Mes lectures de novembre : le mois de l’obsession infernale (est-ce qu’il y a un mot pour ça, une obsession semblant impossible à assouvir et qui se nourrit d’elle-même comme un feu brûlant, et qui retombe lentement à la fin du processus, ayant finalement satisfait le côté dévorant de l’affaire, voilà, un cycle dévorant-apaisant, il faudrait un mot) : les scans de manga, c’est la vie. Je suis tombée dans Seule la mort attend la vilaine sans comprendre au début ce qui m’attirait : impossible de lâcher l’histoire – obsession donc. Ce qui nous a d’ailleurs permis de tester puis confirmer que nous voulions la série chez nous (enfin, Kira). Nous l’avons achetée à notre librairie BD pour son Noël. Je déteste prendre à l’aveugle et être déçue, nous n’avons pas les moyens pour ça, donc oui, pouvoir lire avant est formidable.
C’est aussi un mois où je me suis réveillée à la lecture, où j’ai pu reprendre le chemin des mots des autres. Dans l’ensemble j’ai eu de très bonx choix, avec seulement trois déceptions. Ce fut un bon mois.
Précisions sur ma notation Babelio
. 0.5 ⭐n’aurait pas dû être écrit
. 1 ⭐pas beaucoup mieux, mais il y a pire visiblement
. 1,5 ⭐pas terrible
. 2 ⭐Je n’ai pas aimé mais certaines choses sont à sauver
. 2,5 ⭐ impossible de trancher entre ça m’a plus et j’ai détesté, vide intersidéral
. 3 ⭐ pas mal, sans plus
. 3,5 ⭐bien, quelques réserves
. 4⭐ j’ai adoré
. 4,5 ⭐ presque parfait
. 5 ⭐ perle rare
Novembre, 15 livres lus et 1 abandonné : 9 mangas, 1 essai, 1 loisir créatif/développement personnel, 1 inclassable

Le livre abandonné :

La rage des dragons, tome 1
Dès qu’il y a des dragons, je me précipite tête baissée (j’exagère à peine). Mais là, ils étaient inexistants (dommage, vu le titre) : ils sont convoqués, ils renversent la bataille, ils repartent (pas merveilleux). Et des batailles, il n’y a que ça. Beaucoup. Trop. C’est indigeste et interminable. Les personnages ne sont pas attachants, l’écriture ne m’a pas touchée. Et je suis restée hermétique au thème de la vengeance : rien pour m’aider.
Les avis sont assez partagés sur ce livre, mais certaines personnes l’ont adoré.
Pour ma part, lu à moitié (et c’était trop).
Seule la mort attend la vilaine

Nous avons acheté le tome 1 à l’aveugle. Le dessin est très beau et le manga, qui n’en est pas un mais un mangwa (coréen) est, à l’opposé des mangas, tout en couleur. Cela rend l’objet assez lourd en main, mais surtout très beau. Il y a un travail sur les couleurs absolument remarquable, l’esthétique est superbe.
Le premier tome m’a intéressée par son mécanisme très particulier : une jeune femme joue à un jeu vidéo et meurt près de cent fois dans une version hard du jeu, sans parvenir à survivre. Elle s’endort et se fait happer par le jeu, il devient son monde réel (elle n’est pas en train de rêver, elle est vraiment un personnage du jeu) : elle incarne « la vilaine », qu’on pourrait traduire par « la méchante qu’on veut voir mourir » et sa seule chance de s’en sortir afin de revenir à sa vie, est d’arriver à survivre puis d’être aimée. Pour cela, elle doit séduire un des personnages masculins : s’il lui déclare son amour, elle gagne (elle part de zéro, et même de -10 avec l’un d’eux).
Honnêtement, le pourcentage monte à peine de quelques points que les protagonistes donnent l’impression de changer d’avis sur elle, c’est un peu rapide. Et surtout, on est sur une bête histoire d’amour, j’aurais dû rebrousser chemin.
Mais.
J’ai découvert les scans, et je n’ai plus réussi à les lâcher. Doucement, l’histoire (banale) bascule. La jeune femme fait souvent des choix qui n’auraient pas été les miens, mais ceci mis à part, on sort de cette histoire d’amour pour entrer dans une véritable narration, solide, réfléchie. Comme dirait Kira, il y a un lore. Impossible de m’arrêter de lire, j’étais moi aussi happée dans le jeu.
Je n’en dirai pas plus, mais c’est une très bonne série (avec une baisse d’intérêt dans le tome 2, pour moi, vite oubliée).

