Depuis quelques temps, j’améliore ce que je place entre mes mains. J’arrive à affiner mes lectures, je veux dire, sans l’influence d’une boite à livres ou d’une personne, et davantage sur ce que de mon côté je souhaite lire. Ça commence à se sentir, j’obtiens de bien meilleur résultat ; avec quelques ratés au milieu, mais ce n’est plus « ce mois je n’ai rien lu de plaisant ». Enfin je me suis tout de même laissée entrainer avec cette histoire d’écrevisses « intéressante mais », donc pour une conclusion décalée du commun des mortels. Je n’y suis pour rien, je suis exigeante avec les bouquins. Sans doute parce qu’à force de les avaler, il est obligatoire que la qualité surgisse à un moment comme une obligation.
Précisions sur ma notation
. 0.5 ⭐n’aurait pas dû être écrit
. 1 ⭐pas beaucoup mieux, mais il y a pire visiblement
. 1,5 ⭐pas terrible
. 2 ⭐Je n’ai pas aimé mais certaines choses sont à sauver
. 2,5 ⭐ impossible de trancher entre ça m’a plu et j’ai détesté, vide intersidéral
. 3 ⭐ pas mal, sans plus
. 3,5 ⭐bien, quelques réserves
. 4⭐ j’ai adoré
. 4,5 ⭐ presque parfait
. 5 ⭐ perle rare
En fin d’article, vous trouverez les auteurs par tags (plus facile de retrouver ainsi les autres livres lus).
J’ai ajouté à cet article, les résumés des livres : vous pouvez cliquer pour les lire, recliquer pour le fermer.
Août, 13 livres lus : 1 bande dessinée, 6 romans, 5 documents, 1 poésie ; 1 abandonné
3 630 pages lues

L’abandonné
Résumé
La domination masculine est tellement ancrée dans nos inconscients que nous ne l’apercevons plus, tellement accordée à nos attentes que nous avons du mal à la remettre en question. La description ethnographique de la société kabyle, véritable conservatoire de l’inconscient méditerranéen, fournit un instrument extrêmement puissant pour dissoudre les évidences et explorer les structures symboliques de cet inconscient androcentrique qui survit chez les hommes et les femmes d’aujourd’hui. Mais la découverte des permanences oblige à renverser la manière habituelle de poser le problème : comment s’opère le travail historique de déshistoricisation ? Quels sont les mécanismes et les institutions, Famille, Eglise, Ecole ou Etat, qui accomplissent le travail de reproduction ? Est-il possible de les neutraliser pour libérer les forces de changement qu’ils parviennent à entraver ?

La domination masculine – Pierre Bourdieu
Fastidieux. Je le savais difficile à lire, je n’ai pas rigolé. Et puis j’ai été saoulée et je l’ai abandonné en cours de route. J’ai lu bien des ouvrages sur le sujet, je peux me passer de celui-ci ; après tout il date de 1998, et depuis de très bons livres plus accessibles ont vu le jour. La sociologie il faut dire, m’a toujours fait un peu cet effet là : « intéressant, mais ».
Le problème ici, c’est le style. C’est très confus : déjà ce qu’il décrit se perd dans une complexité non nécessaire, mais les phrases elle-même sont incompréhensibles, on doit relire pour comprendre les mots d’une phrase qui n’en finit pas de s’alourdir. Je ne nie pas l’intérêt, juste je n’ai pas la concentration, actuellement, que demande son style d’écriture très lourd. Et pourtant j’ai lu des thèses.
J’en suis ressortie avec la sensation que c’était trop généralisé, mais sans même pouvoir en discuter. Lire oui, comprendre oui, mais au prix d’un trop grand nombre de « cuillères ».
Poésie
Le plâtrier siffleur – Christian Bobin
16 pages
Il m’a été offert par une personne que je ne connais pas (encore) et qui donc, ne me connait pas (encore). Elle ne sait pas comme j’aime cet auteur, sa poésie, comme sa mort m’a attristée, pourtant elle a tapé juste : je n’avais jamais eu ce petit livre entre les mains. Et petit, il l’est : 16 pages.
Il s’agit de la retranscription d’une entrevue accordée en 2012 à Françoise Lemarchand, pour la revue « Canopée ».
Je ne saurai jamais le dire aussi bien que Christian Bobin.
Ce texte pourrait être vu comme un aperçu fidèle de sa pensée, sobre et poétique. Il y prône une vie simple et une attention au vivant décuplée. Pour lui, la place de l’homme est au sein du monde, c’est-à-dire loin de la société de consommation, de sa superficialité, et proche de la nature. Sa poésie, sa douceur, sa foi dans le changement, est un baume merveilleux et apaisant, même si je ne partage pas son optimisme.
« Contempler est une manière de prendre soin« , revenir à l’essentiel… en sommes-nous seulement capables ?
Je pourrais citer un peu toutes les lignes, mais j’imagine qu’il faut savoir choisir…

