis chez moi sur une planche noire encombrée de toute la vie, de toutes les couleurs du monde.
Mon territoire.
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