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Je suis d’humeur bien moins stable ; c’est extrêmement désagréable d’avoir des bouffées de colère qui sautent à la gorge, le plus souvent à celle des autres. J’ai crié sur Corail qui me harcelait de miaulements depuis une heure et demie pour avoir sa pâtée (donnée à heure fixe, et croyez-moi ou non elle sait lire l’heure), et me suis pris la tête avec LeChat sur une connerie (il était dans une même humeur sautillante de gorge). Je ne crie jamais. Je me suis excusée auprès des deux (lui aussi) et on a ri avec LeChat, mais. Cela m’énerve de m’énerver. Cela me conforte dans l’idée que mes amitiés ne vont plus être les mêmes, que des comportements vont disparaître ; je suis en train de changer et je ne vais pas supporter l’inacceptable – c’est très bien.
La genouillère tient chaud – choisir, ne pas marcher ou avoir chaud
– marcher.
Hier soir nous avons arrosé des petits arbres avec l’eau récupérée (douches, machines à laver, …), ce matin les lilas semblent aller mieux. Le terrain est certes petit mais très rempli de très jeunes arbres, un bébé cerisier nain, un pommier, des lilas, un framboisier, un cassissier, un buddleia, des néfliers, et tellement d’autres… que nous voulons sauver, autant que possible. Tous les trois soirs, nous arrosons d’un côté, puis d’un autre, il n’y a jamais assez et tous souffrent beaucoup, mais nous arrivons à maintenir l’espace. J’ai perdu des fleurs par contre, malgré l’eau générée par la clim que je distribue deux fois par jour un peu partout mais j’ai raté oublié pas vu des spots et elles sont mortes. Les fraisiers meurent les uns après les autres, on en est à arroser les plus résistants avec la clim, encore elle, ça aide bien mais ne fait pas tout. Si nous n’avions pas toute cette eau récupérée, il n’y aurait plus rien. Malgré cette eau providentielle, on ne peut rien contre l’automne déjà installé : les feuilles mortes jonchent le sol de manière complètement prématurée (un mois plus tôt que l’année dernière).
Ce qui va disparaitre, ce qui va revenir par résilience, je ne sais pas.

Il y a peu se sont réunis les voisins et LeChat y a fait acte de présence (une sorte de fête des voisins mais en dehors de la date qui n’avait pas pu être) ; des personnes lui ont dit « oh mais vous habitez là où tout est vert ? » et bien qu’il y ait réellement d’autres îlots de verdure sur le chemin, nous sommes « là où tout est vert » – la politesse pour ne pas dire « la forêt-jungle ». Ils adorent, contrairement à notre voisin-qui-veut-couper-nos-arbres. Paradoxal après ce que je viens de dire, mais la verdure s’explique par l’immense figuier et les lilas qui donnent sur la route.
Il a pourtant fallu couper le long de la route et mettre aux normes pour les risques d’incendie, et nous devons ce courrier de la mairie au dit voisin. Difficile de lui en vouloir, sur ce point précis nous étions en retard, et donc en tort.
La douleur n’a pas disparu, mais elle a fortement régressé. Les mains vont mieux, mélange de gouttes très fortes et de pilules d’une boîte rose. De même, il n’y a eu aucun passage en larmes par le canapé, le même mélange est très efficace. Reste l’articulation du pouce du pied, qui se fout éperdument de tout ça et me gêne pour marcher. Ça empire, devient même très rouge. Je ne me suis jamais remise du déboîtement, je devais avoir 7 ans lorsque le pouce est sorti de son axe et n’a jamais voulu reprendre sa place. Ma mère m’avait trouvé deux cannes de personnes âgées, très inadaptées. Mes grands-parents, lassés de me voir galérer depuis pas loin de deux mois, avaient fait venir un rebouteux qui me l’avait remis droit. Mais l’articulation est restée très fragile, depuis je souffre chaque hiver. Et cette année, j’imagine qu’il s’est trompé de saison – ça arrive à tout le monde ; même la planète ne sait plus.
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Plus de cauchemars, beaucoup d’angoisses par contre.
Et de questionnements.