Sur le chemin qui me mène à la maison, parfois je trouve des plumes bleutées de geai, comme des éclats d’azur. C’est très petit, ce que je fais. J’essaye de recueillir des choses très pauvres, apparemment inutiles, et de les porter dans le langage. Parce que je crois qu’on souffre d’un langage qui est de plus en plus réduit, de plus en plus fonctionnel. Nous avons rendu le monde étranger à nous-mêmes, et peut-être que ce qu’on appelle la poésie, c’est juste de réhabiter ce monde et l’apprivoiser à nouveau.
Il n’y a que les poètes qui prennent le monde au sérieux, ceux qui ont réputation d’être distraits, étourdis, de ne pas mesurer les choses, de ne pas en connaître la pesanteur. Ce sont eux, eux seuls, qui connaissent la pesanteur, le drame des choses et aussi ce qu’elles contiennent de lumière. Ce sont les seuls voyants et les seuls respirants dans ce monde. Je parle d’une petite tribu dispersée et qui n’est pas faite que de gens qui écrivent ou qui peignent, esthètes ou artistes. Il s’agit juste d’une manière humaine d’habiter le monde. Parce que dire habiter poétiquement le monde ou habiter humainement le monde, au fond, c’est la même chose.
Documents
Comment se lier d’amitié avec les plantes – L. Hervé-Gruyer
Résumé
Un jour, Lila quitte tout : Paris, son travail, son petit ami. Elle part rejoindre la Ferme du Bec Hellouin créée par son père il y a vingt ans en Normandie. Lila veut consacrer sa vie aux plantes, explorer un lien sensible, créatif et joyeux avec elles. Peut-on tomber amoureuse d’une fleur ? Comment s’ancrer dans un nouveau territoire ? Apprendre les plantes est un chemin initiatique qui passe par la cuisine, la cueillette, la botanique… Lila nous fait ressentir le bruissement des blés et la tendresse que l’on peut avoir pour une pâquerette. Cheminer avec les bourdons pour s’émanciper d’une vie de bureau.
Cette quête se matérialise dans le quotidien : composter, apprendre à cuisiner l’ortie, à travailler le bois, ou porter des projets associatifs avec de nouveaux·elles ami·es. Pousser ensemble vers la lumière, apprendre un peu plus la paix. Ce récit intime est celui d’une révolution intérieure. C’est le livre que Lila aurait aimé lire, pour l’encourager dans ses moments de doute, lorsqu’elle a décidé de s’installer dans une vallée.

C’est un livre étonnant, et très beau. L’autrice parle d’elle (ce qui en fait un livre intime) et des plantes (des recettes, ce dont elles ont besoin, son lien avec, …), mais aussi de l’entraide, du lien à ses ami·es, du collectif, un peu de la ferme, et de bien d’autres choses encore. Son style d’écriture est poétique, bienveillant, apaisant, et des citations accompagnent ses mots. Des dessins à l’aquarelle parsèment l’ouvrage, ce qui le rend encore plus doux. Il est très agréable de se promener dans ces pages, de découvrir toutes ces différentes manières d’être au monde, dans le vivant. Je crois que je suis (re)tombée dans la contemplation de la vie autour de moi, depuis. La joie d’être entourée de verdure.
Un léger regret, toutefois : il y a très peu de recettes, ce qui fait que je n’ai rien appris (en dehors de la feuille de figuier que l’on peut faire sécher puis réduire en poudre dans des plats, je me suis empressée d’en ramasser une sur notre arbre pour tester). Je pensais trouver très exactement ce que soulève le titre, « comment ». Nous sommes ici dans une philosophie de vie, c’est beau à lire et il ne faut venir que pour cela, sa beauté de lecture, ou alors être débutant dans sa quête d’un retour vers la nature. Mais rien que pour l’écriture poétique et sa douceur, lisez le !
Quel est votre arbre préféré ? Pas une variété, mais un individu. Le mien est un chêne qui pousse chez mes grands-parents. C’est l’arbre de mon enfance. Je sens sa puissance quand je m’approche de son tronc colossal et majestueux. Je pense souvent à lui. Il me rassure, m’accompagne. En fait je l’aime. Et s’il ressentait la même chose? Et si les végétaux nous reconnaissaient ? Le pommier devant lequel on passe chaque jour nous perçoit peut-être, distingue nos humeurs, notre énergie, nous voit en tant qu’être à part et identifié. Est-ce que l’on oserait se comporter comme nous le faisons si nous considérions les plantes comme des formes de vie intelligentes et sensibles ?
Une famille désunie ne partage plus que des mauvais moments : plus de galettes des rois ou de soleil sur les peaux en vacances, mais des apparts à vider et des enterrements.
On dit herbe pour liberté, pelouse pour contrôlé.
Et toujours, je retourne à la vulnérabilité :
Les anxiétés partagées sont plus légères. Nous sommes nombreux·ses à être assiégé ·es par des émotions douloureuses. Nous sommes aussi beaucoup à les cacher. (…) Il se joue quelque chose dans le fait d’être en vie dans la vulnérabilité.
La Fin des monstres – Tal Madesta
Résumé
« Je ne suis déjà plus celle que j’étais, mais pas encore celui que je veux devenir. »
En 2020, Tal Madesta entame une transition de genre. En prenant ce chemin qui implique de redéfinir entièrement son rapport à soi, aux autres, au monde social, il va faire l’expérience désolante de la violence transphobe et du deuil. Mais il va aussi découvrir la joie d’aimer autrement et d’expérimenter avec intensité sa propre liberté.
Une bien jolie plume au service d’un témoignage très fort sur son propre parcours de transidentité. Mélange d’un récit de vie et d’un essai, il démonte les clichés et parle de la violence, de l’exclusion, des dangers, du rejet trop souvent familial, mais aussi de soutien et d’amour. La transphobie fait des dégâts terribles psychologiquement (trop de suicides pouvant être évités), sans même parler des meurtres perpétrés chaque année : 375 personnes trans (96% des femmes) ont été assassinées en 2021 en France. Je ne sais si on se rend bien compte. Plus d’une personne par jour.
Le livre est très beau, empli d’amour, s’interroge sur le « pourquoi devenir un homme », exprime ses doutes. Il note comme sa vie est devenue différente depuis qu’il a transitionné, comme être un homme est reposant, lui qui a vécu être une femme avec la peur collée à la nuit. Très intéressant décalage.
À lire, bien sûr.

