Que ce mois me parait loin. Inexistant. Je crains que mes ressentis de lectures aient souffert de mon état d’esprit, de mes flottements. Je me suis retrouvée incisive, agacée, à vouloir un peu tout jeter. Je n’ai rien laissé passer, assez fermée à certains ouvrages quand d’autres ont passé la vague sans sourciller, inexplicablement. C’est comme ça que navrée, j’ai démoli Stephen King avec l’idée de ne plus rien lire de lui désormais (ce n’est pas possible d’écrire si mal ou alors c’est la traduction ?). Enfin, on va en reparler.
Précisions sur ma notation
. 0.5 ⭐n’aurait pas dû être écrit
. 1 ⭐pas beaucoup mieux, mais il y a pire visiblement
. 1,5 ⭐pas terrible
. 2 ⭐Je n’ai pas aimé mais certaines choses sont à sauver
. 2,5 ⭐ impossible de trancher entre ça m’a plus et j’ai détesté, vide intersidéral
. 3 ⭐ pas mal, sans plus
. 3,5 ⭐bien, quelques réserves
. 4⭐ j’ai adoré
. 4,5 ⭐ presque parfait
. 5 ⭐ perle rare
En fin d’article, vous trouverez les auteurs par tags (plus facile de retrouver ainsi les autres livres lus).
Les titres sont cliquables, si vous souhaitez lire les résumés des ouvrages que je ne fais pas.
Mars, 12 livres lus : 6 romans, 1 livre de nouvelles, 3 documents, 1 poésie, 1 manga
soit 3094 pages lues

Romans

Billy Summers – Stephen King
Tout n’était pas si mauvais, mais ce qui l’était l’a emporté sur ce qui tenait la route.
Ce que j’ai écrit dans l’instant où je l’ai terminé :
« Un livre avec des incohérences hallucinantes, des raccourcis navrants, des clichés évidemment, des scènes horribles, une écriture très fade, des personnages survolés sans aucune psychologie approfondie, une histoire qui n’avance pas sur laquelle on s’ennuie et ça donne Stephen King depuis 20 ans. Ici, on peut ajouter l’assassin qui ne tue que des « méchants » (c’est le mot employé) parce que la moraaale (mec, tu envoies au cimetière des gens c’est tout), et le cliché « dernière mission après c’est fini et qui tourne mal forcément, et puis encore une fois une histoire d’écrivain (il me semble que ça revient souvent), et enfin de nouveau une femme maltraitée par les hommes (et la poitrine pour la décrire). Je ne comprends pas l’engouement. »
Il n’y avait là aucune originalité, et c’était pour ça que je le lisais il y a longtemps, pour ce qu’il apportait de nouveau comme ses personnages si travaillés. Dead zone par exemple, ça c’était quelque chose, avec une touche de fantastique (ou alors j’étais meilleur public, parce que je sais très bien à quel moment j’ai arrêté de pouvoir le lire et c’est lié à S., ou alors c’est une coïncidence et juste il écrit moins bien).
Et donc ici rien ne va.
– Un contrat de 2 millions de dollars ne peut pas commencer à déraper dès les premières pages. On sait que ça va glisser sinon il n’y aurait pas d’histoire, mais si tôt ? Avant même d’avoir accepté ? Il dit oui alors qu’il sent que ce n’est pas net et que ça va foirer ? Qui fait ça ?
– Comment peut-il y avoir autant d’argent sur la table et un incompétent (ne connait pas les armes, jamais fait ça de sa vie) pour lui fournir une arme ? Ce n’est tellement pas pro que ça ne tient pas.
– Pourquoi ce même gars connait son véritable nom de tueur et pas celui de sa couverture ?
Je m’arrête ici, l’idée générale y est. J’étais de toute façon pas très en phase avec le concept de lecture, ça n’aide pas. Désolée, je sais que tu l’as aimé <3 (je devais être méchamment grognon.. euh non, je l’étais c’est sûr).
La Cité diaphane – Anouck Faure
Pas mieux ici. Le style d’écriture est verbeux, artificiel, alambiqué (très 1800 mais alourdi des deux siècles passés) et finalement l’ambiance est assez malsaine (ne parlons pas des personnages). Le mot fauve a été utilisé si souvent (pour un cheval c’est lourd) qu’il m’a sortie de ma lecture chaque fois (et ce n’est pas le seul mot répété). Le rythme très lent m’a ennuyée, le côté répétitif de l’histoire m’a achevée. Une autrice pas du tout pour moi, mais je pense qu’il a ses chances auprès des amateurs du genre.


