Je reprends, avec quelques retards, mes lectures passées. Ce fut un mois assez tranquille : la chaleur et les douleurs n’ont pas aidé, j’ai lu en pointillés. Et puis je me suis surtout attelée à lire quelques livres que j’avais entamés des mois voire parfois des années auparavant, histoire de faire un peu de ménage sur ma table (ou ma liseuse). Du coup, est-ce qu’on peut dire que je les ai lus ce mois ? pas spécialement. Mais il faut bien les poser quelque part.
Précisions sur ma notation
. 0.5 ⭐n’aurait pas dû être écrit
. 1 ⭐pas beaucoup mieux, mais il y a pire visiblement
. 1,5 ⭐pas terrible
. 2 ⭐Je n’ai pas aimé mais certaines choses sont à sauver
. 2,5 ⭐ impossible de trancher entre ça m’a plu et j’ai détesté, vide intersidéral
. 3 ⭐ pas mal, sans plus
. 3,5 ⭐bien, quelques réserves
. 4⭐ j’ai adoré
. 4,5 ⭐ presque parfait
. 5 ⭐ perle rare
En fin d’article, vous trouverez les auteurs par tags (plus facile de retrouver ainsi les autres livres lus).
J’ai ajouté à cet article, les résumés des livres : vous pouvez cliquer pour les lire, recliquer pour le fermer.
Juillet, 10 livres lus : 3 mangas, 3 romans, 4 documents
2824 pages lues (ou presque)
Les mangas

Shadows House, tome 18 – Sômatô
C’est un tome assez confus dans lequel les révélations semblent sorties tout droit d’un chapeau, c’est assez bancal. Seule l’unification est très bien rendue et a un petit côté captivant. Pour le reste, ça s’enlise de plus en plus dans un « je n’ai pas su quoi écrire alors je l’ai joué aux dés ». Elle avait un tel potentiel au départ, je ne comprends pas ce qu’il s’est passé.
Shadows House, tome 19 – Sômatô
J’ai eu beaucoup de difficulté à m’intéresser à ce tome (encore un où il se passe peu de choses), que je trouve encore moins solide que le précédent. La conspiration de Joseph à l’origine de ce chaos est crédible, mais c’est à peu près tout. Je fatigue un peu je crois, de cette histoire qui s’allonge sans rien résoudre, sort de nouveaux protagonistes pour les oublier aussi vite, et trouve des résolutions qui font lever les yeux au ciel.

She Wasn’t a Guy, tome 1 – Arai Sumiko
Résumé
Aya, une jeune lycéenne populaire, tombe sous le charme d’un mystérieux disquaire. Leur passion commune pour le rock les rapproche de plus en plus… Mais derrière le masque du disquaire mystérieux et charismatique se cache en réalité Mitsuki, une camarade de classe d’Aya, d’habitude très discrète.
Comment cet amour improbable va-t-il évoluer ? Aya va-t-elle accepter d’être tombée amoureuse… d’une fille ?!

Ce manga est un peu particulier : c’est certes un dessin en noir et blanc (hormis les deux premières planches, en couleur), mais les pages ont toutes un fond vert qui fait ressortir franchement les dessins, leur donnant un éclat particulier et très agréable. Le dessin est lui aussi très beau (même si parfois les nez sont étranges) ; j’aime particulièrement la vibe, le style du/de la disquaire. C’est mignon, un LGBT+ très respectueux, mais ça pêche par un manque d’histoire en dehors de cette petite romance/quiproco.
Durant la lecture, les chapitres ne sont pas visibles, ils sont noyés dans la page ce qui tranche bizarrement, on croit être dans un lieu ou une conversation et on en sort brutalement pour entrer dans autre chose. De la même manière, on ne sait pas toujours qui parle, les dialogues sont hachés, c’est un peu brouillon. Dubitative pour la suite.
Lecture adoe, avec les clichés de la romance.
– j’ai testé le tome 2, c’est criard. Je m’arrête là.

