J’ai oublié de poser des bougies à la fenêtre le 8 décembre, comme chaque année j’ai envie de dire. Je voulais pourtant, essentiellement parce que je le faisais enfant avec ma grand-mère, de vieux verres colorés entouraient les bougies plates et illuminaient la nuit, offrant une autre vie à leur maison. La tradition est très ancienne et vient de Lyon, en remerciement à la vierge Marie pour avoir arrêté la peste en 1653, le 8 septembre. Des aléas ont repoussé la date au 8 décembre, ce qui (soit dit en passant) est plus beau puisque la nuit d’hiver avale les bougies bien plus efficacement. Et j’aime la nuit et les bougies sur les fenêtres, il ne me manque que les verres colorés, mes tantes ont dû les jeter je m’en aperçois maintenant.
Et j’ai oublié parce que je peignais des moustaches.
Je n’ai pas fait les choses dans l’ordre, dans ce carnet. C’est venu dans le désordre et j’ai suivi les étapes de ma tête, et non la logique. Pour la suivre elle, il aurait fallu que j’ai une vision d’ensemble plus grande, ce qui incluait deux doubles-pages. Je ne pouvais pas savoir ce que j’allais faire demain, quand je ne savais pas ce que je faisais aujourd’hui. Le chaos est donc apparu, pour un résultat hasardeux : une fois arraché une partie de la page et posé le scotch, on ne peut pas peindre dessous (par exemple). J’ai donc triché avec un feutre noir d’un côté, gris de l’autre, par-dessus le scotch, ce qui a créé un effet étrange, une matière perplexe qui rappelle les troncs d’arbre.
J’ai peint un chat et cela faisait si longtemps que je n’avais pas tenu un pinceau. Peut-être un peu trop. Je suis allée le chercher sur Pinterest et je l’ai posé sur un papier qui n’en voulait pas, il a gondolé l’envers. Puis j’ai taché de gris ce qui était resté blanc sur une page terminée précédente parce que j’ai voulu protéger la page de l’eau : j’ai foncé la peinture au feutre à alcool, je suis une idiote d’avoir si peu anticipé – trop longtemps que j’ai arrêté l’aquarelle et les feutres. Qu’importe, je suppose. L’importance est ailleurs. Je ferai bien pire quelques jours plus tard lorsque la gouache noire tachera l’autre côté (en bas à droite, sous le doigt). J’avais pourtant bien prévu une feuille intercalaire pour éviter de peindre les précédentes pages, mais l’épaisse boue noire en a mis partout justement à cause de cette page de protection qui l’a joyeusement étalée par le dessous.
Le carnet a sa propre vie.




Matériel utilisé :
Papier, images de magazines, colle blanche, autocollants, boutons, pierres, stylos, fleur séchée, feuilles séchées, dessin, peinture, feutres, carreaux de mosaïque, scotch transparent, anneau, ruban, masking tape, pigment en poudre.
Je ne sais plus si je l’avais précisé : les prix des carnets étant ce qu’ils sont, j’ai trouvé un livre abîmé en boîte à livres et je l’ai autoproclamé carnet. Il vit peut-être sa meilleure vie, allez savoir.




Matériel utilisé :
aquarelle, autocollants, gesso, rondelle noire (bricolage), bouton, magazines, dessin, pierres, carreaux de mosaïque, masking tape, feutre à alcool, feutre, stylo blanc, gesso, colle blanche, livre déchiré (écriture arabe, anglaise, française), gouache noire involontaire, perforatrice
Les jours passent, je ne note rien et pourtant il se passe des choses, comme un canapé qu’on change puisque le perdant nous faisait mal (merci Emmaüs, même si la photo de l’abbé Pierre est toujours sur le site de la ville et que l’adresse n’est plus la bonne). J’ai mal aux mains autant qu’à la colonne vertébrale, et j’accepte. Je ne peux pas plonger dans l’argile, mais coller dessiner, oui, je force un peu pour. J’hiverne doucement, je ralentis, je ne vis plus le rythme ni des jours ni des heures, j’abandonne. Je suis devenue la lenteur même, je n’entends plus rien du monde, plus rien en moi. Est-ce cela ? L’absence de tout qui permet l’émergence ? Un soir je comprends une partie de l’angoisse féroce qui me laisse au sol, j’ai besoin de quelque chose pour renverser les blessures, saigner dans le sens inverse est vital dans l’instant – est-ce que le ciel peut absorber. Au matin je balaye tout le bureau, je fais place nette pour respirer créer, je range différemment pour laisser l’espace aux objets créatifs ; je n’ai besoin que de ça quitte à déchirer tous les papiers et LeChat me demande, tu as pensé à le faire en grand ? Et pour la première fois, j’envisage. Des tableaux. C’est encore vague comme idée mais je ne la repousse pas. Et j’ai compris qu’en me donnant cette permission, j’ouvrais la cage. Que j’étais enfermée dans mes petits formats dont je ne savais pas sortir, enfermée dans mes détails cachés, je restais petite, la fille qui ne peut pas s’exprimer. Qui doit se taire. Ne pas faire de vague. Je vais déborder.