Je lis un livre sur la vulnérabilité et la honte ; je me prends une claque que j’avais déjà prise il y a quinze ans avec les vidéos de la même chercheuse. Je me retrouve aussi dans les scénarios catastrophes que mon cerveau enclenche seul dès que l’homme qui partage ma vie passe la porte, des scénarios qui ne m’angoissent pas du tout, juste il génère des images d’accidents ou autres joyeusetés et je vis avec. Est-ce que ça pourrait expliquer une partie des angoisses qui apparaissent de manière aléatoire dans mes journées ? Absolument. Depuis la lecture de ce livre je réalise que c’est là tout le temps et désormais je les contre en douceur. Je les accepte d’abord, et puis je réécris l’histoire déclenchée. Tout un travail.
Chez la notaire, la secrétaire lui fait signer une procuration pour vendredi mais cela prend du temps, son téléphone sonne sans arrêt et LeChat décide de rendre la clé 4G à Bouygues pendant ce temps. La chaleur est telle dehors, je reste à l’étude pendant qu’il affronte la canicule. Et la secrétaire compatit, elle me dit vivement qu’on en sorte, je relève la tête et je lui réponds : « c’est fini ça, ça ne s’arrêtera pas » et elle a un temps d’arrêt puis un petit mouvement d’épaule gêné, c’est vrai, ça ne s’arrêtera pas ».
C’est désormais ma réponse. La prise de conscience est ma réponse. Ça ne s’arrêtera pas, et c’est important de l’acter, important de prendre ses responsabilités, relever la tête et entendre qu’on va tous en crever si on ne se bouge pas. Entrer dans la rébellion. Faire disparaître la paralysie.
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La polyarthrite est revenue négative, ça se déforme mais sans la gravité. Je ne suis pas certaine de ce que j’en pense, je veux dire je suis soulagée bien sûr, mais on fait quoi maintenant ? Rendez-vous médecin fin septembre – la pénurie de praticiens. Je reste très zen ceci dit, présentement la douleur a été contenue et c’est la seule chose qui compte.
Je me questionne depuis le livre sur la vulnérabilité ; sur le blog, mon écriture, ce que j’y pose comme ce que j’y tais, mais, surtout finalement, le pourquoi de son existence. Pas de réponse. Qu’est-ce que je fais là ? Peut-être que je cherche juste à ne pas être seule, puisqu’on l’est, seul·e. Intrinsèquement. Mon blog, comme un petit drapeau blanc.
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J’achète une glace, réglisse et caramel beurre salé (le caramel est tristement neutre, heureusement que la réglisse est là, une folie douce) pendant que LeChat part se garer. Mais je ne la mange pas assez vite ou alors la taille des boules est monstrueuse ou alors c’est un mélange des deux. Toujours est-il que je me retrouve, cinq minutes avant le rendez-vous, à terminer la glace dans le couloir menant à la notaire et que, chose fort improbable mais qui n’arrive qu’à moi qui voulais être discrète, la notaire raccompagne les clients précédents à . la . porte . et me regarde, franchement morte de rire, en train de manger cette glace en haut des marches d’escalier, et je pique un fard, au grand plaisir de LeChat qui ne se gêne pas pour m’embêter. Le monde n’est pas sympa avec moi. J’ai tout de même le temps d’envoyer un message à ma cousine. Pour, je ne sais pas. Prendre soin de l’instant et de cet achat futur et du lien un peu cassé que nous avons – nous lui prévendons la maison de mes grands-parents.
17h00. À l’heure dite, la notaire se connecte en vidéoconférence et rien. Personne. Les minutes passent, deviennent des blocs de minutes. Elle tente d’appeler le cabinet mais le secrétariat est fermé, nous ne savons pas quoi en penser. Notre notaire nous dit qu’elle n’a eu aucune réponse aux mails envoyés, mais qu’au moins le dossier a été corrigé de toutes les erreurs que la notaire de mes tantes avait commises. Vingt minutes passent avant que soudain l’écran s’allume sur une femme, seule, tendue, qui boit peut-être un peu trop de café et le problème dans tout cela est qu’elle soit seule, en fait. Elle ne s’excuse pas du retard, s’active dans tous les sens, on ne comprend rien. Cinq minutes passent comme ça et puis on la voit se lever, ouvrir une porte qu’elle ne franchit pas et faire entrer mes deux tantes et ma cousine. C’est à peine si chacun ose se dire bonjour à travers l’écran.
