Je crains de grandement tourner en boucle, de manière générale, et là particulièrement sur mes pensées actuelles passé/futur. J’ai la sensation de démêler les personnes en moi qui cohabitent, les enfants les femmes mais aussi les non-binaires, comme une pelote dont les fils se déploieraient sans gravité, à seulement flotter dans les airs. J’ai tout autant conscience de ne pas les voir tous, ou de ne pas y accéder encore bien, de ne pas pouvoir toucher, mais plutôt regarder ce qui se déploie et ce qui reste immobile. Je pose mes pensées, souvent chaotiques, c’est ce qui me permet d’ordonner ensuite. La lecture sera peut-être moins agréable que l’exercice auquel je procède, je vais forcément re-dire, parfois, et ça vous saoulera et je ne suis même pas désolée.
Petit à petit, Alouette prend sa place, s’affirme. Là où lorsqu’elle est arrivée elle disait « j’aime tout » sans distinction aucune, sans possibilité d’affiner et que les repas s’avalaient sans vague et sans doute parfois sans plaisir mais toujours dans le silence, nous apprenons maintenant, et ça me met en joie, que certaines choses passent moins bien. Le pamplemousse, la sauce dans les pâtes, le kiwi. Elle aime effectivement un peu tout, mais arrive désormais à refuser, adapter, s’écouter. C’est rassurant, qu’elle ose.
1
J’ai posé ma voix dans l’oreille d’une inconnue et j’en ai tremblé, la peur de mal dire, de ne pas savoir répondre, ne pas être en capacité de transmettre ce qui m’animait, m’anime depuis des années et qui se précise là, dans le creux de cette femme que je ne connais pas et ne veux surtout pas blesser. Ce que M. a détruit il y a quatre ans et que le temps (et cet homme que j’aime et moi) a réparé, elle en bénéficie avec beaucoup plus de puissance, de bienveillance, d’amour, parce qu’elle est elle-même bienveillance, puissance et amour – comment le dire autrement. J’ai tremblé de mal dire, je l’ai fait pleurer de. Je ne sais pas exactement, encore. De. Mais elle était heureuse. Nous avons basculé à trois . sans avoir basculé à trois non plus, c’est confus pour toi mais en réalité c’est très clair. Je ne peux qu’écrire la beauté de la rencontre, d’une voix à l’autre, et du chemin qui se crée entre.
Étonnant (ou non) comme là aussi, cette non-projection dans l’avenir a un rôle primordial, comme elle simplifie ce qui n’a pas besoin d’être autre chose que de la beauté et de la douceur.
Si l’homme que j’aime était une chanson, je serais impudique et il ne serait pas un homme.
2
Je me lève de nouveau. Les genoux acceptent de tenir, la cheville-pied-orteil (joyeuse combinaison) crie encore un peu, les cervicales souffrent sans m’anéantir, les mains… les mains. sont douloureuses-gérables, même si je ne tiens pas encore un crayon. La vie avance à son pas. Je ne l’ai pas précisé, mais le mois dernier j’ai tenté un Taï chi assez doux, c’est de cette façon que je me suis flinguée. J’imagine. Je crois ? Ou une coïncidence, mais je ne pense pas, ça n’existe pas. Il y a ce qui est possible, et ce qui ne l’est pas – je ne m’avoue pas vaincue.
Je ne peux rien contre le fait que je ne peux pas bouger sans tuer une vertèbre, un genou ou toute la colonne, c’est la même chose lorsque je danse, ça se paye quelque part à court ou long terme. Cette fois, c’est long. Et ça a déclenché une crise. D’où le centre antidouleur – si je m’y tiens. Mais ça serait bien oui, que je m’y rende.