Faire le deuil de nos proches car on aspire à être quelqu’un d’autre est un premier brasier, un baptême mortel. Celles et ceux qui restent ne réalisent pas qu’ils et elles tiennent la main de funambules.
Dans un discours prononcé devant 3500 psychanalystes en novembre2019, Paul B. Preciado, philosophe trans, a fait scandale en disant : « Je suis un monstre qui vous parle ». Ce qu’il expose par cette formule est un paradoxe. Le monstre – la personne trans, dans l’analogie – ne parle pas, ce sont les autres qui parlent à sa place et qui le constituent comme tel, précisément en lui retirant son droit à la parole. Le monstre n’existe que dans le regard dominant qui vient déterminer ce qui relève du sain, du non-pathologique… et ce qui relève du reste. Ce que dit Preciado, c’est qu’il n’y a pas d’essence monstrueuse : il n’existe que des normes, et des personnes qui s’en affranchissent.
Résistez aux dictateurs – Maria Ressa
Résumé
Qu’êtes-vous prêts à sacrifier pour la vérité ?
Depuis des décennies, Maria Ressa fait face au pouvoir philippin. Son travail sur les mensonges du gouvernement l’a placée dans la ligne de mire de l’homme le plus puissant du pays : le président. Traquée, elle risque plus de cent ans de prison pour avoir raconté la vérité.
Éprise de justice, la journaliste livre un récit puissant sur la démocratie qui meurt de mille entailles sur Internet. Une véritable bombe atomique invisible y a explosé, assassinant nos libertés. Grâce aux reportages de Maria Ressa, tout un réseau de désinformation est mis au jour, qui va de la guerre contre la drogue de Duterte aux Philippines à l’assaut du Capitole à Washington, du Brexit à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, de la cyberguerre en Chine à Facebook et à la Silicon Valley.
Voici l’appel de Maria Ressa à résister et à lutter pour notre avenir.

Maria Ressa est une journaliste philippine. Elle a cofondé Rappler, un site d’informations en ligne qui s’est voulu critique du gouvernement corrompu et sanglant de Rodrigo Duterte, et pour lequel elle et son équipe ont risqué leur travail et leur vie. Elle relate dans cet ouvrage les intimidations, la terreur, les procès, le harcèlement (privé et pro), mais aussi les débuts de Facebook, les bienfaits de ce RS et finalement sa menace sur la démocratie de son pays puis du monde entier. Elle le dit de beaucoup de manières différentes, mais elle est très claire : « Ce qu’ils nous ont fait, ils vous le feront. » Tout le monde devrait lire ce livre, tout le monde devrait prendre conscience de ce qui se joue. Tout le monde devrait s’inquiéter. La démocratie est en train de s’effondrer partout via le pouvoir de la désinformation, et le travail de sape est en partie coordonné par ceux possédant les RS (ici elle parle de Facebook, parce qu’elle l’a vu à l’œuvre de l’intérieur). Notre réalité devient mensonges, nous devenons faciles à manipuler. « Où est l’indignation ? Où est la résistance ?« . Qu’est-on prêt à sacrifier pour la vérité ?
« Résistez » sous-entend que les dictateurs sont déjà en place. Le capitalisme de surveillance s’installe année après année (comme par exemple la loi du 21 juillet 2026, sur l’obligation en France de donner sa carte d’identité pour accéder aux réseaux sociaux, on peut le prendre comme une mesure de protection des jeunes ou ouvrir les yeux sur la surveillance de masse qui se met en place, via une collecte massive et sans protection des données). Je n’ai plus qu’un seul RS encore en fonction, et je ne m’en sers plus que de manière très anecdotique. Je vous laisse deviner ce que je vais faire lorsqu’on me demandera ma carte.
Pour son engagement dans la lutte pour la liberté de l’information, Maria Ressa a reçu le prix Nobel de la paix en 2021 (en même temps qu’un autre journaliste).
Petit bémol à l’ouvrage, elle se perd beaucoup dans sa biographie, avant de revenir au propos.
Comment torpiller l’écriture des femmes – Joanna Russ
Résumé
Dans ce classique de la critique féministe publié en 1983 aux États-unis et traduit pour la première fois en français, Joanna Russ dresse un panorama acéré des techniques d’empêchement, d’effacement et de dénigrement qui s’abattent depuis des siècles sur les femmes qui osent prendre la plume. Ce déni d’écriture mobilise tout un arsenal de procédés informels, plus subtils qu’une censure frontale. Cela commence par le travail domestique et la privation de temps qu’il implique. Cela se prolonge par le découragement actif des vocations, les soupçons récurrents d’imposture ( » Ce n’est pas elle qui l’a écrit » ), le mépris des oeuvres et des sujets ( « C’est bien elle qui l’a écrit, mais elle aurait mieux fait de s’abstenir » ) et, in fine, la relégation des rares écrivaines ayant acquis une certaine notoriété au statut d’anomalie ( « Mais d’où sort-elle, pour avoir écrit ça ? » ).
En décortiquant les stratagèmes du sexisme ordinaire dans le monde des lettres, Russ signe un formidable anti-manuel de silenciation des femmes autrices, qui n’a perdu ni de son actualité ni de sa force critique. Tout en attaquant la tradition misogyne, elle trace aussi en pointillé une autre traversée de la littérature anglo-saxonne, sur les pas de Jane Austen, Mary Shelley, Emily Brontë, George Eliot, Emily Dickinson, Virginia Woolf, Adrienne Rich ou Ursula Le Guin.
Bien que l’édition française soit de 2025, il ne s’agit que de sa traduction : le livre a été écrit en 1983, c’est-à-dire il y a plus de 40 ans. Ça se ressent dans le ton, le style, et les autrices citées. L’essai se rapproche d’une thèse, tout est sourcé, les phrases sont longues et méritent le plus souvent d’être relues. D’ailleurs les deux premières pages du prologue sont indigestes, je me suis demandé si je lisais de nouveau Bourdieu avant que cela redevienne lisible et surtout que je comprenne : c’était de la science-fiction, à la présence incongrue.
Aucun complot dans ce torpillage, nous sommes ici sur du sexisme ordinaire. C’est peut-être le plus douloureux dans l’affaire, cet acharnement à empêcher la parole des femmes.

