J’oscille. Le temps se fractionne, me propulse là où je ne suis pas encore. Est-ce que la vie va trop vite ou est-ce moi qui n’avance pas sur la même temporalité depuis des mois, est-ce seulement une accélération dans un ressenti qui a toujours été là ; je ne sais rien définir mais je trébuche sur les rendez-vous, je ne les vois pas arriver. C’est un peu comme les voitures sur la route, ou les enfants lorsqu’elles se jetaient sur moi pour me faire un câlin : je n’ai jamais eu le temps de les arrêter, j’ai le cerveau qui s’enraye dans la vitesse et je me prends des murs. Et se prendre mes enfants violemment c’était douloureux. Toujours est-il, mes rendez-vous me tombent dessus sans que je les vois venir. J’ai donc très mal préparé celui avec ma Doc alors que j’ai eu un mois et demi pour le faire. Au moins, j’ai réussi à parler cette fois de mes larmes sur le canapé – et celles pas sur le canapé – et puisque les gouttes ont fonctionné pour les douleurs d’art-hrose ou -hrite, elle me les as prescrite de nouveau, pour plusieurs mois. Le pharmacien lui, m’a trouvé l’équivalent de mes gants de liseuse (noir, épais, incommodes, avec lesquels je perds toute proprioception) dans une version couleur chair et tissu fluide, malléable, pratique. Ca ne me servira pas pour les douleurs du SED (encore que, à l’usage j’ai l’impression que si), mais pour celles de l’art-quelque-chose, oui (tu crois que j’aurais demandé à la Doc une précision sur ce que j’ai ? On va partir sur l’arthrose, par rapport aux gouttes, il semble). Mais le pied, vu comme l’articulation change de couleur, j’ai un doute sur le fait que ce soit la même chose.


Ceci mis à part, je crois pouvoir dire que 1) j’ai pris très peu de notes en septembre donc je ne sais pas comment l’étoffer et 2) je n’ai pas la capacité émotionnelle de l’étoffer donc je n’ai rien à en dire de plus. Je ne suis plus reliée à moi tout en l’étant plus qu’avant (ne cherchez pas, c’est une pagaille immense en pleine réorganisation) ; j’ai enfin compris mes problèmes de mémoire et j’ai besoin de temps.
Tout va prendre plus de temps.
Les photos sont là pour faire croire qu’il y a beaucoup de matière.
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LeChat s’évade en week-end avec son frère et un ami d’enfance, pour une randonnée et un bivouac en montagne. Bizarrement je savoure son échappée comme si j’étais seule, alors qu’il y a trois adoes avec moi et tout un tas de repas à préparés.
Dans la maison, un gecko minuscule joue à cache-cache avec moi, puis joue sa vie avec Corail, je le perds de vue sous un meuble – ne le reverrai jamais.
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Le rendez-vous médical était avant tout pour Alouette. J’avais pris la précaution d’en prendre un également pour moi (un mois et demi d’attente, c’était pertinent), et de le supprimer si besoin mais j’ai eu effectivement à m’en servir pour les douleurs et un vaccin qui ne fait pas parti du carnet habituel mais que je voulais malgré tout : entre un vaccin très douloureux et non prévu (dans le sens, non anticipé parce que c’est un choix politique de ne vacciner que les jeunes et soigner les adultes, ce qui revient bien plus cher mais enrichi les pharmaceutiques) non prévu donc pour les plus de 24 ans, et un possible cancer, bizarrement, j’ai préféré le vaccin-pas-prévu. J’en profite pour vous dire : renseignez-vous, le papillomavirus fait quelques dégâts.
(la longueur de mes phrases, parfois…)
Et donc, Alouette. Je l’ai accompagnée à son rendez-vous parce qu’elle angoissait, et avec son accord j’ai finalement parlé à sa place parce qu’elle n’y arrivait pas – j’ai officiellement un troisième enfant à la maison.
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Pour Alouette, les choses avancent. Après la sécu et la CMU débloquées par LeChat, notre médecin a fait avancer la cause LGBTQ+. Elle est officiellement trans aux yeux du gouvernement (ne me demandez pas si ce point précis est une bonne chose).
Dans le même temps, je tente de faire prendre conscience à cette jeune personne qu’il faut prendre soin de soi, et donc de fait, ne pas prendre n’importe quel médecin sous prétexte qu’il a un diplôme qui nous intéresse. Parce que ceux du coin, à deux heures autour de nous dans toutes les directions possibles, sont intégralement tous maltraitants avec les personnes trans, nous partons le mois prochain à Toulouse, revoir celui que nous avions rencontrés pour Kira. Alouette s’inquiète de ce que nous fassions ce voyage si loin rien que pour elle et tente de trouver des solutions pour y aller de son côté. Techniquement, nous n’avons pas besoin de le revoir et nous y allons pour elle, c’est vrai. Mais de fait ça nous arrange pour changer de médecin pour Chouette, et nous allons profiter du voyage de la première pour aider la seconde (et puisqu’on y est, un bilan pour Kira).
Si je l’avais laissée faire, elle prenait la première maltraitante venue « non mais elle, d’après les avis c’est la moins pire de toute, je prendrai sur moi ça ira ». Non, ça n’ira pas.
Toulouse, donc.
Le soir, nous sortons juste pour voir le coucher de soleil flamboyant.