4
Je me réinstalle à ce bureau qui me manque, comme on prend une bouffée d’oxygène. La verdure est mêlée de jaune mais s’en sort encore, la regarder est apaisant. Ce n’est qu’un passage, un essai, la douleur se réinstalle déjà bien qu’elle soit abrutie de cortisone. Mais un essai, quinze minutes, qui apaise les neurones – un goût sucré sur la langue. J’invente un présent où je peux tout, avant de retourner m’allonger. Est-ce que je saurai encore être créative, plus tard, sur un autre présent ? Ne rien projeter. C’est plus facile, la crise du SED semble suivre la baisse de douleur des cervicales. Le corps ne hurle plus démesurément, merci à lui pour ce cadeau. Sans doute, parce que j’écoute. C’est peut-être cela, les crises, la douleur que je tiens à distance et qui finit par hurler pour que je l’entende. Et dans ce cas, qu’est-ce que la douleur ? Pourquoi s’exprime-t-elle ainsi, la souffrance ? Quelle mémoire d’un futur, quel souvenir passé, par quoi cherche-t-elle à dire, pourquoi ce canal, qu’est-ce que j’ai fait taire, « l’instant contre la durée » dit Jean Lescure, l’instant . contre . la durée. C’est ce que j’ai troqué, toute ces années.
Je découvre avec une lenteur qui me dépasse puisque je l’avais déjà fait par le passé, que je peux inventer ce qui sera sous mes pieds, je peux me définir selon celle que je suis c’est-à-dire différente à chaque instant qui passe ; je revisite le concept d’avenir – il n’est qu’illusion – mais également de passé, comme si plus rien n’avait cette importance que je lui donnais. Une fois qu’on a compris ça, qu’on a lâché ce principe insoutenable qu’il faut réussir ce qui n’existe pas encore, on peut se réinventer sans regard, on peut « être ». Et j’y vois un lien avec l’écriture, le temps n’y existe pas, jamais. Le seul endroit où je suis pleinement est là, dans les mots qui m’inventent, me créent, j’écris à perte pour bien des sujets mais j’écris et j’existe dans l’instant. Peut-être que si j’écris ma bonne santé, j’en ferai un passé présent et même un demain qui n’existera pas mais qui pourtant sera vrai. C’est toute la beauté de ces lignes qui bougent. Ne plus angoisser paniquer être terrifiée par . ce qu’il adviendra de moi avec les années . la place que prend la douleur . celle que j’arriverai à repousser. C’est aléatoire, sans visibilité, seulement de l’angoisse anticipée. Écarter cette angoisse et prendre l’instant.
LeChat m’a dit : « Ça doit faire 15 fois que je lis ce livre qui parle exactement de ça, je ne fais toujours que le frôler et toi tu l’intègres juste comme ça, sans même essayer ». Je ne suis pas certaine d’avoir intégré quoi que ce soit, seulement d’être sur un processus apaisant, forcée d’agir par la violence de la crise. Il m’a passé son livre, il m’aidera certainement à plus de clarté. Mais je le lirai plus tard, j’ai encore besoin de temps avec moi-même avant de lire ce que d’autres en pensent, en ont compris, souhaitent transmettre. D’abord, moi. Pour une fois.
Des techniciens devaient passer pour réparer la fibre, personne n’est venu.
Petite marche à 22 heures, cinq minutes.
5
Nous débutons la matinée (8h30) à 30°. Vers 15h30 il fait 42°, comment sortir ?
Petite marche à 23 heures, cinq minutes.
6
6h30 : 28°
15h30 : 42,1°
Les mains m’échappent un peu mais sont là, elles ressuscitent tel un oiseau au bord de l’envol ; je tente un dessin, des traits rapides, deux minutes d’un crayon entre les doigts qui glisse sur le papier sans grâce, il arrache à la chair la forme d’un passereau, les traits sont lâches, rien de précis. Pourquoi est-ce que je fais ça, pourquoi je dessine, quelle raison avons-nous d’agir d’une manière et non d’une autre, qu’est-ce qui nous motive ? Qu’est-ce qui me motive.

Angoisse très légère, qui intervient dans un ras-le-bol d’inactivité.
Retour de la crise de douleur dans les mains, la crise habituelle d’avant l’art-quelque-chose, le SED. Je sens comme la tension monte, comme je n’en peux plus, l’envie de hurler frapper me prend et je marche dans la maison, je tourne en rond pour tenter d’évacuer la rage soudaine qui me balaye. Le problème d’être ancrée dans le présent devient l’impossibilité de refouler la douleur et faire comme si elle n’existait pas, elle est là, avec toute l’injustice liée. Qu’est-ce que je gagne à m’ancrer, dites-moi ce que je gagne à m’ancrer.