Le rendez-vous est une succession d’approximations et de corrections, notre notaire aidant parfois la leur à trouver un paragraphe comme si elle n’avait jamais fait ça de sa vie. Lunaire. Une faute de conjugaison apparait en direct puisqu’elle réécrit le texte, faute que je ne peux m’empêcher de signaler tout bas ; notre notaire se tourne vers moi, très amusée en faisant oui de la tête, un peu blasée (finalement c’est ma tante-marraine qui va la pointer : elle aussi, ça la rend dingue). Ce qui devait prendre 30 minutes nous a pris deux heures : en face, rien n’était prêt, rien n’avait été vu, elle découvrait le dossier. Pire, la banque n’avait pas été contactée donc il n’y avait aucun papier, rien de stable. Une promesse de vente, et donc d’achat, a été signée sur du vent. J’ai de gros doutes sur cette maison, vraiment.
Lorsqu’enfin nous coupons la vidéo, nous sommes tous complètement atterrés et épuisés. Quand je pense que mes tantes ont critiqué ma notaire (uniquement parce que c’était ma notaire, comprenez bien, en tant que pauvre je ne pouvais pas avoir de notaire, et encore moins une correcte ; ra.té) et ont tout essayé pour que je ne la garde pas et prenne la leur, contre toute logique de distance géographique. Comment te dire que je n’en voudrais pas même si on me payait. Elle me dit « au moins, vous avez mangé une glace avant » – toujours prendre le positif.
Il est 19h00 et il ne nous reste plus beaucoup de temps pour faire les courses avant que ça ferme.
À la nuit, Blanche, RoiNoir et Lutin·e sont récupérés à la gare par LeChat. Et parce que nous ne nous sommes pas vu·es depuis, au moins, une éternité, nous parlons jusqu’à 2 heures du matin.
18
Mes bases se solidifient à des endroits totalement imprévus, créant des poches d’appartenance que je ne pensais pas possibles il y a encore quelques semaines.
Je me surprends à écrire à des endroits différents qui ne sont pas ici, à passer au papier, au pérenne. À écrire des bouts de phrases jamais terminées. À ne plus savoir ce que je voulais dire – comme la phrase juste au-dessus. Je me surprends à vivre-dire autrement, sans savoir quoi en faire.
Je me demande ce qui va disparaitre en premier, moi, ou mes écrits.
Bien que nous soyons huit personnes à respirer dans la maison (plus le chat) et une clim qu’on a laissée depuis longtemps remonter un peu pour mieux gérer les 40°C extérieurs, il est impossible d’ouvrir les nuits, elles ne descendent jamais en-dessous de 28° ou 30°, selon.
Blanche entre mes murs, si rare.

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Les 50 ans de mariage de mes beaux-parents ont fédéré une centaine de personnes, le bruit monte dans la salle des fêtes, me prend la tête à peine arrivée, je ne sais pas comment disparaitre. Tout le monde semble me connaitre alors que je ne connais pas la moitié des gens si ce n’est seulement le quart, peut-être, mais tout le monde me répond « ah oui » comme si ça allait de soi lorsque je me présente comme belle-fille et qu’en face ils ne se présentent pas, c’est un enfer de personnes connues-inconnues et ça s’aggrave lorsque je suis censée les (re)connaitre. Je mets parfois trois heures à faire le lien avec des rencontres passées, parfois jamais.

Je prête mon appareil photo à Alouette qui fait une vingtaine de photos des gens présents. Elle me le rend en me disant « contre toute attente pour un Fujifilm cet appareil est une dinguerie » et je creuse pour savoir ce qu’elle entend par là vu comme personnellement je l’ai pris en grippe – ce qui est entièrement ma faute. Et elle me montre comment en trois minutes, elle a compris ce sur quoi je bute depuis un an (presque à date anniversaire, le 17), à savoir comment régler cette foutue histoire de focus et donc de flou et même les iso. Je ne suis pas vexée, seulement atterrée que je me sois laissée guider par la mauvaise foi et la violente contrariété d’avoir vendu mon Nikon. Je devrais réussir mes photos, maintenant.