Les Romans
La guerre du pavot, tome 1 – R. F. Kuang (2018)
Résumé
Dans un monde médiéval, deux pays s’affrontent depuis des siècles : un immense empire, Nikara, et une petite île, Mugen. Jeune orpheline, Rin décide de tout faire pour échapper au mariage qu’ont arrangé ses parents adoptifs. Aidée d’un bibliothécaire qui s’est pris d’affection pour elle, elle se met à étudier en vue du concours Jeju, qui donne aux enfants les plus brillants du pays accès à l’académie militaire de Sinegard, chargée de former les futures élites de l’empire. Après sa formation, sous l’égide d’un vieux maître fantasque et mystérieux, qui va peu à peu l’éveiller aux pouvoirs chamaniques qui sont les siens, la guerre larvée éclate de nouveau, sous les coups de boutoir de Mugen. L’académie est dissoute et ses membres affectés à l’une des douze divisions des Douze Provinces qui composent l’empire. Rin rejoint les sicaires de l’impératrice. Sous le commandement d’Altan, elle va devoir apprendre à maîtriser la force que lui prêtent les dieux pour tenter de venir à bout de Mugen.
J’ai frôlé mille fois l’abandon. J’ai cru que je n’arriverais jamais au bout, mais au moins j’ai réussi : maintenant je suis certaine de ne plus essayer de lire cette autrice (en dehors de Babel, je n’ai que des déceptions).
Les premières pages m’ont paru un peu grossières, mal écrites ou mal traduites. Maladroites. Très rapidement la sensation a disparu pour un niveau de lecture plus agréable, et c’est ailleurs que ça n’a pas fonctionné : histoire gore, des clichés à la pelle, des personnages vides et détestables.
(bannière de l’article)

Les choix, et surtout si totalement assumés alors qu’ils sont horribles, de la protagoniste ont fini de me convaincre d’arrêter définitivement la série. Elle est vide, sans intérêt, sans personnalité marquée, en dehors d’une soif de pouvoir qui me passe au-dessus de la tête. Son apprentissage est une succession d’incohérences (bien qu’elle n’ait jamais pris aucun cours, et même virée de ceux de l’académie, elle arrive par la théorie dans des bouquins (!) puis un entrainement physique à base de « je porte un cochon en haut d’une colline » à remporter le tournoi de combats de son école face à des élèves surentraînés ; pardon, mais).
Et puis c’était bien moche ; toute cette violence, ce n’est pas pour moi. Heureusement que j’ai commencé par Babel…
Journal d’un libraire qui ne croyait plus aux histoires – Le libraire se cache
Résumé
Lorsque Vivian arrive au village pour ouvrir une librairie, chacun y va de son commentaire : pourquoi choisir ce coin charmant mais désert, où l’on préfère les rumeurs aux page-turners ? Pour le savoir, il faudra repasser. Vivian a un talent assez relatif pour la discussion. Et pour les conseils. À vrai dire, il aurait préféré ne plus jamais avoir affaire à un livre. Mais quand il s’est retrouvé malgré lui avec des centaines d’ouvrages sur les bras, il s’est juré de les vendre jusqu’au dernier. Le plus vite sera le mieux. Alors Vivian a un plan qui repose sur de vieux carnets, un peu d’improvisation et le moins d’interactions sociales possible. Qu’importe si une ado avide de lecture campe près du comptoir. Qu’importe si un gentil retraité vient chaque jour troquer une part de gâteau de riz contre un peu de compagnie. Le plan de Vivian est infaillible. Jusqu’à ce que l’histoire qu’il fuyait depuis toujours revienne réclamer sa fin.