Elle décrit plusieurs techniques mises au point pour interdire, empêcher ou décrédibiliser l’écriture des femmes à travers les siècles (rien ne change, c’est formidable). Comme interdire l’accès aux écoles ou le rendre difficile, le dénigrement pur, les phrases assassines afin de dénier le talent :
. l’a t-elle vraiment écrit ?
. elle n’a pas pu l’écrire seule
. aurait-elle dû l’écrire ?
. livre choquant parce qu’une femme, un chef-d’œuvre si cela avait été un homme (Jane Eyre)
. on ne peut pas vraiment la considérer comme une femme (c’est pourquoi elle a réussit son ouvrage)
. elle n’a pas l’expérience de vie d’un homme, cela ne vaut donc rien
. si elle réussit malgré tout, mise à l’écart de toute l’œuvre au profit d’un seul ouvrage comme si elle n’avait écrit que cela
. etc.
C’est un essai pointu, parfois indigeste, le style est vieillot. Mais il est surtout précis, intelligent, instructif, les recherches sont impressionnantes. L’intégralité des autrices sont anglo-saxonnes et datent de fait beaucoup, je serais bien intéressée par un nouvel ouvrage plus actuel, plus ouvert à l’international ou plus français, et plus inclusif (les femmes citées sont toutes blanches, bien qu’elle s’en excuse au début de ce livre).
L’essentiel et rien d’autre – Fumio Sasaki
Résumé
Fumio Sasaki était un homme ordinaire, stressé et constamment en train de se comparer aux autres, jusqu’au jour où il décide de changer sa vie en disant adieu à tout ce qui ne lui est plus absolument indispensable. Les effets sont remarquables : une véritable liberté, une plus grande capacité de concentration au quotidien, et un profond sentiment de gratitude envers la vie et ses proches. Dans ce livre pratique, qui fourmille de conseils précis faciles à mettre en oeuvre dans notre vie quotidienne, Fumio Sasaki partage son expérience personnelle du processus de minimisation pour nous apprendre à transformer notre intérieur, mais aussi et surtout notre vie tout entière. Vous pourrez ainsi découvrir le potentiel incommensurable du minimalisme, bénéficier de tous ses bienfaits, et retrouver la liberté d’être celui que vous êtes vraiment.

