Voici mes lectures de décembre : je suis encore et toujours en retard, finalement ^^
En décembre, j’ai essentiellement lu des bandes dessinées ainsi que des mangas (je sais, ça veut dire bande dessinée). Dont un en provenance de scans, ce qui m’a valu d’en lire bien plus que nécessaire et de devoir comprendre la découpe réelle en termes de livres ensuite. Si j’apprécie vraiment beaucoup de lire de cette manière, c’est aussi un accès à un puits sans fond d’ouvrages dispensables, hélas.
Précisions sur ma notation Babelio
. 0.5 ⭐n’aurait pas dû être écrit
. 1 ⭐pas beaucoup mieux, mais il y a pire visiblement
. 1,5 ⭐pas terrible
. 2 ⭐Je n’ai pas aimé mais certaines choses sont à sauver
. 2,5 ⭐ impossible de trancher entre ça m’a plus et j’ai détesté, vide intersidéral
. 3 ⭐ pas mal, sans plus
. 3,5 ⭐bien, quelques réserves
. 4⭐ j’ai adoré
. 4,5 ⭐ presque parfait
. 5 ⭐ perle rare
Décembre, 14 ouvrages lus : 5 mangas, 5 bandes dessinées, 4 non-fictions
Je change un peu la manière dont je pose habituellement les critiques : j’ai séparé les styles littéraires, ça permettra aux personnes non intéressées par un type ou un autre, de filer directement à ce qui leur parle.

Les mangas
Welcome to the ballroom, tome 4 et 5 – Tomo Takeuchi
Lorsque j’y pense et qu’ils sont à disposition à la médiathèque, je continue cette lecture parce que LA DANSE. Ces tracés des dessins sont incroyables de mouvements. Il reste un fond problématique de grossophobie ou de genre jamais remis en question, moins ancré que dans les premiers tomes ceci dit.


Under the Oak Tree, tome 1 à 3 – Suji Kim
De la magie, un handicap, une esthétique agréable et le tout, lu en scan. Ca aurait pu me plaire mais c’est une catastrophe. La magie est peu présente, le handicap (bégaiement) est certes mis en avant mais ne pose pas de problème majeur, et l’histoire d’amour est lourde : un mariage arrangé et un mec fou amoureux de désir pour sa femme hyper passive à qui il explique que là, il ne peut pas se « retenir » (plusieurs fois). Le cadre toxique s’agrandit avec un autre personnage masculin (mage) qui la manipule régulièrement et la rabaisse l’air de rien. On ajoute enfin des personnages secondaires dont on voit à peine le visage et un cadre scénaristique sans relief voire pénible, et on pose son livre définitivement.
Les bandes dessinées


La horde du contrevent, tome 1 à 4 – Alain Damasio
Je suis celle qui n’a toujours pas lu les romans de Damasio (comme ça, je l’ai dit) (promis je vais le faire, c’est prévu. Depuis des années, certes). LeChat qui lui l’a fait et est de surcroit un (très) grand fan, a beaucoup apprécié cette BD malgré les transgressions par rapport au roman et finalement sa libre adaptation. Alain Damasio a ses mots en préface : « on ne juge pas la valeur d’une adaptation à sa fidélité au support original ; on la juge à la qualité de sa trahison ». Tout est dit.
De mon côté, j’ai beaucoup aimé. Si le graphisme ne m’a pas toujours parlé (très brut, un peu « au couteau »), j’ai été impressionnée par la capacité du dessinateur à représenter les vents, leur violence, les forces en présence. Le pari est réussi et l’enjeu était de taille. Mais j’ai regretté les sauts dans le temps qui ne préviennent pas, certaines scènes mal expliquées, les personnages très froids, détachés. Ces derniers sont très bien présentés, les personnalités sont parfaitement visibles, pourtant il est difficile de s’impliquer émotionnellement. Mais le graphisme, j’y reviens tant il est impressionnant, déploie de grandes pages réalistes et époustouflantes : c’est lui qui tient complètement le projet.
Reste que maintenant, j’ai vraiment envie de lire le roman.
Minuit passé – Gaëlle Geniller
La recommandation me vient de Blanche, et cet ouvrage m’a transportée autant par la beauté et la délicatesse de son graphisme, que par la douceur du sujet traité (l’enfance, l’âge adulte, et comment on se perd entre les deux). On y entre par le dessin plus que par les dialogues (assez peu nombreux), quelque chose entre l’art nouveau, le baroque et les années 1900. C’est doux. Il mérite toute notre attention, à chaque bulle.
Guerlain, en proie à des insomnies, parcourt le manoir la nuit, essayant de percer son mystère et ses pertes de mémoire. D’étranges oiseaux l’accompagnent. Minuit passé est une sorte de conte entre rêve et réalité, magnifique.
(bannière de l’article, évidemment)