« Le libraire se cache » est une personne (véritable libraire, donc) qui retrace, avec beaucoup d’humour, des anecdotes de ses journées en librairie sur les RS. Et j’apprécie beaucoup de le lire sur Instagram, je dois le préciser. Il a un humour qui me fait beaucoup sourire.
Le problème ici, c’est que ce ton bien particulier qu’il emploie sur les RS est le même utilisé pour ce livre : et ce ton si familier, ça n’a pas fonctionné pour moi. Bien qu’en deuxième partie de l’ouvrage, il y ait une tentative d’émouvoir (un deuil, puis un autre raconté), c’est écrit sans que les émotions transparaissent et donc sans que je puisse m’impliquer. L’histoire n’a aucun rythme, les personnages manquent d’épaisseur. On se perd facilement dans des détours sans pouvoir s’attacher aux uns et aux autres. J’y ai retrouvé le ton du libraire qui se cache, mais justement, pour un livre ça ne fonctionne pas (pour moi, en tout cas). Et j’en suis bien attristée : je voulais aimer ce livre.
Un extrait pour le ton (et les répétitions) :
Parfois, il faut savoir appeler un chat un chat, et ce bâtiment moche est moche. Il est fissuré, non ravalé, et les vitrines sont sales. Les murs extérieurs sont tagués, ce qui doit vouloir dire qu’il y a un peu de jeunesse par ici. Si je n’avais pas une aussi haute estime de moi-même, je dirais qu’il me ressemble, ce local, mais ce serait un peu exagéré. Il me correspond, en tout cas. Ces imperfections feront partie de lui. De nous. Au moins, il sera simple à agencer. C’est l’avantage des rectangles.
Je suis planté sur le trottoir dans le froid hivernal, à regarder cette façade qui de toute évidence ne va pas changer d’apparence par l’unique volonté de ma volonté. Il est temps de m’activer : j’ai un camion à vider.
Bien, je fouille mes poches et j’en sors le trousseau de clés que je viens de récupérer à l’agence. Ils n’avaient pas l’air débordés. Le type qui m’a fait faire la visite m’a accueilli avec un grand sourire et une poignée de main trop ferme. Il m’a dit en riant qu’il était persuadé que je ne reviendrais pas, que j’allais changer d’avis malgré mon engagement initial. Il était heureux de savoir qu’il y aurait un peu de vie en plus dans le village.
— Vous verrez, il est plein de charme.
— Parfait.
Ce n’est jamais bon signe, le charme. Généralement, ça cache même des fissures assez profondes.
Allez.
Je suis confiant.
Hyper confiant.
Voilà, on va dire ça.
Sidérations – Richard Powers
Résumé
Depuis la mort de sa femme, Theo Byrne, un astro-biologiste, élève seul Robin, leur enfant de neuf ans. Attachant et sensible, le jeune garçon se passionne pour les animaux qu’il peut dessiner des heures durant. Mais il est aussi sujet à des crises de rage qui laissent son père démuni.
Pour l’apaiser, ce dernier l’emmène camper dans la nature ou visiter le cosmos. Chaque soir, père et fils explorent ensemble une exoplanète et tentent de percer le mystère de l’origine de la vie. Le retour à la » réalité » est souvent brutal. Quand Robin est exclu de l’école à la suite d’une nouvelle crise, son père est mis en demeure de le faire soigner. Au mal-être et à la singularité de l’enfant, les médecins ne répondent que par la médication.
Refusant cette option, Theo se tourne vers un neurologue conduisant une thérapie expérimentale digne d’un roman de science-fiction. Par le biais de l’intelligence artificielle, Robin va s’entraîner à développer son empathie et à contrôler ses émotions. Après quelques séances, les résultats sont stupéfiants.
Il m’était tombé des mains il y a bien un an. Étrangement je ne ressens plus ce qui m’avait tant braquée, énervée, larguée, j’ai apprécié le style et me suis replongée dans l’histoire comme si j’en avais toujours aimé tous les contours. Sauf que.
Nous sommes sur un plagiat de Des fleurs pour Algernon, ce qui m’a gâché ma lecture, sachant où j’allais (du coup, je n’ai pas été surprise par la fin). L’histoire, sans aucune nuance, est assez lente et pauvre en rebondissements, trop occupé à discuter sciences : et si on retire tout l’aspect scientifique, il ne reste pas grand-chose de ce père et de son fils, on n’a presque rien à lire.