Il m’a été offert par Blanche il y a quelques mois, à qui il avait beaucoup plu. De temps en temps, je fais du vide dans la maison et ce type d’ouvrage m’apporte toujours un petit élan. Donc s’ils me passent entre les mains, je finis toujours par les lire – peut-être que j’ai l’impression que ça va pousser nos affaires toutes seules dehors.
L’écriture est agréable, il se lit plus rapidement que je ne pourrai jamais vider ma maison, mais souffre de répétitions lassantes, parfois à quelques pages les unes des autres. Comme par exemple, que la dernière fois qu’il a déménagé cela lui a pris 30 minutes (deux fois), que son appartement actuel ne fait que 25 m² (deux fois) et qu’il espère en partir pour un plus petit encore (trois fois). C’est pour moi un problème de relecture de la maison d’édition, c’était évitable. Je crois que si on évince tout ça, on gagne bien un tiers du livre (sur 288 pages, ça compte).
Ceci dit, l’ensemble est intéressant, bien documenté, très clair. Il n’y a rien de nouveau par rapport à d’autres ouvrages sur le même sujet, mais si on devait commencer par lui ça fonctionnerait. Il ne porte aucun jugement, à part peut-être sur lui-même, offre des conseils avisés. Il parle de son vécu sans s’y alourdir non plus, de son ressenti, de sa manière d’être au monde, désormais. À défaut de souhaiter vivre comme lui, dans un appartement très vide et relativement impersonnel, lire son expérience était intéressant et inspirant.
Bande dessinée
La Fleur des absents – John Moore
Résumé
Depuis le décès de sa mère, la vie de Damian est complexe : son père a refait sa vie et le jeune homme n’est pas le bienvenu dans sa nouvelle famille. Recueilli par Lou, son grand-père, il doit assumer le statut de « nouveau » au lycée. Pas simple quand on est déjà un grand timide… Mais l’acquisition d’une fleur des absents va bousculer ce nouvel ordre. Cette fleur doit lui permettre d’invoquer le fantôme de sa mère, mais contre toute attente, Damian se retrouve avec celui de Saskia sur les bras, une jeune gamine au caractère bien trempé et à la mort chargée de mystère. Débute alors une cohabitation forcée haute en couleurs pour ces deux êtres que tout oppose. Obligés de démêler mensonges et non-dits, ils découvriront que leur trajectoire n’est finalement pas si éloignée, tous deux cherchant à clarifier le passé, l’un pour se forger un avenir, l’autre pour peut-être, enfin, trouver la paix.
C’est une bande dessinée tout public, au sujet franchement original. Le graphisme est très sympathique, tout doux. L’histoire est également très agréable à lire, avec quelques thèmes come le deuil, le mensonge/secret et ses conséquences. Mais le tout manque de profondeur et surtout, d’un second tome. La fin est un peu précipitée, des réponses sont en attente (la gamine, la mère, le père, tout est survolé). Notamment, nous ne savons rien sur cette fleur qui ramène un défunt pendant quelques jours, c’est pourtant la base du livre et particulièrement étrange.
Beaucoup de potentiel, avec des manquements.

Romans
Là où chantent les écrevisses – Delia Owens
Résumé
Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
A l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie. Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…
C’est un livre qui m’a été conseillé par une médiathécaire extatique, des lectrices de mon ancien club de lecture qui ne l’étaient pas moins, des lectrices sur Livraddict qui l’étaient tout autant, et d’autres que j’ai oublié (mais l’étaient sans doute aussi). Autant dire qu’il avait la pression, et moi aussi (on s’attend à ce que je l’encense).

J’en suis ressortie mitigée. J’ai aimé les paysages, les descriptions, la nature, les oiseaux, les personnages, la vie, la résilience : j’ai plongé dans les marais avec les oiseaux, longé les rivages dans la barque : très dépaysant. Je me suis attachée un peu à Kya, indomptable et très belle, mais j’ai vraiment préféré tout ce qui avait trait aux marais, à la biologie, au vivant.
J’ai aussi apprécié la question autour de la solitude, très exploitée, mais je trouve dommage que la réponse soit la relation amoureuse.
Par contre, j’ai trouvé la traduction un peu légère. Il y a des erreurs dans les mots, des confusions, un prénom pour un autre : pas formidable et surtout c’était évitable (et ça me déconcentrait chaque fois). Le texte oscille entre une belle poésie et de la lourdeur, selon, et je n’ai pas su définir si c’était l’autrice ou la traduction, là non plus. J’aimerais savoir lire dans le texte d’origine et me faire une véritable idée du style littéraire de l’autrice. Qui m’a semblé assez léger là aussi, j’ai trouvé les dialogues plats (traduction ?). J’ai aussi deviné la fin du livre très tôt, les raisons du meurtre, etc. (mais ça, ça n’a pas gêné ma lecture, j’ai l’habitude).
Le plus difficile à lire furent les clichés mêlés d’invraisemblances énormes. Je comprends la raison de l’engouement pour ce livre, mais l’effet sur moi a été l’inverse : un livre pour faire pleurer dans les chaumières, non merci. Ou alors il faut être crédible, et là ce n’était pas assez stable pour ça. Une petite de 7 ans qui survit seule dans les marais, ça démarrait mal. On avait aussi : un vieux rafiot qui n’a jamais besoin d’être réparé, elle coupe son bois de chauffage elle-même à tout âge (!), jamais malade malgré l’humidité (sauf une fois, parce que ça arrange le scénario), récolte de moules toute l’année (!) pour les vendre (visiblement il y a abondance alors qu’on nous dit qu’elle n’est pas la seule à le faire), et là on en arrive aux clichés masculins et c’était lassant.
En résumé, j’ai apprécié ce livre mais avec beaucoup de réticences scénaristiques/traduction (j’aurais encore beaucoup à en dire). Et une petite recherche du côté de l’autrice m’a un peu plus refroidi (un meurtre (non élucidé) et du racisme). Sinon j’ai découvert qu’il y avait un film ; je ne l’ai pas visionné, mais esthétiquement il y a matière à faire quelque chose de beau.
La Correspondante – Virginia Evans
Résumé
« Je me suis mise à écrire des lettres, et c’est devenu une obsession. Le plus souvent, quand j’en écrivais une, j’en recevais une en retour. Cela surprend, mais j’ai découvert que la plupart des gens répondent. La première lettre de ma vie remonte à 1948, et je l’avais adressée à P. L. Travers, au sujet de son livre Mary Poppins. »
Mère puis grand-mère, femme divorcée, retraitée d’une brillante carrière dans le droit, Sybil Van Antwerp vit seule et n’aspire qu’à une existence paisible, aiguisant chaque jour sa plume pour rédiger des courriers avec un franc-parler capable de désarmer avocats de renom et grands écrivains. Mais tandis que sa vue baisse inexorablement, des lettres anonymes toujours plus menaçantes sont déposées une à une dans sa boîte, la forçant à replonger dans un passé douloureux.
Greffière au chignon strict passant la porte du tribunal ; vieille dame longeant le fleuve avec une canne ; adolescente dévorant Tolkien et C.S. Lewis ; correspondante cherchant le mot juste : lettre après lettre, Virginia Evans compose le portrait d’une femme multiple, dans un premier roman mordant.
J’ai eu de la difficulté à rentrer dans cette lecture, pour deux raisons : ma concentration est bancale et je ne suis pas fan des ouvrages épistolaires (me connaissant, c’est un comble). Le livre est d’ailleurs exactement ce que je craignais, à savoir qu’il est lent à entrer dans son sujet et que les voix ne changent pas, quel que soit le narrateur. Peu importe qui écrit la lettre (Sybil 73 ans, l’ado de 13 ans, le père de l’ado, le voisin, des auteurs célèbres, etc.), le style est le même. Cela en a donc fait une lecture très linéaire qui s’essouffle parfois, disons qu’elle est un peu monotone. Et j’ai deviné dans l’ensemble toute la trame de l’histoire, qui manquait de relief.
L’autre souci est que Sybil, notre correspondante, est assez antipathique, sévère, aucune indulgence ne la traverse. Sa manière brute d’écrire des choses qui auraient mérité d’être un peu enveloppées voire tues, est désagréable. Quant aux autres personnages, ils ne se démarquent pas vraiment. Bien difficile de s’attacher dans ces conditions.