Vers 19h15 arrive le technicien pour la fibre. Je suis persuadée qu’il se déplace pour rien puisque les fils ont été coupés à ras et qu’il est seul pour gérer les tableaux éloignés. On lui demande, si jamais c’est possible pour lui, de voir s’il peut vérifier que tout le monde du chemin soit branché, ceci par souci que cette histoire folle prenne fin. Il répond qu’il ne promet pas mais va essayer, si c’est dans ses cordes. Et il part, sous la fournaise malgré l’heure (38°), ouvrir la plaque dans le sol, ses outils posés à côté de lui.
Notre maison est relativement bien insonorisée.
Nous n’avons rien entendu.
Le temps a passé (30 minutes ?), et lorsqu’il est revenu il nous a raconté, fébrile, qu’il s’était fait agresser par un voisin pendant 15 minutes. Parce qu’il avait été branché sur notre fibre il a dû le retirer ; le gars est sorti comme un boulet de canon de chez lui, donnant des coups de pied dans les outils, insultes et rage. Il nous l’a décrit, il a dit « torse nu des cheveux gris des yeux bleus » et comment te dire comme ce n’était pas précis, ça, on n’a que des cheveux gris ici, en dehors du voisin-qui-veut-arracher-nos-arbres (ce qui l’éliminait de fait, il les teint). Et dans la maison d’en face, c’est un vieux monsieur bien trop flegmatique pour de telles incivilités.
Nous avions de nouveau internet, par contre – incroyable. À ce propos, il explique que bon. Les fils coupés à ras ne sont pas le notre, et que nous aurions donc pu être raccordés la semaine précédente – un mauvais film, toute cette histoire est un mauvais film avec un casting surprenant de médiocrité.
Toujours fébrile, je lui ai offert un grand verre d’eau qu’il a bu en entier, il ne le sait pas mais c’est ma réponse à toutes les émotions, l’eau, réhydrater le corps après un choc. Il a dit « mais le pire c’est que je pouvais le raccorder moi mais maintenant je refuse, je m’en fou je ne veux pas l’aider » – je comprends, je suis triste mais je comprends. Moralité, ne soyez pas agressif, vous créez vos propres problèmes.
LeChat l’a accompagné lorsqu’il a dû retourner dehors, le jeune était encore bien tendu, il n’arrêtait pas de dire « mais j’ai des cisailles, moi, c’est dangereux, ça peut aller très loin ». LeChat est resté longtemps absent, vraiment longtemps. J’ai commencé à me poser des questions, à me demander ce qu’il se passait et puis j’ai entendu les chiens aboyer comme des fous et j’ai vraiment senti mon sang se retirer de mon corps, j’ai sauté du lit attrapé mes chaussures foncé dehors et LeChat criait sur les chiens pour dominer les deux terreurs et leur faire faire demi-tour. Mon arrivée les a fait partir un peu plus loin, j’ai crié aussi et ça m’a tellement, tellement défoulée.
Et puis il m’a raconté. LeChat avait été voir le voisin-des-arbres, pour parler de la fibre et proposer de se solidariser et se plaindre à la mairie le lendemain (sur une idée du technicien). Il l’a trouvé bourré, mais très calme – dans les vapes. Rendez-vous fut pris.
Comme il a fini par identifier l’agresseur, il est allé au portail, a sonné, le mec a lâché ses chien-terreurs et l’a accueilli avec peut-être un certain degré d’alcool aussi et beaucoup de rage en tout cas, avant de se calmer sous la proposition de plainte à la mairie. Rendez-vous fut donc pris là aussi.
Si je résume, LeChat va se rendre à la mairie demain, avec les deux personnes les plus agressives du chemin.
Joie.
Les chiens ont été laissés libres de circuler, et LeChat s’est donc fait malmener par eux jusque chez nous, tout en leur criant dessus, etc. Je comprends mieux en tout cas, l’agressivité des chiens lorsqu’on voit le maître.
Le soir je suis tellement à cran, j’ai besoin de bouger et nous partons marcher une heure. Mon corps tient merveilleusement, c’est incompréhensible et formidable. C’est un choc pour moi, lors d’une halte photo de LeChat, de m’apercevoir que mon corps fonctionne de nouveau, que le bras gauche, qui hier encore ne se déplaçait pas latéralement, bloqué, totalement bloqué, est soudainement capable de se poser sur la hanche. Je fais une tentative en douceur et oui, je peux le passer dans le dos, j’ai retrouvé toute ma mobilité, je n’y comprends rien. Une dinguerie.