D’un côté, l’auteur dresse un tableau assez sombre mais très réaliste de l’état de la planète et du vivant, il s’appuie sur l’ère Trump sans jamais le nommer, pointe du doigt les destructions des lois protectrices. Sauf que cela manque de nuances, il y a des personnes qui aident, militent, travaillent. Si on s’en tient à ce livre, seuls sa mère puis cet enfant tentent des actions. Les allusions à Greta Thunberg n’ont aucune subtilité, on dirait presque une validation extérieure aux propos du livre qui finalement sont assez superficiels dans leur traitement.
Je ne suis même pas certaine de comprendre le titre. Mais j’ai l’impression que le succès du livre tient seulement à sa fin (merci le drama) et au copier-coller assumé.
Les Documents
Ecriture de soi et trauma – Jean-François Chiantaretto (1998)
Ce livre a une histoire, et c’est cette histoire qui m’a empêchée de le terminer – depuis janvier 2024, et l’ironie du titre ne m’échappe pas. j’ai eu besoin de soigner des liens qui se sont brisés à ce moment-là ; j’imagine que j’ai enfin tourné la page sur cette tonne de silences (que j’ai provoqué sciemment, passons). Si mes souvenirs sont bons, T. me l’avait scanné lors d’une interrogation de ma part sur le pourquoi écrire ces traumas (cf le blog, cf mes interrogations récurrentes sur l’acte d’écrire ici).
Résumé
Il a souvent été dit que l’écriture avait à faire avec le devenir psychique d’un trauma chez l’écrivain, qu’on mette ou non au premier plan la fonction dite réparatrice de l’écriture. Cette affirmation générale mérite d’autant plus d’être discutée qu’elle suppose une définition élargie du traumatisme psychique qui pose question, d’un point de vue psychanalytique y compris. Mais qu’en est-il lorsque le projet de celui qui écrit est l’écriture de soi, sous une forme ou une autre ? En posant une telle question, on ne peut ignorer que la psychanalyse est née avec Freud d’affronter le problème du traumatisme psychique et de son origine. Un problème qui a hanté Freud jusqu’à la fin, comme en témoigne son livre sur L’homme Moïse, et a continué après lui à hanter la psychanalyse. S’il est avéré que le déploiement de la théorie freudienne du fantasme et de l’après-coup a définitivement changé la manière de poser le problème, il n’en reste pas moins que les interrogations liées à la notion même d’événement traumatique ou au statut accordé au traumatisme physique dans la définition du trauma – du sens étymologique à l’idée freudienne d’effraction – demeurent plus vives que jamais. Et qu’elles désignent un point de souffrance, sans doute sans remède, dans la théorie et la pratique psychanalytiques comme dans l’ensemble des » sciences humaines « . Il s’agit ici d’aborder le problème de la singularité du destin psychique du trauma dans l’écriture de soi, qu’il soit pris ou non dans l’histoire collective. Et de l’aborder sous l’angle du processus de subjectivation, de l’échec ou du succès de ce processus dans l’écriture de soi.

À partir d’extraits de livres et de journaux intimes, les auteurs (il s’agit en réalité d’un collectif) explorent dans une langue soutenue, psychanalytique et universitaire, comment l’écriture devient un support pour se reconstruire depuis des traumatismes psychiques (cf. Freud du coup).
Les 3/4 de l’ouvrage sont vraiment très intéressants. Si la dernière partie m’a moins parlée, j’ai malgré tout beaucoup apprécié le travail mis à jour. Il m’a beaucoup apporté dans la compréhension de l’écriture, de l’acte libérateur, de ce besoin d’écrire ce qui a blessé ou tué en soi. Il aborde aussi son revers, la possibilité d’y rester enfermé, écrire ravivant les traumas autant qu’il peut les libérer, selon la personne, le trauma, le moment.
Il n’y a parfois que l’épaisseur du tranchant d’une lame de couteau entre l’élaboration libératrice du trauma et la répétition du trauma qui peut trancher une vie.
L’écriture de soi suppose une temporalité bipolaire qui permette d’osciller alternativement entre évocation du passé et sa réévaluation du point de vue de la vie actuelle de son auteur. Or, le Trauma majeur rend indisponibles beaucoup d’éléments de la vie tandis que ses commémorations ramènent toujours inconsciemment vers le moment, le lieu et les circonstances où il s’est produit. En ce sens, on pourrait peut-être distinguer l’écriture réitérée et diversifiée du Trauma de son dégagement pour parvenir pleinement à l’écriture de soi.
Le pouvoir de la vulnérabilité – Brené Brown
Résumé
Nous avons en horreur la vulnérabilité. Nous voulons être parfaits, puissants, sûrs de nous. Nous croyons que la distance, la froideur, l’inaccessibilité et la maîtrise contribuent à notre prestige. Que nous serions mésestimés si nous venions à être trop ouverts. Nous adoptons l’anxiété en tant que style de vie, la productivité en tant que valeur essentielle, et le perfectionnisme en tant qu’idéal. Et si la vulnérabilité n’était pas une faiblesse, mais au contraire signe de force et de courage ? (…)
J’avais vu son Tedx il y a une dizaine d’années (que je vous encourage à regarder vous aussi, ainsi que Écouter la honte : les deux vidéos* sont liées à ce livre), et cette femme m’avait profondément marquée, au point de retenir son nom (j’ai pourtant de la difficulté, avec les noms). Récemment j’ai découvert son livre et j’ai fait tout de suite le lien avec cette femme que j’avais écoutée il y a si longtemps. Et il est très bon, un peu avec le même ton que ses vidéos mais en plus posé. Forcément, le propos est bien plus poussé.