Il y a pourtant des points positifs. Si l’écriture n’est pas extraordinaire, elle est sensible et le livre se lit parfaitement bien. L’enchainement des courriers est d’ailleurs très maitrisé, c’est agréable et rend la lecture fluide. L’écriture vue comme un exutoire, je connais bien et cela m’a touchée. Il y a un moi lointain qui aimait profondément envoyer et recevoir des lettres au point que j’avais des correspondants étrangers – je crois que cette période me manque beaucoup.
J’ai davantage apprécié la fin, où au fil des lettres Sybil se découvre, change doucement, apprend à écouter. D’autres évolutions (et même situations) m’ont paru… un peu trop. Manquant de réalisme. Je m’attendais peut-être à quelque chose de plus solide, avec du mystère. C’est assez « cosy », même assez vieillot. C’est une lecture sympathique qui ne me marquera pas durablement, mais que je suis contente d’avoir lue.
L’oiseau rare – Guadalupe Nettel
Résumé
Les deux amies s’étaient fait un serment : jamais elles ne se laisseraient aller à être mères. Impossible d’imaginer renoncer à leur liberté pour un enfant. Et pourtant, un jour, Alina décide de tomber enceinte. Laura vacille, accablée à l’idée de voir son amie renoncer à leurs idéaux. La réalité, elle, se chargera de les balayer tout à fait ; la venue de l’enfant d’Alina, la petite Inès, s’accompagne de terribles surprises. Tandis que la jeune femme découvre une maternité à laquelle elle n’était pas préparée, c’est avec l’un de ses petits voisins que Laura tisse des liens aussi étonnants que profonds. Et alors que la vie de ces deux amies se trouve bouleversée à tout jamais, de drôles d’oiseaux élisent domicile sur le balcon de Laura.
Au cœur de L’Oiseau rare, il y a le pouvoir saisissant des enfants : ceux que l’on choisit d’avoir ou ceux qui arrivent dans nos vies, ceux que l’on regarde grandir, ceux que l’on aime et ceux auxquels on renonce. Avec la singularité qu’on lui connaît, Guadalupe Nettel nous parle ainsi des mille façons d’être mère, de combats, de drames et de la manière dont nous apprenons à aimer.