Je ne sais toujours pas ce que je fais, mais je reprends tout à zéro, l’écriture la peinture les collages et je vais t’hurler tout ou rien. Sans doute, rien. Mais ça sera un rien vu en grand.
– il me faudrait un atelier.
on lâche rien à part le frein
– Solann Ft. Yoa – Thelma et Louise
Partages
. Poésie : Brisare de Caroline D.
On parlait d’aller voir ailleurs.
Un autre insoutenable.
Et d’y aller encore comme entre les oiseaux.
Et comme l’eau peut-être. On ferait avec le cassé.
Le grain entier ou pas.
(…)
Et moi je n’ai rien dit.
C’était faire avec le brisé.
Tout le cassé de nous.
. Musique : Not what we wanna be – Peter Gsteu
. Youtube : Et ça n’a rien à voir avec tout ça, mais j’ai bien ri alors je partage « Trahir son pays pour gagner un débat sur Internet »
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Faire d’un livre abandonné un carnet artistique, je trouve que c’est une idée géniale ! Tes collages sont magnifiques. J’ai un coup de cœur sur cette page transparente, avec la fleur séchée… Merci pour ce partage, Ambre.
Avec plaisir, merci à toi pour tes mots <3
Le livre était bien abîmé, j’ai pensé que je pouvais le détourner sans qu’il manque à quelqu’un. Dans ma tête seulement pour l’instant, je travaille à voir comment je vais consolider la couverture, elle ne tiendra pas dans le temps en l’état (donc reconstruire avant de la customiser).
Douce journée à toi
Je suis à peu près sûre que Marcel Aymé validerait l’idée de transformer les aventures de Delphine et Marinette en palimpseste ♥
Ce mot me fait toujours rire ^^ il a une pétillance malicieuse
Qu’ils sont beaux tes collages ! J’aime lumière qui s’en dégage. Se mettre dans une bulle créative c’est tellement bon…je me demande comment on peut vivre sans. Quand je me mets moins dans cette bulle (comme en ce moment🤪), je sens la jauge d’anxiété grimper direct. Jeudi soir je serai en congé🙏🏻🙏🏻🙏🏻, ça va créer dans la chaumière ! Bises
Merci beaucoup ❤️
Je ne sais pas ^^ Je ne sais même pas comment j’ai fait pour ne pas en faire davantage toutes ces années, j’étais enfermée. Je suis impressionnée d’ailleurs comme ça agit directement sur l’angoisse ou l’anxiété, c’est merveilleux.
Vivement demain alors 🙂
Des bises
Exactement pareil, depuis que je fais du collage (depuis 5 ans, débuté un peu par hasard durant le confinement), je n’ai jamais cessé, j’ai découvert un puissant anxiolytique et je me demande comment je faisais avant. Bises !
Justement, j’en viens à me demander si ça génère un travail en profondeur ou si cela ne fait que repousser l’angoisse. Je crois qu’un travail se fait en sous-marin, mais je ne saisis pas encore bien ce qu’il se passe.
Des bises 🙂
J’aime beaucoup cette idée de détourner un livre pour créer à l’intérieur. C’est comme lui donner une autre vie. J’avais essayé sur des pages mais jamais sur le support en entier. En tous cas, j’aime beaucoup le résultat, ce que tu testes, tentes.
Quand je laisse le créatif de côté, je me rends compte aussi combien les angoisses reprennent du terrain, souvent pour un rien d’ailleurs.
Continue dans cette découverte, j’ai l’impression que tu ouvres des portes et que ça libère des choses.
Un jour je me suis dit que coller des choses pour recouvrir des pages blanches, c’était peu pertinent (le papier coute cher).
C’est particulier tout de même… pourquoi est-ce que ça tient à distance comme ça ? Je ne sais plus si c’est souhaitable (le bien-être oui, mais la source de l’angoisse, comment s’y rendre ?). En attendant, je continue. Je me libère paradoxalement de choses, oui, même si je ne comprends pas comment/pourquoi.