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Randonnée dans les Cévennes à cinq. Je suis rentrée sans courbatures (peut-être parce qu’on a marché vraiment lentement pour Alouette qui a des soucis) et malheureusement, sans ma pochette à crayons qui a été oubliée quelque part par LeChat. La pochette je m’en fiche, mes deux dessins je m’en fiche, à la limite je me fiche aussi des stylos et gomme achetés exprès pour elle, mais il y avait dedans les crayons aquarelles de mon grand-père. Ce n’est pas remplaçable. Je croise pour qu’elle réapparaisse miraculeusement ; c’est un espoir un peu vain mais j’ai si peu de mémoire j’ai très bien pu la ranger n’importe où en rentrant.





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Au planning familial, nous faisons connaissance de deux des trois personnes qui gèrent le lieu, et deux autres personnes venues pour le groupe de parole. Je parle plus que prévu mais très bas et par petites phrases précises, je frôle le chirurgical – cette difficulté à parler en société.
Le soir je me bats avec la carte SD qui demande à être formatée alors qu’elle détient toutes mes photos. C’est Claude qui me permet, à force de manœuvres compliquées et dans un dédale de code, de récupérer mes photos cachées (et toutes celles prises ces presque deux années passées). Dans la nuit je passe devant l’ordinateur, il a terminé et tout est là, comme un cadeau, je n’ai qu’à me baisser pour ramasser. Pourquoi est-ce qu’on tient tellement à ce qui est inaccessible, pourquoi est-ce qu’on tient à ce qui disparait quand finalement ce ne sont que des pixels.
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Je me recentre, récupère les morceaux, retrouve l’éparpillé un peu malmené. J’ai lu pratiquement d’un traite et au détriment de mon sommeil, un livre qui m’a fait l’effet d’un uppercut. Suis incapable de prendre un autre livre, d’enchainer sur l’un ou l’autre des essais que je dois-souhaite lire. Alors je découpe colle dessine peint.
Blanche m’a dit « oh c’est dans le thème Halloween » et je n’ai pas vu le rapport, LeChat m’a dit « on dirait de la rouille » (le brusho) et j’ai à peine vu le rapport, mais davantage. L’art une fois exposé, ne nous appartient plus. N’hésitez pas à me dire ce que vous, vous voyez ? Sur un malentendu, ça sera ce que j’y ai mis d’intention.
Après quoi je commence un livre que je vais lire une page à la fois, ou deux, ou trois, mais jamais davantage, que je vais lire sans comprendre pourquoi je suis à ce point impactée et qui va doucement me déliter.


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Nous partons en randonnée de nouveau mais cette fois seulement LeChat et moi, sans carnet à dessin mais avec des courbatures. Nous marchons, avec difficulté pour ma part mais aussi beaucoup d’enthousiasme, vers quelques hauteurs au milieu de tous les cailloux du monde, sur 6 kms. Heureusement il y a mes nouvelles chaussures de randonnées, elles s’en sortent bien et étrangement moi aussi.
Sur le retour, nous goûtons à une pluie fine rendant certains endroits glissants.
Je me sens reliée comme si les arbres me parlaient.
Je ne fais pas de photo.
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À la friperie, nous découvrons dans un sac un (très lourd) gilet pare-balles. Nous sommes tellement interloquées. Je ne pensais pas avoir un jour une telle chose entre les mains. Le plus étonnant finalement, c’est à quel point il est pertinent dans la réalité parallèle où je me trouve – je n’évite aucune balle.


Le 28 je fais en partie mes bagages, le 29 je les termine et prends le train sans le livre qui m’assomme sans me donner les clés (lui, je le laisse chez moi. C’est donc tout à fait logiquement que je dis à Blanche de l’acheter), le 30 je vais à un concert-désespoir.
Je dis désespoir parce que le doom metal. Parce que l’ambiance sur scène. La musique. Les mots. Moi.
Ce concert il aurait peut-être fallu qu’il soit en fin de séjour et non en début.
Pour que je puisse hurler.
J’avais un livre à sortir de moi, des balles à déposer, des nœuds à défaire, une réalité à saisir. Il y avait, tu sais ? il y avait toute une famille en travers . de . la . gorge. Je n’ai pas hurlé ce que je ne savais pas encore avoir besoin de sortir alors que c’était là, déjà là, mais il s’est passé quelque chose d’étonnant. Le corps a bougé sans la voix. Je n’ai pas crié, je n’ai pas chanté ou à peine ou murmuré, je me suis laissée porter par un courant phénoménal qui ne m’appartenait pas mais était là, porté par tous dans un mouvement noir-éclatant, et pourtant en sortant, j’avais mal aux couteaux dans la gorge.
Comme si j’avais hurlé.
Finalement.
Et peut-être, peut-être, les balles ont été déposées aux pieds du groupe.

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