C’est un roman qui aurait pu être puissant, avec une jolie écriture, mais les choix narratifs sont assez bancals. Tout d’abord, il est écrit en « je » du point de vue de Laura, l’une des deux amies, tout en étant avec des chapitres alternés avec vue sur Laura ou sur Alina ; cela implique une omniscience de la part de Laura, d’autant qu’on nous décrit Alina comme secrète (pour le dire plus simplement, elle ne peut pas en savoir autant). Là où il semble qu’on vive un temps parallèle et simultané d’un chapitre à l’autre, il se déroule quelques heures dans l’une, plusieurs jours dans l’autre, pour revenir à celui de quelques heures auparavant (cela manque de sens). Le style omniscient n’est pas percutant, il en devient un peu journalistique : on est sur un déroulé de faits. Au début j’ai adoré, ensuite je me suis lassée. Cela crée d’ailleurs une barrière émotionnelle, impossible d’apprécier vraiment les protagonistes.
Le dernier point est à la fois positif et négatif : beaucoup de sujets sont abordés.
. Cinq manières d’être dans la maternité sont abordées : un oiseau qui s’impose dans le nid d’un autre, une femme qui refuse d’avoir des enfants va s’occuper de son petit voisin, une mère (en couple) avec un enfant handicapé, une mère en dépression sévère ne s’occupant plus de son enfant, un lien mère-enfant (adulte).
. la violence conjugale et les séquelles que ça laisse dans le temps
. la dépression
. les liens entre un enfant devenu adulte et sa mère
. la souffrance d’un enfant délaissé
. l’entraide entre voisin·es
. le questionnement d’être ou non parent, et le droit de changer d’avis
. le deuil d’un enfant
. La maladie, et la mort en épée de Damoclès, d’un enfant
. la jalousie envers une nounou
. L’oniomanie (trouble de l’achat compulsif)
. l’infertilité
. l’homosexualité entre personnes qui ne se sont pas identifiées elles-mêmes comme telles
J’en ai peut-être oublié. Certains de ses sujets ont été abordés sans arriver à une conclusion, beaucoup ont été traités de manière peu approfondie. J’étais sur liseuse, je n’avais pas vu que j’étais arrivée à la fin du livre lorsque j’ai tourné la dernière page : je suis restée un peu sur ma faim. Et il semble que pour sortir une personne (en SSPT) de sa dépression, il faut la pousser à sortir ; même si c’est bien amené, c’est un peu léger – euphémisme (elle l’envoie tardivement chez un psy, tout de même).
Le livre est très bien écrit concernant le deuil parental, comme tout ce qui a trait à cet enfant. Très enthousiaste une bonne partie du livre, je me suis finalement moins impliquée dans ma lecture, et me suis ennuyée sur certains chapitres. Je pense que des personnes peuvent beaucoup l’apprécier, et d’autres comme moi lui trouver moins d’attrait selon le moment de lecture. Certains passages sont très justes. C’est un premier roman sobre, réaliste et contemporain.
Des diables et des saints – Jean-Baptiste Andrea
Résumé
Joseph est un vieil homme qui joue divinement du Beethoven sur les pianos publics. On le croise un jour dans une gare, un autre dans un aéroport. Il gâche son talent de concertiste au milieu des voyageurs indifférents. Il attend. Mais qui, et pourquoi ?
Alors qu’il a seize ans, l’adolescent est envoyé dans un pensionnat religieux des Pyrénées, Les Confins. Tout est dans le nom. Après Les Confins, il n’y a plus rien. Ici, on recueille les abandonnés, les demeurés. Les journées sont faites de routine, de corvées, de maltraitances. Jusqu’à la rencontre avec Rose.
J’ai craint les premières lignes où le protagoniste nous parle directement, mais cela n’a duré que deux ou trois pages. Très vite, seulement quelques mots, je suis retombée amoureuse de la plume de cet auteur, sa poésie, sa manière de montrer la beauté du monde. Sa laideur, aussi, mais jamais gratuitement, jamais pathétique. Et surtout, jamais sans lumière. Pourtant cet orphelinat est sombre, l’histoire nous plonge dans la violence des hommes, la maltraitance : châtiments corporels, humiliations, cruauté, mise à l’isolement, malnutrition, perversité psychique d’hommes religieux. Il y a toujours, cet espoir qui nous tient entre les pages, cette amitié entre les enfants, leur solidarité, ou encore cet enfant déficient si beau.

Ce qui fait la beauté de ce livre ? le choix des mots. Même s’il est étonnamment moins travaillé que Veiller sur elle1, j’ai retrouvé sa douceur et sa musicalité. Et la musique justement… l’auteur a su reproduire les notes du piano, les envolées de Beethoven, c’est un délice, un murmure. Il y a beaucoup de sensibilité dans ce livre. Il était tellement prenant, je me suis retrouvée incapable de le poser et l’ai lu pratiquement d’une traite, avec la tristesse d’être arrivée à la fin. Désormais je le sais, lorsque j’aurai besoin d’un bon livre, je me tournerai vers Jean-Baptiste Andrea.
En résumé :
Si vous deviez commencer à lire cet auteur, je vous conseille celui-ci. Il est plus facile d’accès que Veiller sur elle, plus simple d’approche. Et pourtant bouleversant, musical, magnifique.
Alabama 1963 – Ludovic Manchette et Christian Niemiec
Résumé
Birmingham, Alabama, 1963. Le corps sans vie d’une fillette noire est retrouvé. La police s’en préoccupe de loin. Mais voilà que d’autres petites filles noires disparaissent…
Bud Larkin, détective privé bougon, alcoolique et raciste, accepte d’enquêter pour le père de la première victime.
Adela Cobb, femme de ménage noire, jeune veuve et mère de famille, s’interroge : « Les petites filles, ça disparaît pas comme ça… »
Deux êtres que tout oppose. A priori.