Heaven Official’s Blessing, tome 1 – Mo Xiang Tong Xiu
D’une esthétique bouleversante, ce manhwa (en couleur, donc) n’a pas su vraiment poser son projet. Je me suis perdue dans l’histoire, parfois dans les dialogues (qui parle ?), c’est très maladroit : il n’est pas possible de croire à ce qu’on lit. Il manque également une profondeur et un lore mieux expliqué des personnages. En l’état, difficile de comprendre sans revenir sur ses pas, on avance trop vite dans ce monde inconnu. Il y a pourtant un potentiel intéressant. Il semble qu’il y ait un roman, c’est peut-être plus clair avec lui.
Mais les images sont sublimes. Rarement vu une telle esthétique, une telle recherche de la beauté dans le moindre détail. Je l’ai acheté pour le graphisme, et je n’ai aucun regret.
Thème légèrement horrifique, et bien sanglant.
– bannière de l’article tirée de la série
Le syndrome de l’autruche – George Marshall
Militant écologique, l’auteur constate l’échec collectif concernant le changement climatique. Il aborde les raisons, multiples, de notre inaction, les biais cognitifs et psychologiques, le langage scientifique inadapté ; il y a 42 chapitres/raisons. Je regrette que certains soient très courts, en 3 pages on ne peut pas faire le tour ni même bien comprendre les enjeux (je pense par exemple à la communauté avec Bill Gates et Schwarzenegger, si je ne savais pas déjà de quoi il parlait, je n’aurais rien compris à ce chapitre). Dans l’ensemble, les autres sont plus complets.
C’est très américano-centré, ce qui nous fait un peu rater la marche de ce côté de l’atlantique, mais passionnant et important. On est certes complètement foutu, mais j’apprécie au moins de comprendre pourquoi.

« (…) si nous évitons le sujet du changement climatique, c’est peut-être en raison de mécanismes plus profonds qui se sont développés pour nous aider à gérer notre peur de la mort. «
La journaliste et militante de gauche Naomi Klein défend depuis longtemps l’idée que les crises sont exploitées pour centraliser le pouvoir et déstabiliser la démocratie. Elle craint que « le changement climatique (ne soit) la crise la plus importante de toutes et qu’elle (ne soit) exploitée pour militariser nos sociétés, créer des continents forteresses

Voler comme un artiste – Austin Kleon
Je me demandais un peu qui était cet auteur, La Lune Mauve en parlant souvent. Et j’ai trouvé ce livre. Je le dirais axé sur le développement personnel option créativité. Il est vraiment court, je ne m’y attendais pas. Pas davantage à la grande écriture qui prend toute la place, genre immense. Il est très simple (un peu trop, j’aurais aimé qu’il développe), apaisant, va à l’essentiel pour booster l’imagination et la motivation.
J’en aurais eu besoin il y a 20 ans, juste avant d’abandonner le dessin. Ou pendant que je n’arrivais à rien. Là tout de suite, je met à profit déjà un peu tout ça. Petit plus à cette phrase sur les artistes qu’on vole et c’est ok : nous aprenons les uns des autres, en « refaisant comme ».
Un livre qui décomplexe totalement la créativité.
L’atelier noir – Annie Ernaux
C’est un journal tenu en parallèle de ses écrits, demandé par sa maison d’édition et dont elle n’a pas vu, elle, l’intérêt de le publier ; moi non plus. Certains passages m’ont parlé (parce que je connais ses livres), mais la plupart du temps c’est sans intérêt. On ne sait rien de comment elle écrit, c’est un simple recueil de notes, des indécisions souvent sans phrases complètes, des abréviations dans tous les sens. Un peu frustrant, même en ayant lu ses livres. Je crains que ma notation soit un peu trop haute et n’en mérite pas tant.