Les non-fictions

La passe-miroir : En coulisses – Christelle Dabos
J’en attendais quelque chose sans pouvoir le définir, mais ce n’est pas venu. Je ne suis pas certaine de comprendre son intérêt : il a été donné à la sortie du tome 4, à quelques privilégiés. Les dessins sont très réussis, mais 50 pages pour présenter des personnages qu’on connait déjà et une carte des lieux (qu’on connait aussi), donnent une sensation de vide total. Quitte à le créer, il aurait fallu y aller à fond.
Un beau livre sympathique sans plus, bien trop court.
Traduire Hitler – Olivier Mannoni
L’auteur explique son travail de traducteur, devenu très particulier en s’attaquant aux ouvrages du nazisme. Il explique comment la langue a été manipulée afin de renverser les cerveaux et c’est passionnant. Il aurait pu appeler ce livre « Traduire le nazisme » d’ailleurs, puisqu’il parle également de Goebbels, Himmler et d’autres.
Dans le dernier chapitre, il met le tout en parallèle avec les discours actuels et ça fait mal. Une lecture puissante, importante, qui donne envie de lire « Historiser le mal » mais à 100€, ça va être franchement difficile…

Nous sommes donc face à une thèse d’origine nazie. Tous ceux qui ont lu et étudié Mein Kampf le savent. J’avais d’abord considéré que sa résurgence était marginale, qu’elle ne concernait qu’une infime poignée d’intellectuels aigris et de militants fanatiques. Je me trompais. L’expression « grand remplacement », l’idée qu’un peuple venu de l’étranger allait « envahir » notre pays, allait pratiquement s’imposer comme un lieu commun en quelques mois de campagne électorale.

D’abord, ils ont effacé notre nom – Habiburahman
Un témoignage nécessaire mais glaçant d’un Rohingya, une minorité musulmane de Birmanie, sur le génocide de cette population. Si je n’ai pas toujours accroché au style lui-même (étrangement parfois un peu naïf), je peux dire que j’ai remercié plus d’une fois l’auteur d’avoir mis une telle distance à l’écrit (qu’il a sans doute en lui) entre les horreurs vécues et ses émotions. Ce livre n’aurait pas été lisible sinon. La barbarie humaine décrite est contrebalancée parfois par des actes magnifiques de soutien de personnes sur son chemin. Un livre noir, mais paradoxalement empli d’espoir, aussi.
On évite de parler des expériences personnelles avilissantes que les militaires nous font vivre. Leur simple souvenir est une torture. Raconter, c’est revivre l’humiliation et aggraver la fragilité de notre communauté. Raconter, c’est ajouter des témoins et des passeurs d’histoire à notre servitude. A quoi bon ? Qui se soucie de changer nos destins ?
Correspondance avec Léon Ostrov, 1955-1966 – Alejandra Pizarnik
Alejandra Pizarnik est une poétesse argentine, morte à 36 ans. Peut-être suicidée, peut-être pas (maladie), l’histoire n’est pas claire, elle a vécu quelques années à Paris et a correspondu avec son psychanalyste et ami Léon Ostrov. Dans l’ouvrage, nous avons occasionnellement ses réponses à lui, mais ce sont essentiellement ses courriers à elle que nous lisons.
D’une grande lucidité sur son état psychologique comme sur sa vie, elle parle de son quotidien, de sa rencontre avec Simone de Beauvoir ou encore Marguerite Duras. Elle témoigne de l’absurdité du travail comme de sa solitude. Surtout, elle fait trembler la noirceur et les terreurs qui nagent en fond parce qu’il est beaucoup trop facile de comprendre ce qui la traverse et qui la met à terre.

