Je me lance sur les critiques de mes lectures de février (et au passage ne serait plus en retard) avec l’idée que j’ai besoin de faire une pause sur le journal des jours, et puis non, ça ne se passe jamais comme ça évidemment puisque février, c’est le mois de sa mort : tout m’y ramène. Ainsi est la vie, elle te bouscule toujours là où tu ne veux pas regarder.
Février, donc. Ne vous attendez pas à de grandes critiques type recension, j’ai pris de vagues notes après mes lectures et je les ai globalement oubliées depuis.
J’ai eu le temps de lire un livre avant que tout le reste tombe, puis d’en lire un qui m’a accompagnée dans l’après de son AVC, avant que lire devienne quelque chose de très difficile. À la fin du mois j’ai un peu été en difficulté mais je me suis poussée à retourner à la lecture et de manière très involontaire, ils ont tourné autour de la mort d’une manière ou d’une autre. Le premier dans lequel je me suis lancée, Les griffes et les crocs, m’a été donné à lire par un challenge sur le forum Livraddict et les premières pages sont littéralement l’agonie d’un dragon. La vie te bouscule etc.
L’incipit :
Bon Agornin se tortilla sur son lit de mort en battant des ailes comme pour s’envoler vers sa nouvelle vie. Les médecins étaient partis, résignés, et même ses filles avaient cessé de lui répéter qu’il irait bientôt mieux. Dans sa grande caverne pleine de courants d’air, il posa la tête sur son maigre tas d’or, tenta de rester immobile, inspira avec difficulté. Il lui restait peu de temps à vivre ; peu de temps pour laisser sa marque sur ce qui allait se passer ensuite. Une heure, peut-être moins. Bientôt, la souffrance physique prendrait fin ; mais tant de regrets le taraudaient encore…
Il gémit et remua un peu. Pour connaître une renaissance heureuse, il devait quitter le monde l’esprit tranquille et le cœur pur, lui avait enseigné l’Église. Considérer avec bienveillance tous les événements de sa vie lui permettrait d’atteindre une certaine forme de sérénité. Une tâche ardue, pour laquelle les ailes et le feu ne lui seraient plus d’aucun secours.
« Ça ne va pas, Père ? » s’inquiéta Penn, son fils. Il s’approcha du vieux dragon enfin immobile, et du bout d’une serre, toucha l’épaule du mourant.
Il y a tout de même une différence de taille, chez ces dragons, ils mangent leurs morts (pour récupérer leur puissance).
Ça m’a fait imaginer si nous faisions la même chose : l’horreur, on prendrait sûrement la connerie des gens… (pensées joyeuses, vous disais-je).
En fin d’article, vous trouverez les auteurs par tags (plus facile de retrouver ainsi les autres livres lus).
Février, 5 livres lus : 1 roman, 1 fantasy, 2 documents, 1 manga. Et 2 abandonnés.
Je vais commencer par celui de fantasy, du coup.
Précisions sur ma notation
. 0.5 ⭐n’aurait pas dû être écrit
. 1 ⭐pas beaucoup mieux, mais il y a pire visiblement
. 1,5 ⭐pas terrible
. 2 ⭐Je n’ai pas aimé mais certaines choses sont à sauver
. 2,5 ⭐ impossible de trancher entre ça m’a plus et j’ai détesté, vide intersidéral
. 3 ⭐ pas mal, sans plus
. 3,5 ⭐bien, quelques réserves
. 4⭐ j’ai adoré
. 4,5 ⭐ presque parfait
. 5 ⭐ perle rare

Fantasy

Les Griffes et les Crocs – Jo Walton
Ce livre avait un bon point de départ, des dragons. S’il y a des dragons dans une histoire, vous me trouvez dans les environs, c’est comme ça. Pourquoi pas les imaginer à l’ère victorienne. Dans une société comme la nôtre, bon. Dans des maisons – pas facile. Avec des vêtements –là, comment te dire.
Mais tellement comme la nôtre, la société de dragons, le monde est banal, sexiste, semblable aux humains dans sa noirceur, sa méchanceté, mais aussi ses habitations (essaye d’imaginer un immense dragon dans ton appartement, pour voir), le train (là je n’en pouvais plus), la religion, tout. Les femelles en prennent plein la tête parce que femelles, aussi (le même monde, vraiment). Et si peu décrit qu’il est difficile de faire cohabiter l’image d’un dragon et ce monde, ce qui fait qu’au final pour que ça rentre dans les cases, l’esprit pense à des humains.
Là où je pensais avoir affaire à une critique de la société, la fin m’a prouvée que non, pas du tout. Les personnages secondaires sont abandonnés dans un coin, et la fin précipitée ne tient pas compte des principaux (on ne saura pas ce qu’ils en pensent) : l’argent et le pouvoir règlent tous les problèmes, donc leur avis n’est sans doute pas important (et le féminisme est mort).
Est-ce que ce livre m’a agacée ? Totalement. Et c’est dommage, il y a de bonnes choses dedans qui auraient pu sauver le tout, mais ne suffisent pas. D’ailleurs, je les ai oubliées… Après il est possible que cet ouvrage soit plus destiné à un jeune public, mais j’ai envie de dire que dans ce cas c’est pire, vu sa conclusion.
Après recherche, j’avais déjà lu un livre de cette autrice, Morwenna. Je ne retrouve pas de critique associée mais je lui avais mis 3 étoiles, je n’ai pas été transcendée visiblement. Je crois qu’il me faudra à l’avenir ne pas la lire.
Fiction, roman
Migrations – Charlotte McConaghy
Je pense l’avoir apprécié surtout parce qu’étant moi-même en plein deuil à venir, il a résonné tel un écho douloureux tout au long de l’histoire. Celle-ci est sombre et sans espoir (malgré une fin qui tente un sursaut), et abracadabrante de temps à autre : ça m’a sorti de l’histoire. C’est un ouvrage endeuillé et désespéré, sans stabilité aucune (ni dans l’histoire ni dans la narration), qui convenait parfaitement à mon humeur. Empli de culpabilité, aussi.
L’écriture est poétique, intense, elle m’a malmenée. Et prophétique je le crains ; si nous continuons sur ce chemin stupide de destruction de la faune et de la flore, le naufrage va être inévitable.
La photo de l’article provient d’une autre couverture de ce livre.