L’erreur serait de penser que c’est un livre de développement personnel. Brené Brown est chercheuse en sciences sociales, une scientifique qui a étudié les comportements, les émotions, et tente, avec succès, de retransmettre ce qu’elle en a compris, ce qu’elle a trouvé, d’une manière accessible. Elle partage les résultats de son travail, de ses observations, via des conférences et des livres. À nous d’en tirer un enseignement.
Elle explique que la honte (ce fameux regard que les autres portent sur nous, ou que nous croyons qu’ils portent le plus souvent, ou que nous portons seul.e sur nous-mêmes) est une des émotions les plus destructrices et pour elle, à l’origine du patriarcat. Elle nous empêche de nous ouvrir aux autres (vulnérabilité) et donc de créer des liens, mais aussi de créer, d’innover, de prendre des risques (la peur de l’échec, la honte de l’échec).
Un très bon livre (un peu moins passionnant lorsqu’il a s’agit des entreprises mais intéressant tout de même. )
La vulnérabilité n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Ce n’est pas ce qu’on appelle une émotion négative, mais ce n’est pas non plus une expérience légère et positive. La vulnérabilité est au cœur des émotions et des sentiments. Ressentir, c’est être vulnérable. Croire que la vulnérabilité équivaut à de la faiblesse, c’est croire que le sentiment est une faiblesse. Hypothéquer sa vie affective par peur d’avoir à en payer le prix revient a s’éloigner de ce qui fait le sens et le but de la vie.
L’idée que la vulnérabilité est une preuve de faiblesse est le mythe le plus répandu et le plus dangereux. Quand on passe sa vie à se protéger de la vulnérabilité et à éviter d’être perçu comme trop émotif, on ressent du mépris vis-à-vis de ceux qui sont moins capables ou moins désireux de masquer leurs sentiments, de se faire une raison et de persévérer envers et contre tout. On en est arrivé au point où, plutôt que de respecter et d’apprécier le courage et l’audace inhérent à la vulnérabilité, on laisse la peur et la gêne se transformer en jugement et en critique.
Écrire pour que tout devienne possible – Dominique Demers
Résumé
J’allais partir en vacances de plongée lorsque la pandémie a bousillé mes plans. J’avais le choix entre me morfondre ou inventer une solution. C’est en donnant une conférence virtuelle au cours de laquelle je me suis entendue répéter que l’écriture de fiction rend tout possible que s’est produit le déclic. « Où rêves-tu de plonger ma chérie? » me suis-je demandé. Puisque toutes les destinations s’offraient à moi, j’ai opté pour la plus extraordinaire : l’île Cocos. La recherche m’a occupée plusieurs semaines. Je travaillais en mode accéléré, pressée de partir. Dès que j’ai pu, j’ai écrit « chapitre un » et hissé les voiles du navire.
Véritable déclaration d’amour à l’écriture, cet ouvrage nous convie à la fête : tout comme la musique, cet art est accessible à tous! Riche de cinquante années d’expérience dans le domaine, Dominique Demers entrelace habilement les conseils, confidences, réflexions et anecdotes rigolotes afin de nous donner envie de nous évader grâce à nos claviers. Le bonheur d’écrire est un secret trop bien gardé qu’il est temps de démystifier!