( (…) j’ai décroché cet emploi). Ce qui se passe c’est que je trouve dérisoire et surprenant de donner sept heures de ma journée, de les donner comme ça, sachant que la mort existe, et que beaucoup de choses merveilleuses existent, et plein de choses terribles, et travailler comme ça, comme s’il ne se passait rien, comme si on ne venait pas au monde pour un temps limité.
Cher León Ostrov,
Inutile d’expliquer mes silences. Au fond de moi sommeille toujours une attente première d’un changement magique. (Une nuit tous les miroirs finiront par se briser, effaceront celle que je fus et lorsque je me réveillerai je serai l’héritière de mon cadavre. )
Livres commencés en décembre :
. Œuvres, tome 1, Alejandra Pizarnik
. Heartstopper, tome 2 en anglais
. Le livre des vies : Mémoires écarlates
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Elle est parfaite, cette phrase d’Alain Damasio sur les adaptations ! Le boyfriend est un fan de La horde du contrevent aussi, et j’ai lu avant lui son exemplaire des Furtifs, qui m’a happée pendant un long moment, assez incroyable. Ça pourrait te plaire aussi, je pense (l’enfant, les métamorphoses langagières-animales-végétales…).
Sinon : Minuit passé est ajouté à ma liste d’envies sur mon compte de la médiathèque.
(Un mois de décalage n’est pas du retard, c’est juste le temps de la distance critique, voyons. Chez moi, c’est souvent de l’ordre de six mois, deux ans, probablement jamais.)
Je ne sais pas pourquoi je résiste comme ça, je suis sûre que ça me plairait. Je me demande si ce n’est pas juste de la dépréciation de ma part, l’idée tenace que je n’ai pas l’intellect pour le lire, quelque chose comme ça (aucune idée d’où ça me vient). Je vais creuser.
Minuit passé, si poétique <3 tu me diras ?
Le temps de la distance critique ! Je retiens, j’adore 😀 (indépendamment des critiques de livres, j’ai plein d’articles qui sont passés en « probablement jamais »)
« Ce qui se passe c’est que je trouve dérisoire et surprenant de donner sept heures de ma journée, de les donner comme ça, sachant que la mort existe, et que beaucoup de choses merveilleuses existent, et plein de choses terribles, et travailler comme ça, comme s’il ne se passait rien, comme si on ne venait pas au monde pour un temps limité. »
Tellement juste. Ca résonne, je vais regarder ce livre.
Traduire Hitler a l’air passionnant également – même si je ne suis pas certaine d’être prête, là, maintenant. On verra…
En tous cas merci pour tes partages de lectures – pas tant en retard que ça – décembre c’était juste le mois dernier!
Tout n’offre pas de résonance, mais parfois une phrase accroche tellement…
Traduire Hitler l’est vraiment, passionnant. J’ai hésité à me l’offrir, je le ferai à un moment je pense. Pour l’avoir sur mon étagère.
Avec plaisir ! Et tu as totalement raison. Je suis restée au moment où j’ai eu 4 mois de retard il me semble (plus ?) et j’ai continué à trainer la sensation derrière moi alors que ça y est, j’ai rattrapé.
Merci pour ce partage 🙏🏻💕J’ai picoré des ptites idées✨Bises !