Les abandonnés

Je pleure encore la beauté du monde – Charlotte McConaghy
La même autrice, la même écriture, la même ambiance. La même couleur, si vous préfèrez : impression de lire une suite ou un préquel de Migrations, de retrouver exactement la même femme, avec le même type de problèmes douloureux et violents. C’était déroutant et surtout, j’en ai été incapable. Ça aurait été replonger dans l’avant mort de ma grand-mère ; au-dessus de mes forces. Je n’étais pas prête non plus pour la sœur jumelle abimée. Ni pour la violence larvée que j’ai sentie poindre.
L’abandon ici, est une question de couleur.
Un jour, peut-être.
Ou pas.
(mais le titre est splendide)
La Douce empoisonneuse – Arto Paasilinna
Je n’ai tellement pas aimé. J’ai trouvé le style ennuyeux, l’histoire pas crédible, les personnages horribles. Même la vieille dame m’a agacée. L’auteur m’a perdue avec le chien tué pour le plaisir (j’ai failli m’arrêter là), puis le cochon tué… pour le plaisir (cette fois j’ai dit stop).
Livre abandonné assez tôt, donc. C’est dommage, le principe était pas mal mais entre l’ennui ressenti et les tueries orchestrées, j’ai lâché. Je soupçonne l’auteur de ne pas être pour moi (ou pas pour moi quand je viens de voir mourir une personne et de l’enterrer).

Documents

Sous l’écorce – Agnès Ledig
Je ne suis pas super fan de ces livres, comme je le disais à Roz je trouve qu’ils ne sont pas suffisamment aboutis, que ce soit côté style, histoire ou personnages (malgré un point de départ souvent intéressant).
La collection « Secrets d’écriture » m’intéresse, mais pour l’instant je n’ai pas eu de grandes révélations non plus. Celui-ci est pourtant touchant, intime et bien écrit. J’aime beaucoup lire sur la manière d’écrire des auteurs et autrices, et ici j’ai apprécié les anecdotes, les souvenirs. Les conseils donnés sont rigoureusement les mêmes que partout, mais c’est dit à sa manière : agréable et généreux d’éléments autobiographiques.
Morts avant la retraite – Grégoire Biseau
Thème important particulièrement à notre époque, la lecture n’est pas joyeuse et nous renvoie à bien des questionnements sur le principe du travail et l’acharnement à aller trop loin de nos politiques (et politiciens). Le bémol est dans la narration pas toujours très égale (pour ne pas dire brouillonne pour quelques histoires) : le style change régulièrement puisqu’il y a un auteur différent pour chaque histoire et c’est perturbant car très inégal dans la qualité narrative. Dommage, sans être dramatique.

Manga

Les Carnets de l’apothicaire, tome 14 – Natsu Hyuuga
Toujours aussi prenant bien que peut-être un peu maladroit, ce tome-ci a le mérite de sortir totalement du cadre de la cour intérieure ce qui est bien agréable (je suis frustrée, je n’ai pas encore la suite) tout en étant déroutant (mais où est-ce qu’on va avec une histoire pareille). Cela m’a donné aussi très envie de lire sa version plus adulte (les enquêtes à la cour) pour voir comment c’est traité.
Je soupçonne que mes ratés littéraires de ce mois sont au diapason de l’humeur que j’avais pour les lire. C’est presque étonnant que j’aie réussi à apprécier quoi que ce soit, je suppose. Mais ça m’a fait du bien de m’y replonger, c’était le plus important.
Livres en cours
. Le danger de ne pas être folle (Rosa Montero)
. Billy Summers (Stephen King)
. Le livre des vies : Mémoires écarlates (Margaret Atwood) (je vais le terminer, un jour… il est bien en plus)
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