L’arbre-monde – Richard Powers
J’ai vraiment dû me forcer pour le lire (les arbres le méritaient, auraient dû être au centre). Même si parfois j’étais intéressée par une histoire, je n’ai pas du tout accroché au style d’écriture (froid, journalistique). C’est confus, brouillon, les personnages ne sont pas attachants, le lien aux arbres est souvent ténu (des générations qui ne savent même pas pourquoi ils font certaines choses comme photographier un arbre, mais quel ennui cette retranscription de ces photos). Et puis la fin, décevante. J’espérais que cela au moins sauverait l’ensemble mais non, pire, j’ai déjà quasi tout oublié.
Je me souviens avoir tenté de lire Sidérations, sans succès. Je crois que je n’aime pas son écriture du tout.
DJ Bambi – Audur Ava Ólafsdóttir
Le récit d’une femme trans, elle a 61 ans et attend une opération qui ne vient pas. Son unique soutien est son frère jumeau, et la perspective de se jeter dans la mer. L’ensemble est posé, triste, doux. Il y avait cette délicatesse poétique, cette beauté des phrases. Une tranche de vie, de l’intime, de l’humain. Un ouvrage parfois déroutant, comme avec l’écrivaine, je ne savais pas toujours où j’allais avec elle.
Une autre critique chez labibliothequeroz

Mon frère jumeau n’est pas forcément très loquace quand il me rend visite. En réalité, chaque midi lorsqu’il vient me voir, il se tait de manière différente. Il est assez malaisé pour les autres de deviner le sens de ce qu’il s’abstient de dire.
_ Ce qui rend l’histoire de ta vie particulièrement complexe, Logn, c’est que les événements qui n’ont pas eu lieu et les choses qui n’ont pas été dites ont autant d’importance, voire davantage, que ce qui est arrivé ou a été prononcé.
Quand les gens me définissent comme une personne qui a jadis été un homme ma seule réponse consiste à leur expliquer que j’ai toujours été une fille.
J’ai cru que la douleur finirait par s’apaiser comme le sable se dépose au fond d’une eau trouble, je ne savais pas que la tristesse colorerait toutes mes pensées, chaque jour, comme autant de fragments jalonnant mon existence, jusqu’à ce que j’atteigne l’âge de cinquante-cinq ans.

Nous – Christelle Dabos
L’idée était novatrice, intéressante (d’où les 2 étoiles) : un Instinct au service de la société, pas d’individus à proprement parler puisque tout le monde sert ce grand tout. Mais. Les personnages sont un peu pénibles, le style est assez froid, les « purins ! » (au lieu de putain) à répétition m’ont sorti chaque fois de ma lecture (et il y en a des tonnes), c’est assez pauvre en descriptions, l’ambiance est aseptisée, et les phrases courtes, je déteste.
La première partie est intéressante même si assez classique, avec son élue et une enquête, mais c’est dosé de telle manière que le livre aurait pu s’arrêter là. Une fois l’enquête résolue, on repart sur autre chose. Deuxième partie donc, et alors là, plus ennuyeux impossible. Les clichés s’enchainent, l’histoire traine et puis alors, la fin, une catastrophe, complètement précipitée : elle ne tient pas debout.
Déjà les zombies, non merci, je n’avais pas signé pour ça. Mais surtout, des personnages secondaires sont abandonnés sur un parking et j’ai même perdu une Identificatrice dans les sous-plafonds d’un bâtiment : pour ce que j’en sais elle y erre toujours. Fin brouillonne et précipitée, bien pratique avec des méchants qui meurent.
Je ne suis pas certaine d’aimer son écriture, son style. Pourtant la passe-liroir, c’était beau ?
On peut rajouter, mais là l’autrice n’est pas responsable, que la relecture/correction n’a pas été faite correctement (comme de plus en plus souvent) et a laissé passer tout un tas de verbes mal conjugués (futur/conditionnel), ce qui m’a fait sortir de ma lecture un bon nombre de fois.
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C’est passionnant de comprendre ces mécanismes qui nous ont sauvé un peu tout au long de l’humanité et qui ici, nous desservent totalement (même s’il n’y a pas que ça). Il gagne à être lu.
Ah c’est bien possible, j’en ai lu quelques autres un peu de ce même « non chemin », côté islandais (les noms m’échappent par contre).