La vie entière – Timothée de Fombelle
Un texte court (80 pages) mais intense où la fragilité de nos vies prend tout son sens. Puissant, fulgurant, poétique, on ne saura pas ce qu’il se passe ensuite et on sait, aussi. Vie inventée qui aurait pu être vraie, elle m’a touchée par sa beauté autant que par sa délicatesse. Et on en a besoin, en ce moment. À lire.
J’écris ces mots. J’invente des allées inconnues, des places, des bals, des forêts. Je cours loin devant moi. J’invente l’endroit où nous attend tout ce qu’on ne vivra jamais. Il est minuit. J’écris vite parce que les lignes sont des années.
Accident de personne – Florence Mendez
Blanche m’a dit « ca se lit mais ça ne te plaira pas. Par contre l’autrice est aussi humoriste et je l’adore ». Du coup, j’ai voulu tenter malgré son avertissement. Comment te dire…… ça. ne. va. pas. être. possible. En dehors de quelques phrases intéressantes prises séparément, c’est cliché, très mal écrit, sans intérêt, simpliste, morbide voire glauque (et c’est gratuit), ridicule, j’en passe. L’écriture est bâclée et vulgaire (mais il parait que l’autrice aussi), le dénouement n’a pas de sens, le suicide de la psy non plus (elle est même traitée de lâche), les personnages ne sont pas attachants. Bref, décevant (ou pour d’autres que moi, vu sa note sur Babelio).


Apprivoiser l’été – Marie Boulier
Les thèmes sont importants, bien menés : éveil à la sexualité, quête d’identité sexuelle, vision du corps, consentement, ambivalences, l’adolescence et ses changements sont explorés avec justesse (et quelques masturbations). Mais je n’ai pas adhéré au style (alors que bien écrit) et je me suis ennuyée, ça avançait peu (et les histoires d’amour ne m’intéressent pas, ou pas écrites comme ça). Un livre qui n’était pas pour moi. Il se trouve que Chouette l’a lu avant moi, elle n’a pas accroché non plus.
J’ai connu l’autrice il y a longtemps – nous avions mangé chez moi des macarons, c’est important les macarons – mais l’amitié a pris l’eau (pas assez de macarons, peut-être). Je suis contente de la savoir plongée dans l’écriture (son instagram-écriture est beau).
The Way I Am Now – Amber Smith
J’avais tout oublié du tome 1 (lu il y a presque 2 ans), j’aurais gagné à le relire avant. J’aurais voulu en lire davantage sur la thérapie et le procès, et il y a un peu trop de romance (mais elle est importante, vu le contexte). Par contre la dispute finale, c’est NON. Des traumas ne doivent pas servir d’excuses à des comportements inadmissibles.
Le style d’écriture est un peu moins poussé que dans le précédent, mais reste correct. Très bon roman sur les traumas, comment vivre avec, comment l’entourage souffre aussi. Pas sûre de lire le tome 3 par contre, vu le délai pour mettre la main dessus.

Documents

Mieux je me connais, mieux je me soigne – Daniela Silva Moura
Ce livre m’a été recommandé par un de ses patients, parce qu’elle l’a énormément aidée (après avoir tenté un grand nombre de psys). Il est certes intéressant, mais il ne m’a rien appris de nouveau (beaucoup d’auteurs et psys sont passés avant, je lis beaucoup), mais il fera très bien le travail si on commence ce type de lecture. En bonus, des exercices de méditation et d’écriture en fin d’ouvrage, parfois pas mal, sinon classiques dans leur genre.
Le danger de ne pas être folle – Rosa Montero
Je me suis beaucoup amusée, avec cet ouvrage. C’est un livre qui part dans tous les sens et ne va nulle part, mais dont j’ai pris pourtant plaisir à lire, allez savoir pourquoi. Entre fiction et autofiction (je soupçonne une certaine partie d’être totalement mensongère), l’ouvrage est inclassable et déborde. Elle tente un lien entre folie (créatrice ou non) et création artistique, c’est réussi sans l’être, et je me suis régalé parce que c’est totalement imparfait et bordélique, que je me sentais exactement comme ça, éclatée éparpillée.
Belle découverte, au bon moment.


