12
J’ai les cheveux bouclés par la douche et les joues rouges par la chaleur – ou d’autre chose. Il me dira plus tard, tu étais belle. Je ne comprends pas la beauté. Je veux dire, je la vois, la ressens, la perçois, la touche à l’extérieur de moi et la vis de mille manières extraordinaires qui me dépassent le plus souvent et cela fait peut-être de moi la personne la plus extatique au monde tant un rien peut me faire basculer. Mais sans jamais avoir la capacité de l’appréhender à l’intérieur. Que suis-je donc. Est-ce que je cherche la beauté dehors parce que dedans je ne la sais pas. Trop d’ombres ? Est-ce juste que je n’ai pas appris à me voir, ou n’y a-t-il rien à voir ? J’ai renoncé probablement à me voir à travers un tel prisme. Et puis qu’est-ce que j’en ferais ?
– indécision
Pourquoi… ces pensées me donnent envie de revoir The hours.
Je reçois un message de Cousine 2, ils travaillent, ils vont « essayer », l’enthousiasme n’est ni de son côté ni du mien. Je ne veux rien projeter et pourtant j’entends la corvée et un presque mépris, et justement cette fois ne rien projeter est le plus difficile, quand lire entre les lignes est une aptitude qui me définit et ne m’a jamais fait défaut.
Je me demande pourquoi c’est si important de conserver ce vague lien – au fond de moi, je m’en fous.
Qu’est-ce que l’on tente de conserver de l’existence si l’on n’apprécie pas des gens, si leur présence autour de soi est un poids aux bords trop coupants pour y laisser passer les doigts. Quel mécanisme est à l’affut pour qu’on le conserve malgré tout. Je vois bien comme les personnes subissent Noël, repartent fracassés (la dernière en date, la médiathécaire), la famille est trop souvent une lame qu’on accepte de tenir entre ses doigts.
Je devrais m’inspirer de mon cousin-frère, ne répondre à personne et vivre loin : il a découragé toute volonté familiale, sans être fâché avec personne (sinon se prendre des remarques acerbes une fois par an par le clan, lorsqu’il vient voir sa mère (tante-presque-gentille). Gérable ?Je préfère ma version porte fermée… mais je l’ai rouverte, l’erreur est là, en partie.
Ma manière de voir le monde s’est-elle autant déplacée, que je gère moins bien les obligations familiales ? Je ne m’autorise pas à être moi, chaque fois que je leur parle, mon moi s’effraie à leur dire merde. J’enfouis comme ils me pèsent pour tenter de vendre sereinement une maison dont je ne veux pas mais que j’aime, et qui n’en prend même pas le chemin. Parce que j’attends. Parce que Cousine 2 est dans les murs. Parce qu’elle ne trouve pas de quoi acheter. Cela me sert à quoi d’être propriétaire au tiers d’un passé aussi lourd.

Six jours de décalage officiel. Chouette cuisine avec moi la galette, dont Kira sera la reine quelques heures plus tard.
– la fève est un presque zèbre.
Sur un malentendu.
13
Je me fige soudain, je ne l’avais pas vu. Je m’entends le penser alors je pars à la chasse des mots que j’ai écrits et c’est là, noir sur blanc : c’est arrivé juste après. La première hernie cervicale s’est déclenchée à la suite de la mort de ma mère ; ça ne peut pas être une coïncidence. La soigner n’a rien changé, une autre est survenue, déplacée, décalée, à côté. En écho. Je tiens quelque chose de solide avec la sensation que cela va m’échapper aussi vite, mais aussi qu’une part de la colère est peut-être juste derrière la douleur. Qu’elle s’aggrave depuis l’anniversaire de sa mort, que je peine de plus en plus dans mes mouvements depuis, est presque trop intéressant, trop facile, pour que je puisse l’ignorer. Je l’avais sous les yeux mais j’en ai conscience, tout ce qui touche à sa mort m’échappe. Je détourne le regard parce que regarder dedans c’est mourir autant de fois.
[tw santé mentale].
Je regrette d’avoir brûlé ce qu’elle a écrit, tout son déséquilibre aliénant s’étalait dans des carnets ou des feuilles volantes, toutes mes preuves parties en fumée parce que je ne supportais plus leur présence dans ma maison. Mais qui va me croire désormais, lorsque je parlerai de ces dissociations insupportables où à l’écrit elle m’appelait Sophie et se nommait Hélène, parlait d’elle en disant « elle » oubliant le je, incapable de l’utiliser, écrits où elle mentait et me mettait en morceaux ? Qui va me croire. Je n’ai pas photographié l’appartement, je n’ai pas montré comme j’étais collée partout, là encore en morceaux. Qu’est-ce qui pèse le plus lourd finalement, ce qu’elle a été, ce qu’elle m’a fait, ce qu’elle a dit, mon absence pour me sauver qui a mené à sa mort (dont je pense ma non-responsabilité), le passé dont j’ai hérité ou la folie qui me poursuit parfois ? Est-ce elle ou ma famille qui se déclare saine d’esprit et ne l’est pas spécialement, qui me pèsent le plus ? Je ne sais pas le poids sur mes épaules. Je ne sais pas si ça ne serait pas ce qui meurt et pèse, la hernie. Comment dépose-t-on le poids insupportable du cadavre de sa mère dissociée ? Est-elle ma culpabilité d’enfant trop sage.