Je mets un moment à faire le lien avec l’ostéopathe vue le 27 juin… Une fois le nerf calmé, son travail est peut-être visible et a, contre toute attente, réussi ? Même si elle n’y croyait pas, pourtant. Même si 10 jours ont passé. Je fais quoi de l’IRM dont je n’ai toujours pas pris le rendez-vous parce qu’il faut se déplacer pour ça ; il n’y aura rien à voir ?
Maintenant je me demande, comment est-ce que je sécurise mes vertèbres.
La chaise de mon bureau ne convient pas, elle force la souffrance, réinstalle le problème – elle est neuve.
7 – 43,2°
L’électricité est soudainement coupée, empêchant les ordinateurs de certaines filles de fonctionner (batterie non opérationnelle), laissant des adoes, déjà épprouvées par un internet vacillant, sur le carreau. Je leur propose de faire de l’argile et Kira et Alouette se lance, l’une dans la peinture d’une précédente figurine, l’autre dans un petit esprit d’un jeu vidéo – fierté de mon idée.
La coupure aura eu le temps de créer une petite tension : la clim et la VMC, mine de rien, fonctionnent dessus. Deux heures passent avant que le problème n’existe plus, mais c’est un bon exercice de lâcher-prise.
La secrétaire a pris note du dépôt de plainte par un post-it. Ne sachant absolument pas quoi en faire.
Ajoutant « le maire ne vient qu’une fois par semaine. Le lundi ».
Nous sommes mardi.
LeChat, qui travaille très tôt, a constaté la désormais habituelle absence d’internet à 5 h du matin. De nouveau. On pense à un sabotage d’un voisin, possiblement alcoolisé, et sans vouloir accuser qui que ce soit (mais bien sûr les pensées se dirigent vers celui des arbres parce que c’est son domaine, mais aussi vers celui des chiens parce qu’il est haineux, je m’en veux d’y songer) ; nous doutons simplement qu’un prestataire soit venu travailler en pleine nuit. Cette histoire devient aliénante, mais surtout décourageante. Est-ce que notre karma est si lamentable pour avoir droit à de tels voisins ?
Le soir, nous remettons en place la lourde plaque d’égout mal remise par certainement le dit voisin. Histoire que personne ne se blesse. En plus.
Douleur très violente dans les mains, mélange d’arth-quelque-chose et de crise SED. Je me fais broyer.
Pas de de crayon de dessin de papier de forme d’oiseau ni rien absolument rien – le vide des journées.
J’ai remplacé les livres par un jeu vidéo
Douleur dans les cervicales. Je suis souple, mais fragile, j’imagine. J’ai peur – de revenir à la douleur. Le décentrement se tient dans cet interstice, là où la vie plie, là où elle s’acharne. Envisager de se décentrer. Envisager de renoncer. Envisager la dissociation. Lutter pour rester dans le présent. Écouter.
LeChat me demande soudain, « et les gants compressifs ? ».
– je n’y ai pas pensé je n’y ai pas pensé je n’y ai pas pensé je n’y ai pas pensé je n’y ai pas pensé je n’y ai pas pensé
Mais à quel moment de ma vie j’aurais dû apprendre à prendre soin de moi ? Pourquoi je ne sais pas les gestes pour m’aider à contenir la douleur ? Aucune envie de fouiller, je sais je sais je sais. C’est là que tout commence toujours, dans la menace d’une mort. L’enfance, ce naufrage.
Prendre soin de moi, un apprentissage à temps-plein ; l’ancrage le permet un peu.
8 – 44,9°

Reccord pour l’instant, de cette année et toutes les précédentes (43,1° en 2025).
Impossible de sortir marcher, même à la nuit il fait encore 38° (descendra à 28° au petit (lendemain) matin).
Habiter dans le sud on le sait, c’est le contrat, il fera chaud.
Mais. là.
La météo me dit « 41° » comme si elle n’assumait pas, ne voulait pas faire peur ; pourtant j’ai vérifié auprès de mes beaux-parents qui ont une autre marque d’appareil, plus sophistiqué, ainsi qu’une autre sonde plus archaïque (si je puis dire) au fil de cuivre il me semble : 45° sur les trois.