Il a remporté une vingtaine de prix, les lecteurs l’adorent, et puis il y a moi. Pas très enthousiaste. Le livre a de quoi plaire : un roman historique, policier, de la ségrégation, du racisme, un peu d’humour, les personnages sont assez bien campés… (lorsqu’ils ne frôlent pas la caricature, je veux dire).
Mais ça ne suffit pas. Les chapitres s’enchainent comme des faits, sans émotion, mais avec beaucoup de vomi – j’y reviendrai.
Le contexte de l’époque est plutôt survolé, et on ne sent pas suffisamment la peur qu’inspirait le KKK (et je doute que dans les années 60, une personne noire ait pu monter dans la voiture d’un blanc sans se faire tabasser ou tuer ensuite).
Si au départ j’ai aimé l’écriture et l’histoire, petit à petit je suis sortie de ma lecture. Déjà parce que l’écriture a très vite été moins travaillée (au point d’être très banale, puis simpliste ; ça se lit bien, c’est fluide, mais le langage est familier et pauvre). Et puis il m’a manqué des descriptions, un décor, des émotions, je suis ressortie du livre sans savoir à quoi ressemblaient réellement les personnages (on le saura que le détective a un Stetson, ça n’en fait pas pour autant un visage). De même que les lieux, je n’ai pas ressentie l’atmosphère de l’Alabama. Et puis les descriptions à n’en plus finir du gars qui vomit parce qu’il boit trop, je m’en serais passée, c’est répugnant et ridicule (le gars vomit en courant, oui c’est ridicule).
Concernant l’enquête, ça n’en finit plus de ne pas avancer : le détective est trop bourré pour ça, occupé à vomir (par exemple dans le col de son tee-shirt en plein repas chez des amis, ça ne s’invente pas). L’assassin n’a aucune psychologie, il se contente de tuer et prendre son pied. Du coup là non plus, on n’avance pas. Comme on ne peut pas compter sur l’enquête qui n’existe pas, on finit par nous dire carrément qui est l’assassin des petites filles, et les auteurs envoient un peu d’aide au détective parce qu’il en a besoin encore plus que nous : une voyante (je l’avais vue venir, elle). La fin en est totalement bâclée.
Il y a également des incohérences (à ne lire que si vous avez déjà lu ou ne comptez pas lire ce livre) :
. le nid d’oiseau dans la chambre ne tient pas la route, il y aurait eu beaucoup de fientes très très vite juste en-dessous)
. le dénouement n’est pas crédible : dans quel monde raciste des années 60, une femme noire peut dire (attention, c’est rocambolesque) : « le flic A a tué le détective mais juste avant le détective a tué le flic A, et d’ailleurs le flic B précédemment tué ce n’était pas lui le coupable mais le flic A, c’est le détective qui me l’a dit avant de mourir » et être crue ? Euh… ? non.
. la scène dans la blanchisserie tient du monde des Bisounours (mais a le mérite de faire sourire)
. j’en ai marre qu’on tue des chats pour faire passer un message (ce n’est pas une incohérence, juste un cliché)
Conclusion : Je pense qu’on peut l’apprécier si on sait du départ que c’est à prendre avec un certain recul. C’est une histoire facile à lire, pas d’enquête réelle, aucune subtilité, quelques sourires, une histoire pas trop mal écrite mais pas folle (sauf sur la fin, c’est l’inverse), une femme noire qui aide un mec blanc (noir magique), le dénouement manque de crédibilité. Parfait si on a besoin d’un roman pas prise de tête (et qu’on n’est pas sensible aux vomissements toutes les dix pages).
La Vie rêvée des chaussettes orphelines – Marie Vareille
Résumé
Sur le papier, Alice va très bien : célibataire parfaitement assumée, elle a une carrière en or dans la finance à New-York, un loft avec vue sur Central Park et un secret si profondément enfoui qu’elle peut presque prétendre l’avoir oublié. Certes, elle ne dort plus sans somnifères, elle collectionne les crises d’angoisse, les TOC et les névroses, mais on ne va pas en faire tout un plat. Tout le monde a ses petits secrets, non ? Mais le problème avec les petits secrets, c’est qu’ils peuvent générer de grosses complications… et si Alice est devenue experte à fuir le passé, elle est beaucoup moins douée quand il s’agit d’affronter la réalité.
C’était mon deuxième livre de cette autrice : j’avais lu Le syndrome du spaghetti il y a 3 ans, que j’avais bien plus apprécié. J’ai eu un mauvais départ avec celui des chaussettes : sensation de m’être engagée dans un roman feelgood et ce n’était pas ce que j’avais envie de lire. Mais ce n’était pas complètement le cas (un peu quand même), et je suis entrée dans une lecture à mi-chemin entre le non-prise de tête et des sujets plus sérieux, voire dramatiques. La bonne dose pour me détendre sans qu’il me tombe des mains (oui, je me détends sur les drames, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise…).
J’ai vu venir les choses, mais j’avais surtout besoin de me détendre, alors il est passé malgré ses défauts.

Il y a pas mal de points positifs dans cette lecture, et notamment les personnages qui sont très travaillés. Peut-être parfois un peu trop d’ailleurs, mais inexplicablement, ça passe très bien. Je suis passée en mode « j’accepte que ça ne tienne pas debout », ce qui m’a permis de passer un bon moment. Parce que non, ça ne tient pas. L’emploi, l’appli créée, certains personnages « trop », la fin improbable et dérangeante, ce n’est pas possible ni même acceptable. Mais l’écriture est agréable, et j’ai voulu me laisser embarquer parce que j’en avais besoin. Tirée par les cheveux cette histoire, pourtant.
En résumé, j’étais très décidée à apprécier ma lecture : l’écriture est sympathique et les pages tournent facilement, une sorte de presque-non-feelgood plongeant dans le drama. Mais le tout est invraisemblable et la fin pose un grave problème éthique (pour ne pas dire incestuel) (d’accord. Je vais le dire. C’est incestuel).
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