Je le récupère et tente une approche. J’apprends sur le tas, devant cent personnes, à maitriser ma rébellion, je photographie, corrige, respire ; on va peut-être en faire quelque chose, de ce « truc sans miroir ». Et d’ailleurs je fais ce qui me parait être quelques bons portraits. Dont Lutin·e que j’attrape à l’arrachée sans le prévenir, ce qui me vaut un lourd regard de reproche – j’ai bien merdé dans le jeu de confiance entre iel et moi. J’étais dans l’enthousiasme, je n’ai pas réalisé. Je suis désolée, je m’excuse, il ne répond plus, je ne réussis pas à laisser franchir les mots « je vais la détruire », je sais que la photo est réussie et personne n’a de photo de cet·te enfant, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, j’ai pêché par orgueil. Alouette et Kira me sauvent en convainquant Lutin·e et je prends quelques photos des trois ensemble – c’est si improbable.
J’ai donc une photo particulièrement réussie, d’un.e adoe presque souriant.e, en plein mouvement, quasi un effet manga, aux cheveux bleu électrique superbes. Que je ne peux montrer à personne. Même pas à sa mère. Surtout pas à sa mère. Non mais vous avez vu ce bleu ?!
Et puis je pars à l’assaut de la masse bruyante et j’appuie afin d’immortaliser la journée pour faire plaisir à mes beaux-parents. La plupart ne me voient pas les attraper, certains posent avec d’immenses sourires, tous discutent avec moi : tous m’épuisent. J’évite consciencieusement de faire la bise à un mec que je vais crucifier sinon et qui a le bon goût de noter mon mouvement de recul et d’arrêter son mouvement vers moi, mais je le prends tout de même en photo parce qu’une connaissance le connait aussi et le souhaite (ce qui me fait penser qu’ils sortent ensemble, la connivence dans leurs corps) (je déteste le regard de ce gars, je déteste tout de ce gars).
L’appareil photo me lance soudain un message : il a trop chaud. Comment te dire, pauvre petite chose fragile, que ça ne va pas aller en s’arrangeant ? Il insiste tellement qu’il finit par s’éteindre, visiblement sa limite est à 40°C (la mienne est bien avant, est-ce que je m’éteins ? c’est possible). J’ai l’idée de mettre la batterie dans une glacière pendant 15 minutes, ce qui me permet de recommencer à photographier ensuite. Je crois qu’il va falloir que j’investisse dans une deuxième batterie. Tout de même, je ne comprends pas : le dérèglement climatique n’est pas une surprise, les concepteurs vont se bouger à quel moment pour créer un matériel capable de l’endurer ?
Lorsque je n’en peux plus de faire croire à une masse grouillante instable et reloue que je suis sociable, je me mets dans un coin avec ma liseuse. Sous des yeux un peu agrandis, parfois, mais personne ne commente – que le monde est bien élevé, parfois.
On survit comme on peut.

20 au 30
Très dissociée toute la semaine (et plus), j’ai navigué entre jeu vidéo, des livres, un peu de peinture et le quotidien, complètement incapable de prendre même des notes pour ici. J’ai tenté un vocal (parce que la température extérieure s’y prêtait, drôle de raison, je sais) mais je crois le rendu un peu cassé à l’ouest pas concentré, ni fait ni à faire aurait dit ma grand-mère. Blanche est repartie le lundi et je suis de nouveau seule mais rien ne me traverse vraiment, les neurones tués par la fête. Je ne suis que repli et silence. Le vocal était un peu une bousculade certes bienvenue, mais un cerveau déconnecté ne sait pas se dire.