Nous avons contacté Bouygues (pour la… je crois 7ᵉ fois. Ou 8). La dame, installée sur un tout autre continent, toujours, a mieux compris et géré que toutes les autres personnes réunies depuis bientôt deux mois. On attend qu’Orange fasse les travaux, ça va prendre environ un mois. En attendant, elle nous a donné 200 Go de 4G sur chacun de nos appareils, et rechargé la box 4G. Et nous avons pris la décision (sous les remerciements de la dame (« c’est rare que les gens comprennent ») d’arrêter de faire déplacer un prestataire qui va nous remettre internet pour 5 heures en débranchant quelqu’un d’autre qui va enrager. Nous serions dans notre droit de le faire, la ligne nous appartient (nous ne sommes pas les « parasites » du système merdique actuel), mais il faut bien que cette escalade ridicule s’arrête ou nous allons nous diriger droit sur un drame, vu les voisins. Va pour la connexion lamentable, mais présente – c’est mieux que rien – et personne ne mourra (je ne suis jamais dans le drama).
Je dessine vaguement une colonne vertébrale, une femme l’escalade – dessin à reprendre.
9 – 43,5°
Bouygues veut clôturer notre problème comme si tout était réglé, nous obligeant à prendre un rv pour réparer ce qui ne peut pas l’être. Essayez d’être intelligent, la société vous rappelera d’être stupide.
Dans la matinée, le voisin-des-arbres envoie un SMS (il y a eu échange de numéro lors de la réunion mairie) pour nour tenir très gentiment informé : Cegetel/Orange s’est déplacé très tôt, semble avoir tout refait à neuf avec des plots supplémentaires, en avance d’un mois sur les prévisions. Nous n’avons tout de même, toujours pas internet, finalement le rendez-vous lundi a du sens. En verrait-on le bout ?
Je note que le dialogue est bel et bien restauré entre eux et nous, ça me soulage.
La colonne vertébrale est douloureuse, elle toute seule et même au toucher, j’écoute sans comprendre ce qu’il se passe dans mon corps. Malgré ça, j’ai repris ma place au bureau, avec mon ancienne chaise, celle dont les roues s’échappent, ne roule pas, est inconfortable, perd des morceaux de tissu – la totale. Avec un coussin dans le dos, j’arrive à tenir quelques heures, à marcher entre, me rasseoir, avec la sensation d’un grand pas franchi. Dans ma tête, je danse.
Je reprends pied dans le lien à l’autre. Je n’avais pas saisi que me tenir loin de moi, de la douleur, cela impliquait me tenir loin des autres ; s’imposer de se taire est aussi taire l’autre, l’empêcher d’exister, il est un mirage comme la douleur effacée, comme le trauma repoussé. Se dissocier, c’est invisibiliser toute existence, pas seulement la sienne. Peut-être, sans doute, parce que la pensée passe par le corps.
S’ancrer, se voir, est aussi faire réapparaitre les vies autour, leur donner un contour, une réalité.
Un peu comme . ouvrir les yeux.
– j’aurais été une bien meilleure amie pour toutes les personnes que j’ai lachées par le passé si ; simple constatation.
10
La douleur m’a déchiré les doigts ; j’ai pensé immédiatement à enfiler le gant – fierté.
Nuit intégralement blanche, même pas de pensées parasites pour me tenir éveillée seulement le sommeil qui se refuse (la cortisone ?). À 5h30 il fait 21° c’est un émerveillement de fraîcheur, à 6h35 je pars marcher avec un petit gilet (!) qui sera insuportable à 7h30, je lance des mots dans un vocal très décousu et je laisse les hésitations les silences les pagailles définir ce qu’il sera, avec la sensation que ça devait être ainsi, bordelique et donc telle que moi, ces temps. J’apprends à ne pas réécouter ce que j’ai dit, à lâcher-prise totalement, certaine que la moitié de la moitié des trois-quarts de ce que j’ai dit était peut-être pertinent, n’était pas ce que je voulais dire, ou pas comme ça. Je m’en fiche – ce progrès.
Dans les mots écoutés (hier), dans les mots prononcés (aujourd’hui), un courant de vie extrêmement puissant.
Je voudrais voir le soleil se lever tous les matins.
Je voudrais parler tous les matins dans les rayons du soleil.
Je voudrais respirer tous les matins marcher sur des rayons et envoyer des mots dans tous les ciels.
Vivante.

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