Quelque part de jeunes hommes m’ont croisée et désirée, quand je fermais les yeux pour cacher des larmes qui ne coulaient plus depuis longtemps et qu’ils me croyaient en sourire. Devenu moineau sur un fil translucide, j’aurais pu réveiller mes matins dans des visages inconnus. Mais j’ai continué, mes yeux fermés, à avancer sur un fil élimé, pour ne pas voir ces visages qui ne seraient jamais, jamais, mes matins. Jamais. Personne.
Quelque part il y a eu un homme amoureux. Il a été ce Jamais et ce Personne, c’est dans son visage que j’ai ouvert les yeux, pour ne plus tomber. Je me suis accrochée à ses forteresses, sans voir les fissures, sans voir qu’on allait tomber, là, tous les deux, et nous écraser. Il voulait résister, sauver ce fil.
Il a été brûlé, sur un bûcher, comme les sorcières. Sans cris.
Son souffle me manque, son cœur ne bat plus que pour ses ailes à lui, ma solitude m’est revenue. Il s’est brûlé aux certitudes que cela n’arrive qu’aux autres. Mais la nuit aussi peut mourir mon ange. L’oiseau sans aile s’est cogné tu vois.. le fil était trop fin, il a rompu. Brûlé. Avec toi. Il me faut disperser tes cendres, encore.
Quelque part il y a un homme qui croit m’aimer. On ne se parle plus beaucoup, parfois on s’évite. La nuit nous a vu passer, faire et défaire les étoiles, les mains un peu moites. Le cœur trop grand. Trop lisse. Il a glissé. Parce que les mains moites. Le fil ne peut tenir quand on cherche à vous sauver.
Quelque part il y a un jeune homme qui a cru m’aimer mais qui a fini par s’éloigner par mon manque de disponibilité. On se voit d’amitié et en plein jour, quand nos horaires sont sociables. Jamais longtemps. Sauvages, ces horaires, finalement. Il n’a même pas vu le fil, il est passé à côté. Trop doux, trop gentil. Adorable jeune homme qui n’a pas vu son propre corps.
Quelque part ce matin, un homme a quitté mon lit. Il ne ressent que distance et contradictions pour les nuits respirées sur nos oreillers séparés. Je voudrais sauter dans les flaques d’eau, m’amuser, éclabousser, rire.. mais il ne pleut pas. Il n’y a plus la légèreté des regards et on tourne parfois autour de la porte entrebâillée par ses évitements. Il y a comme une odeur de pluie pourtant.. attendre. Pour peut-être retrouver la légèreté. Et les sourires.
Je voudrais me réveiller quelque part dans les yeux de quelqu’un. Le ventre apaisé. Blessures refermées et lavées. Ne plus savoir la fragilité qui explosent ces instants intimes, la terreur de cette spirale. Je ne veux pas être sauvée. Je veux me réveiller, y arriver. J’ai mal. Violence.
J’ai levé les yeux, sur moi.
Quelque part, j’ai grandi.
J’ai peur.
Je m’en fou.
J’ai peur
Parce que le fil se rejoue translucide.
A croire que je ne peux jouir qu’en tombant. Et inversement. Ou inversement. Fragiles instants où plaisir et terreur ne font qu’un.
Toutes mes condoléances.
Il y a comme du sang sur les mains.
C’est comme un manque de pluie.
Quelque part, c’est la guerre. En plein désert. Et toujours pas d’eau.
Réveille-toi..
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