Je réalise que je n’ai aucune distance avec le vivant non humain, je suis toujours ancrée pour les oiseaux ou les plantes, je l’ai réalisé après le vocal. Alors que je parlais j’ai rencontré une huppe fasciès (que j’ai prononcé « facièsse », LeChat me dit « facié » et je le savais évidemment, journée cassée je disais), je l’ai vue, j’étais là, je ne rate jamais ce vivant-là. Par contre avec le recul je crois que j’ai oublié ce dont je parlais, que j’ai enchaîné sur autre chose et que là, sans doute, la dissociation était à l’œuvre. M’être ratée autant m’agace. Je vois les rayons de soleil, les brins d’herbe, les plantes inconnues et celles dont j’ai oublié le nom, j’entends des écureuils grignoter une amande, je suis happée par le vol d’un papillon, je suis olfactivement bouleversée lorsque je coupe un citron, je vis profondément les odeurs et les fumées des incendies me sont difficiles, je sais écouter un arbre et sentir son être profond. Mais je reste totalement incapable de me mêler aux humains sans m’effondrer ensuite et, CQFD, rater mes conversations.
La dissociation réinstallée a quelques conséquences inattendues bien que non surprenantes : mon corps parle. Je me suis cogné le petit doigt de pied, qui a enflé un peu et est devenu rouge puis violet puis noir avant de régresser vers du violet. L’autre pied m’a bien expliqué la vie aussi, l’articulation du pouce m’en fait tellement voir que je peine à marcher, cette articulation que j’ai tordue enfant et qui ne s’est jamais vraiment remise. Une extinction de voix me surprend durant quelques heures. J’entends, j’entends, j’entends.
Je me passe en boucle et à fond « Silence » – tu peux y mettre la signification que tu veux.
22. Dans notre petite librairie, je trouve un livre qui me parait merveilleux et je considère que j’ai rempli ma tâche de ne pas repartir sans rien. Mais LeChat n’a pas terminé alors je m’assois dans un coin, le regard un peu dans le vide tant je suis fatiguée. En levant les yeux je vois un gros livre avec des arbres et je tends la main – il a la chance d’être à portée, même pas en rêve je me lève – et tombe amoureuse évidemment – des arbres. Je repars donc, moins raisonnable, avec deux ouvrages, en plus d’un livre-cadeau pour une personne très belle (raison première du déplacement).
LeChat demande comment ils vont, en tant que librairie, vu toutes les fermetures dont on entend parler. Nous serions bien fâchés de les perdre, parce que même s’ils disent n’avoir aucune ligne directrice dans leurs rayons c’est scandaleusement faux : beaucoup de LGBT, d’écologie, de nature, et aucune mise en avant de RN, politique et consort. Si ça, ce n’est pas une ligne directrice, je ne m’y connais pas. La remarque l’a fait sourire, sans réponse, oui on a vu, quand même. Ils se portent bien, a-t-elle dit. Pas toujours facile facile, mais le tourisme aide et pour l’instant ils vont bien. Tant mieux.
Lorsqu’on sort de la boutique, on se prend une vague de chaleur qui me terrasse.




24.
Il m’avait bien semblé que changer d’opérateur était un risque énorme vu notre contexte. Impossible de nous raccorder à Orange, le tableau de leur côté est hors service . il . faut . le . réparer. Un sketch. Il nous rebranche à Bouygues en précisant que de leur côté ils peuvent couper à tout moment puisqu’on a demandé une résiliation (censée s’acter au moment de la récupération via l’autre opérateur, mais ils peuvent faire du zèle et bouder sur notre départ). Alors nous allons en boutique demander une clé 4G, on commence à connaître. Mais la connexion Bouygues tient, nous restons dessus tant que. C’est toujours mieux que la 4G aléatoire, pour ne pas dire fantasque.
Nous avons appris au passage que nous avions hérité, en 2022, d’une vieille box, alors qu’il y avait un nouveau modèle plus performant déjà présent depuis des mois. Impression que Bouygues nous déteste un peu.
25 à 27
Cette citation me poursuit depuis que je l’ai lue.