j’ai été impressionnée par la qualité de ce livre. Je dois dire que je ne connais pas du tout l’autrice, jamais rien lu, jamais entendu parler ; je ne m’attendais qu’à un énième ouvrage prétendant parler de l’écriture mais qui se bornerait à des généralités qui ne feraient pas avancer le projet. J’ai eu tort. C’est l’un des meilleurs livres lus sur le sujet jusqu’à présent. Pour moi seul celui de Stephen King le surpasse, et je peux aussi inclure Écrire comme une abeille (mais lui est axé sur la littérature jeunesse). Dans les deux cas, c’est bien plus intense à lire, bien plus complet : le très haut du panier. Mais celui-ci se défend bien. Il donne envie d’écrire, de se plonger dans des histoires. L’autrice donne des pistes dans la rédaction et la correction, c’est vraiment intéressant. La lecture est agréable et poussée.
On écrit pour comprendre qui nous sommes, pour vivre d’autres vies et explorer de nouvelles avenues, pour apprivoiser le réel ou le réinventer, pour célébrer la beauté du monde, supporter le difficile, mieux habiter le quotidien, accepter l’impardonnable, cultiver l’émerveillement et un tas d’autres raisons encore.
Inventer sa chambre à soi – Chantal Thomas
Résumé
Virginia Woolf, Colette, Patti Smith : trois femmes de nationalités et d’époques différentes, mais qui ont toutes cherché à se construire et se préserver « une chambre à soi », selon la formule célèbre de Virginia Woolf. Cela dans le but d’écrire, de créer. Plus largement, j’interrogerai cette quête, par rapport à mon propre cheminement, et comme métaphore d’une affirmation d’indépendance, d’une conquête de soi par rapport à l’espace comme au temps.
Il est vraiment petit (120 pages officielles, 79 pages réelles sur le sujet avec des pages blanches au milieu, le reste étant la préface, des notes, des références ou des remerciements), et c’est le principal défaut de ce livre : le sujet méritait davantage. Quelque chose comme 25 pages pour Virginia Woolf, 28 pour Colette, 20 pour Patti Smith. C’est pauvre par rapport à ce que j’en attendais, pauvre par rapport aux femmes incroyables qu’elles sont. Je suis à la limite de poser la question : pourquoi ce livre ?

J’ai moins apprécié la partie concernant Patti Smith dans le sens où ayant lu tous ses livres, je savais déjà tout ça. Il m’a manqué une véritable réflexion de la part de l’autrice, davantage présente pour les deux autres autrices choisies. Je connais pourtant assez bien la vie des deux premières, mais l’effet n’a pas été aussi frontal ; peut-être parce que plus travaillé (c’est très subjectif évidemment). Dans tous les cas, je n’y ai rien appris de fondamental. Ceci étant dit, j’ai apprécié ma lecture : c’est un bel hommage rendu à ces femmes. C’est très bien écrit, agrémenté de textes écrits par ces autrices. Il est une invitation à s’arrêter, se créer un espace, vivre et respirer pour n’être qu’avec soi, c’est un plaisir tout autant qu’un rappel puisque trop souvent c’est une lutte : la liberté tient dans cet espace de solitude, dans cette bulle qu’il faut savoir se créer (réelle ou non).
À la différence du travail rémunéré et sous contrôle, les tâches domestiques diverses et qui se succèdent dans une discontinuité harassante, ne sont pas quantifiables. L’un des talents traditionnels des femmes est de les rendre aussi discrètes, aussi invisibles que possible. (…) Toutes ces heures offertes à son entourage, tous ces gestes répétitifs (…) font de la possibilité de disposer d’un temps à soi, non seulement un luxe, mais une utopie.
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