Perspectives terrestres : Scénario pour une émancipation écologiste – Alessandro Pignocchi
Là où capitalisme et donc la domination broie le vivant, l’auteur étudie des pistes d’émancipation, révolutionnaires ou non, prise de pouvoir par les urnes ou non (le pourquoi et le comment). Il propose de construire différemment un à-côté du capitalisme, le tout intercalé de planches dessinées assez loufoques ou disons, décalées. Très intéressant, même si j’ai l’impression que le chemin ne sera pas emprunté.
Sur les ronds-points, des personnes s’étant toujours crues d’extrême droite se liaient d’affection avec des travailleurs immigrés ; des individus qui pensaient que la haine de l’écologiste était constitutive de leur être cuisinaient avec des zadistes. C’est pourquoi ces contextes de lutte font si peur aux classes dirigeantes : ils démontrent l’artificialité des antagonismes sur lesquels repose leur pouvoir.
Le capitalisme entre cycliquement en crise et, lorsque celle-ci se prolonge et s’approfondit, comme c’est le cas aujourd’hui, les dégâts sociaux qu’il cause ne parviennent plus à être accommodés par ses dispositifs internes. Les ressentiments, souffrances, haines et peurs qu’il engendre sont alors captés par des projets fascistes, via la fascisation des partis néolibéraux, la montée en puissance des partis fascistes ou, comme en ce moment, les deux. Les projets fascistes saisissent et détournent de leurs causes les affects générés par la crise du capitalisme en créant et en diabolisant un ennemi intérieur (à une époque le juif, de nos jours le musulman et, dans une moindre mesure, pour l’instant, l’écologiste, I’assisté, les féministes, les trans et quelques autres). Lorsque les ressentiments débordent de nouveau, que l’ennemi intérieur ne suffit plus à les canaliser, les gouvernements y ajoutent et y mêlent des ennemis extérieurs, et forment des projets guerriers.
Lorsque les dommages sociaux et écologiques du libéralisme autoritaire deviennent trop flagrants et que la répression tend à devenir insuffisante pour gérer les mécontentements qu’il provoque, il se fascise. C’est l’évolution du macronisme en ce moment. Le libéralisme autoritaire tend vers un fascisme, disons, instrumental, où la haine de l’autre sert d’outil de gouvernance. Elle permet de canaliser les frustrations et les souffrances dans une direction qui ne remet pas en question les intérêts économiques.
Poésie
Le Chemin d’Edo – Chanh Thi Phan
C’est un petit livre poétique et très doux, il déroule un pinceau et une plume comme un chemin d’ombre et de lumière vers la nature, celle que notre époque ne regarde plus. C’est très apaisant, je me suis laissée porter.
J’ai seulement regretté que sur quelques (très rares) pages l’écriture, noir sur gris foncé, se voit difficilement.
Offert par Blanche.
(image de l’article)

Manga

Love my life – Ebine Yamaji
Un manga adulte (avec des scènes sexuelles) d’un coming out plus ou moins géré selon le protagoniste, et sur l’homosexualité féminine (que l’autrice laisse entendre héréditaire !?). C’est assez naïf, il manque une véritable trame narrative, une profondeur. Le dessin ne m’a pas du tout parlé, c’est assez froid. Je suis contente de l’avoir lu malgré tout. Il a le mérite d’exister, il est simple, tranquille.
J’ai vu Dieu. Elle est noire, communiste et lesbienne.
Si Eri avait été un garçon… je serais sûrement tombée amoureuse de lui.
Nouvelles
Ni sols ni ciels – Pascale Quiviger
Premier livre de cette autrice que j’aime beaucoup, je ne m’attendais ni au contenu (une claque) ni à un tel niveau d’écriture (une claque). Il est très difficile à lire, bouleversant, je ne suis pas remise.
Une seule nouvelle m’a laissée à la porte, les autres m’ont transpercée (et ce n’est pas une image, ou à peine). Il est très beau malgré la difficulté des sujets, il fouille en profondeur les émotions et les traumas. Il y a une grande maitrise des mots, surtout. Comment ai-je pu passer à côté de ce livre ?
La terre, dans ce vide qu’aucune géométrie ne sait rendre : il me semble parfois qu’il n’y a ni sols ni ciels. Cette pensée m’abrutit. Cette pensée, comment se fait-il que nous n’en mourrions pas.

(Mon grand-père) était un homme taciturne de nature, avec, par moments, d’incontrôlables bouffées de violence. Chez ma grand-mère, les murs étaient couverts de tableaux et chacun d’eux cachait un trou de la grosseur d’un poing.
Pour me reposer, souvent, j’observais la vie des autres. Les autres dans leur vie n’ont jamais l’air fatigué. Même les yeux cernés, même disant je suis fatigué, les autres paraissent toujours plus légers que nous-mêmes. Je me disais alors, c’est parce que je ne sens pas leur fatigue, c’est parce que leur fatigue ne fatigue qu’eux. Je vois leurs gestes, je ne vois que leurs gestes, sans voir l’histoire qui les charge. Parce que chaque geste tire sur lui l’histoire des gestes, parfois c’est un baume sur une suture, parfois c’est l’ouverture d’une plaie. C’est cela que nous ignorons les uns des autres, c’est l’histoire des blessures du présent perméable.
Elle vit la vie que la mort n’a pas voulu lui prendre, le jour où elle s’est pendue. Sa pensée, depuis, est extrêmement lente, mais elle est implacable. Sa pensée se tient là où nous renoncerions tous à penser. Fleurette pense toujours à partir du silence et de la détresse pure. Elle n’est pas sénile. Elle est la seule survivante d’un monde inhabitable.
Livres en cours
. Le livre des vies : Mémoires écarlates (Margaret Atwood) (je l’ai oublié, en fait)
. et puis c’est tout, j’ai pris du temps pour encaisser savourer Ni sols ni ciels, essentiellement. Grâce à lui, je suis de manière assez inexplicable (ou pas) revenue plus proche de celle que je suis, introspection incluse.
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