« You know we aren’t meant to exist in the outside world. »
– Trouvé chez Kalys
Dimanche soir alors que nous rentrons de notre marche tardive (quasi) quotidienne (oui, même avec mon pied qui fait mal), tous nos sens se mettent soudain en alerte. Nous sommes à deux minutes de la maison et l’air est saturé de plastique brûlé, ça nous prend à la gorge, c’est très douloureux. On a beau regarder un peu sur les hauteurs, aucune fumée n’est apparente, aucun incendie ne semble être en cours dans les parages. Par contre les Cévennes sont invisibles, donc la fumée est bel et bien présente. LeChat me parle de l’incendie immense en Gironde, je n’avais pas vu passer l’information – semaine très en repli signifie coupure avec le monde extérieur. Et effectivement, il me montre une carte satellite : on voit le nuage rebrousser chemin depuis l’océan et foncer dans les terres, jusqu’à nous. Je n’ose penser à ce qu’ils respirent là-bas, du côté de Bordeaux. Nous sommes très loin, et ça nous prend pourtant à la gorge. Comment font-ils ? Je reste perplexe de sentir du plastique là où on pourrait attendre plutôt une odeur de bois, mais entre les maisons, les voitures et tout ce qui a dû brûler d’autre, c’est sans doute cohérent. En tout cas ça attaque les gorges comme des aiguilles et fait tousser alors que nous sommes à plusieurs centaines de kilomètres, en termes d’irréalité c’est tout aussi impressionnant que l’année dernière lorsque nous sentions les incendies du Canada. Parfois j’ai l’impression tenace de vivre sous un dôme.
Conséquence directe pour nous, impossible d’ouvrir les fenêtres ou d’étendre le linge. Conséquence directe pour moi, l’angoisse me grimpe dessus comme si elle était chez elle, me rappelant insidieusement ma maison brûlée et l’odeur terrible qui colle à la peau, aux poumons et aux rares objets ayant miraculeusement survécu, un verre, un album de timbres – on ne s’en débarrasse jamais, même 10, 20 ans après. J’ai des photos retrouvées on ne sait pourquoi ni comment (le feu a ses propres lois) dans les débris, la maison a brûlé en 1992 et elles sentent toujours.
Les images en Gironde me dévastent, mes pensées vont aux gens mais aussi aux animaux, aux arbres, au vivant ; j’essaye de suivre seulement de très loin. Pour ne pas m’y blesser. Par empathie.
Le lundi matin l’odeur est encore épouvantable mais moins prenante que la veille, jusqu’à disparaitre dans l’après-midi. Le soir les vents sont capricieux, on se reprend une odeur âcre, différente, toujours cette fumée épouvantable. Je me demande comment font les gens qui travaillent dehors, pour ne pas et déclencher un cancer de la peau (soleil), et déclencher un cancer des poumons (pollution des feux et autres) . au choix.
Mardi, mon beau-père m’explique que nous ne sommes plus sous le nuage de la Gironde, mais sous celui de la Lozère, qui a brûlé aussi. Le feu a été maîtrisé, mais nous avons encore la fumée, l’odeur. J’étends le linge dans la salle de bain et je me demande quand sera le prochain. Et où. Dans ma tête, fatiguée et donc plus réceptive à l’angoisse, je liste les choses importantes à emporter en cas d’incendie mais ce qui revient, chaque fois, est tout mon matériel de peinture et dessin, notamment la mallette en bois fabriquée par mon grand-père. Je crois que mes priorités sont à revoir, mais je n’arrive pas à le dépasser.
Pendant notre conversation dominicale avec Blanche (j’arrive à parler mais moins longtemps que d’habitude, qu’elle manque de temps m’arrange), je suis censée crayonner ce dont on parle (dans notre carnet-livre qu’on s’échange lorsqu’on se voit) mais je n’y arrive pas. Il me faudra quelques heures pour refaire lien avec mes crayons de couleur et dessiner l’écureuil qui terrorise Corail la nuit, et les incendies en Gironde. Vous pouvez cliquer droit dessus pour les voir en plus grand, mais les photos sont un peu floues. Pas l’énergie de refaire.
D’ailleurs je crois que j’ai oublié de parler de l’écureuil. La nuit. Qui sont à priori deux à venir manger les amandes. Parfois l’un d’eux la poursuit et elle rentre terrifiée, comme une bombe par la chatière, nous réveillant dans un sursaut paniqué. Ça a commencé le 18 au soir et depuis c’est sans fin, elle ne veut pas d’eux et ils ne veulent pas d’elle.


28
J’ai trouvé sur internet une sorte de chaussette d’orteil du pouce. Les trente premières minutes j’ai souffert mille fois plus, et finalement l’articulation a trouvé sa place dans cette contention. Même la couleur est redevenue presque chair. J’ai toujours mal lorsque je pose le pied et plus encore après l’heure de marche quotidienne, mais moins – débrouille-toi avec ça.