Je réalise aussi, le très possible TDI de ma mère (multiplicité des identités ou Trouble Dissociatif de l’Identité). Et dans ce cas, elles étaient au moins trois : D., Hélène et « elle ». Est-il possible que personne ne l’ait jamais remarqué ? Je ne me souviens que de cette phrase, banale, « j’aurais aimé m’appeler Hélène » qui ne m’est revenue qu’à la lecture de son carnet (et encore, c’est lointain). Quelqu’un l’aurait forcément vu, non ? Et est-ce que cela peut conduire une personnalité à appeler son enfant autrement, voire « l’enfant » ? Je ne m’y connais pas.
Ça expliquerait ceci dit, les différences d’écriture ou des consignes puis leurs contraires. Ainsi que cette sensation d’irréalité que j’ai souvent eu dans mes conversations avec elle, comme elle effaçait ce que je lui disais, ou la paranoïa étrange, décalée (comme le soir où elle m’a demandé très en colère, ce que j’avais bien pu dire au chat pour qu’elle la griffe). Toujours, j’étais responsable et parfois c’était juste dingue pour moi parce qu’enfin, personne n’a aucun pouvoir sur les chats.
Il ne reste que des ombres, désormais.
Est-ce que cela revient me peser, est-ce qu’il y a autre chose.
Autres questions. Comment ai-je réussi à me construire une identité.
Suis-je suffisamment stable.
Reste le soulagement d’avoir enfin écrit « TDI ».
Je trace des ombres ou les ombres tracent mes contours, je me demande quand cela finira, quand tout cessera.
De quel côté creuser, je ne sais pas. J’avais pourtant dit que j’arrêtais… je ne peux pas. La douleur.
Je tourne autour de la hernie comme un chat après une souris –l’un des deux est trop rapide.
14
Un message me parvient d’une autre planète qui ne demande même pas de mes nouvelles ni si je vais bien, seulement pourquoi je suis « lointaine depuis plus d’un an ». Il relance une épouvantable angoisse que je pensais avoir distancée. Pourquoi est-ce que je ne gère plus les RS – les ai-je jamais vraiment gérés. Je repousse, le temps de retrouver comment respirer. Lointaine moi ? Seulement incapable de parler. Burn out autistique, masques impossibles à remettre.
Masques. Impossibles. À remettre. On sait ce qu’on perd, jamais ce qu’on retrouvera.
15 – en équilibre

cutter, carte de visite, rondelle plastique, dessin, divers papiers imprimés, filet d’ail
16
Je rêve. J’ai oublié ce qui était avant, il y avait Kalys et Eli avec moi, c’est vague. À un moment, je suis en cours et Eli est à ma droite. Le prof parle, Eli note une phrase, elle me dit « tu pourras recopier ». J’essaye d’écrire, mais je n’ai pas de stylo, puis celui que je trouve n’écrit pas. Je réalise que je n’ai pas de papier en réalité, je fouille dans mon sac et je trouve des carnets sans pages, d’autres avec des morceaux minuscules, je continue d’extirper des bouts de papier sur lesquels il est impossible d’écrire, cela devient presque frénétique, sortir des bouts de papier sur lesquels je ne peux rien poser.
Je crois que je ne peux pas écrire.
Quelque chose est bloqué, ne sait pas se dire.
Je réponds enfin au message sur le RS – l’humour de la situation ne m’échappe pas. Angoisse à mes côtés.
Je danse
– et je fais attention aux mouvements
– et ce n’est sans doute pas un hasard
sur Territory de The Blaze, et presque, j’ai l’impression de me réapproprier l’espace.
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. Mylène Farmer : Matoo m’a fait découvrir un podcast consacré à l’artiste. Pour l’instant je n’ai écouté que Nevermore, il m’a fait revivre le concert et donné envie de le (re)visionner (j’y succomberai peut-être). Pour autant, lors de l’écoute, j’ai ressenti un bémol sur lequel pour l’instant, je ne mets pas le doigt.
En plus de ce qui est signalé sur le site (Spotify etc), Podcast Addict le propose également.
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