Je découvre un site de recettes plus du tout alimenté mais qui me donne très envie et je jette mon dévolu sur un tiramisu aux abricots (dont j’ai à moitié pas suivi la recette). C’est une dinguerie qui n’a qu’un seul défaut : beaucoup de fromage. Je n’ai pas l’habitude d’en manger autant ; l’avoir évincé de mon alimentation trois fois dans ma vie sur de très longues périodes, ça laisse des traces. Je ne suis pas très à l’aise avec. D’un côté j’en mange trop, de l’autre « trop » me rend malade. Je crois que je vais réduire ma consommation au minimum vital.
Et sinon, j’ai mis beaucoup, beaucoup, d’abricots, j’ai remplacé par des biscuits à la cuillère parce que je n’aime pas la pistache, je les ai trempés dans le sirop des abricots pour qu’ils ne soient pas secs, j’ai doublé la mascarpone (on est 5). Presque la même recette, quoi.

31
Je suis de nouveau en capacité de me connecter à moi-même depuis hier (j’ai aussi écrit toute la journée), je reprends pied tranquillement. J’apprends à accepter que ce ne soit pas toujours faisable, qu’il n’y rien de maitrisable là dedans.
Le technicien se déplace, le même que la dernière fois, celui qui a signalé le tableau défaillant. Il a un tee-shirt d’Orange, j’en déduis qu’il est employé directement par la firme mais je ne lui ai pas posé la question. Toujours est-il que nous avons pensé que ça ne fonctionnerait pas davantage aujourd’hui que les autres fois, vus les problèmes du jour rencontrés. On lui a demandé : « Vous entrevoyez une solution ? » et il n’a pas compris la question (nous avons frôlé un « c’est pas faux »). Mais. Il a résolu les problèmes les uns après les autres. Et quand enfin ça a fonctionné, il a fait grise mine : « le signal est vraiment faible ». Sans blague. Ça fait 4 ans que je le dis, moi, qu’on a un problème, on a même acheté un répéteur qui a clignoté autant que la box mais en décalé. J’ai incriminé mon pc, avec une dizaine de déconnexions par jour tu ne peux qu’incriminer ton pc (puisque les autres en ont moins).
Mais tout de même, de tous les techniciens qui sont intervenus depuis 4 ans ici, il est bien le premier à se soucier du faible signal (tous les autres ont plus ou moins haussé les épaules, fatalistes).
Ce n’était pas mon pc, ce n’était pas la box ADSL avec son boîtier fibre même si ça n’a pas dû aider, non, ça venait du gars il y a 4 ans qui a merdé dans l’installation et plié la fibre. Je ne sais pas ce que l’actuel a bricolé (évidemment ça a fait sortir le voisin-des-arbres qui a craqué avec un « VOUS TOUCHEZ PAS À MA FIBRE » alors que personne n’y avait touché, pour ensuite passer des appels très énervés « on touche à ma fibre ça va pas se passer comme ça » ; je ne veux jamais vivre comme lui ou devenir lui tuez moi avant), mais il a pris le temps de défaire, refaire, décoller, recoller (il a mis de la colle partout, bon) et de (au moins) souffler dessus par magie je n’en sais rien mais lorsqu’il est reparti le voisin-des-arbres avait la fibre et nous aussi.
Je répète : nous avons la fibre !
Et puis alors. Là où nous avions (depuis 4 ans, notez notre patience, merci) 40 à 80 ms de débit, j’ai actuellement entre 950 ms et 1000 ms soit le Go promis avec l’abonnement. Voilà. Maintenant, je crois qu’on peut dire que nous avons internet (et après 5 heures de connexion, aucune déco !). Finalement, ça valait le coup de quitter l’un pour aller chez l’autre, ne serait-ce que pour tomber sur la personne capable de faire du bon travail.
J’écris une lettre, elle accompagne un livre, un livre-cadeau. Il part demain vers une personne que je connais à peine, elle ne peut pas devenir mon amie ou alors ça sera étrange – et peut-être, pourtant, d’une certaine manière. Je ne sais pas pourquoi je l’ai choisi, ni pourquoi je le fais, ni même s’il sera (bien) reçu alors ça a sans doute beaucoup à voir avec la vulnérabilité. En ce moment, je veux dire depuis que nous en avons parlé, je croise ce mot pratiquement tous les jours dans pratiquement toutes mes lectures. Peut-être parce que mon cerveau est axé sur lui et le voit davantage, peut-être parce qu’il apparait maintenant que je sais le voir – je ne saurai jamais.
Et si tu te demandais ce que devenait mon chat…




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Toujours ancrée pour la nature, aucune distance avec le vivant non-humain, c’est aussi ma réalisation de ces derniers temps. Mon corps en empathie directe, en ressenti partagé et mouvements miroirs, avec les plantes les arbres les animaux – pourtant, je suis loin d’être douée avec les animaux, je bouge de manière de brusque je crois -, alors qu’avec les humains, ça doit traverser toutes mes couches de dissociation et de masking / fawning, m’emmurer ou me perdre moi-même, c’est compliqué de me connecter sans que ce soit dangereux. Réfléchi à nouveau à ça littéralement ce matin, mais trop de douleurs et brouillard mental pour écrire vraiment dessus, ça arrivera un jour.
Les incendies… j’ai suivi beaucoup (trop), ça me terrifie. Je ne saurais pas comment fuir si ça devait arriver ici.
Merci pour tes partages.
(je ne sais toujours pas comment commenter correctement, je tente de le faire quand même ^^
« c’est compliqué de me connecter sans que ce soit dangereux » c’est tellement ça, tout le temps, avec les gens. J’aime que ce soit si simple avec les animaux, les arbres, la nature, le vivant. C’est un apaisement qu’il y ait un lieu où il est possible d’être soi, c’est rassurant, aussi. Je ne l’avais pas conscientisé jusque là, qu’il y avait cette différence de traitement, mais ce n’est pas étonnant.
Je suis navrée pour le brouillard et les douleurs, je t’envoie de douces pensées <3 Tu n’as pas à t’inquiéter pour les commentaires, tu es très claire dans ton partage et je te remercie de tes mots, je suis touchée que tu l’aies fait alors que c’est si peu stable pour toi là tout de suite ♡
Les incendies, c’est terrifiant. Ça vient nous chercher loin, c’est primitif, très ancré en nous. J’espère que nous n’aurons jamais à le vivre, ni toi ni nous, mais je crois que tu sauras fuir : l’instinct de survie est le plus fort <3
Cet été est absolument terrible… et comme tu dis, ça ne s’arrêtera pas, ça ne s’arrêtera plus… assez angoissant. Je ne sais pas pourquoi je ne vois aucune des photos publiées (ma connexion ? ton blog ?) je ne vois que les légendes. Pour l’arrosage, vous pouvez installer des oyas, ce sont des jarres en terre cuite que tu enterres dans le sol entre les plantes, tu remplis d’eau et ça arrose doucement et au rythme des besoins, et moins fatiguant que l’arrosage classique. Avez-vous eu des soucis avec l’approvisionnement en eau potable ?
Allons bon… je n’ai aucun souci de mon côté, dis-moi si ça persiste ? Regarde peut-être aussi avec un autre navigateur (si c’est lui le problème, il faudrait vider ton cache mais il faut avoir bien tes mots de passe pour tes sites, ça va tout fermer).
On avait regardé pour les oyas, mais ça coûtait très cher donc on a abandonné le projet. De toute façon on n’arrose pas avec l’eau de ville, donc ça serait peut-être plus compliqué à mettre en place avec l’eau de récup (elle est enterrée).
Non, du tout. Quelques craintes à un moment, mais aucune coupure au final. L’électricité ça n’a pas arrêté de sauter, mais pas l’eau. Ouf… Toi tu as eu des soucis ?
« Ca ne s’arrêtera pas » juste et tellement terrifiant. Le constat me glace, je le fuis autant que je peux comme si je voulais tenir le monde a distance et ne garder que le beau encore plus. Même si c’est peine perdue…
Jolie la photo bleue _ si pure et électrique !!
Je comprends… je le fais de temps en temps aussi, c’est important de ne pas couler avec.
♡