C’est un mois où j’ai tenté de lire (l’envie revenait doucement) et où la douleur a eu raison de mes mains. Il faut tenir des ouvrages lourds, au mieux difficiles à conserver entre les doigts. Pire, il faut de la concentration. Un mois où j’ai peu dormi et où je me suis délitée, l’angoisse a souvent gagné. Étrangement tout cela est vrai aussi en novembre, à la différence que l’angoisse s’est calmée, alors peut-être qu’il ne s’agit que de cela, l’angoisse empêche le rassemblement de soi et donc des mots.
J’ai globalement tenté de petits livres. Le tout avec la ferme intention de lire tous les ouvrages, dans l’ordre de parution, d’Amélie Nothomb, et puis… je me suis arrêtée à deux. Je suppose que je vais le faire, mais dilué dans le temps. Je n’ai pas l’impression que je vais trop me régaler ou alors un livre sur deux, l’enthousiasme est retombé. Je préfère l’écouter. Dit celle qui a tant aimé Tant mieux et voudrait en lire d’autres, des comme lui.
Précisions sur ma notation Babelio
. 0.5 ⭐n’aurait pas dû être écrit
. 1 ⭐pas beaucoup mieux, mais il y a pire visiblement
. 1,5 ⭐pas terrible
. 2 ⭐c’est assez mauvais mais certaines choses sont à sauver
. 2,5 ⭐ impossible de trancher entre ça m’a plus et j’ai détesté, vide intersidéral
. 3 ⭐ pas mal, sans plus
. 3,5 ⭐bien, quelques réserves
. 4⭐ j’ai adoré
. 4,5 ⭐ presque parfait
. 5 ⭐ perle rare
Octobre, 4 livres lus


Un parfum de moka et de térébenthine – Christelle Saïani
J’ai commandé et attendu un mois ce livre, le temps qu’il soit imprimé (je l’ai fait parce que j’avais aimé Lumière pour lequel j’ai un attachement très personnel qui dépasse l’histoire ou le style).
Édité à compte d’auteur, celui-ci aurait mérité une réécriture entière : il est parfois mal écrit. Il m’a paru plus brouillon à certains moments et splendide à d’autres, très inégal. Le thème est beau, profond tout en se perdant dans des détails qui ne sont pas utiles (ou à l’inverse qu’il aurait fallu développer davantage). Et je dirais que cela tient au découpage dans le temps qui comprime l’histoire au lieu de la libérer, autant qu’au choix des mots. Avoir choisi des tranches de vies aussi fines et des sauts dans les années aussi grandes, sans liens, me l’a rendu hachuré et bancal. Le rapport au titre est assez flou, d’ailleurs.
Malgré tout je lui ai mis une note assez haute parce que le thème (l’homosexualité) est intéressant et que le livre n’est pas si catastrophique non plus. Juste inégal.
Il se trouve que je suis dans les remerciements à la fin de l’ouvrage, sans doute pour la petite correspondance que nous avons eue lors de la sortie de Lumière. Je suis triste de ne pas pouvoir réitérer l’exercice, l’écart pour moi, est trop grand entre les deux livres (je ne suis même pas certaine d’avoir été objective pour le premier).
Le Ghetto intérieur – Santiago H. Amigorena
L’auteur parle ici de son grand-père, juif polonais émigré en Argentine avant la Shoah et qui verra, de si loin, sa famille se faire décimer à Varsovie. Il est question ici d’identité, qu’est-ce qu’être juif lorsqu’on n’est pas pratiquant ? Mais aussi de transmission, de silence, de deuil impossible et de culpabilité. Et c’est glaçant. Éprouvant. Si bien écrit qu’on vit par empathie (ou par écho…) le traumatisme qui empêche de vivre comme avant.
Une lecture marquante. Elle appuie sur un traumatisme commun, pour que nous n’oubliions pas ce que nous n’avons pas connu.


Hygiène de l’assassin – Amélie Nothomb
Je l’ai apprécié au départ, détesté à la fin ; et ce qui a emporté la notation, c’est le dégoût.
Il partait pourtant bien, avec ces journalistes sûrs d’eux qui s’effondrent comme des châteaux de carte, l’un après l’autre, devant cet écrivain imbu de lui-même, égocentrique et imbuvable (un régal). J’ai aimé les sarcasmes, les joutes verbales, le ridicule/comique assumé, c’est bien géré, j’attendais la suite.
L’histoire qui émerge avec Nina, dernière journaliste, aurait pu être passionnante mais c’est là que j’ai commencé à me détacher. Les féminicides, très peu pour moi. Et la fin a fait émerger un profond dégoût qui l’a enterré définitivement : l’absurde s’est noyé dans le verre.
Le sabotage amoureux – Amélie Nothomb
1972-1975, trois années de la vie de l’autrice en Chine. Elle vit à l’ambassade parmis d’autres enfants de diplomates, et c’est la guerre dans la cour. Elle a sept ans dans cette histoire et le génie de ce livre réside-là : on y croit. Elle écrit à hauteur d’enfant le cheval (le vélo), son travail d’éclaireuse dans la guerre intense qui les occupe, l’enfance, l’imaginaire, les cruautés, les trahisons. L’amour. Elle questionne finement la non-réciprocité amoureuse, les sacrifices enfantins, les paradoxes politiques.
C’est drôle, un brin prétentieux, divertissant.

La guerre commença en 1972. C’est cette année-là que j’ai compris une vérité immense : sur terre, personne n’est indispensable, sauf l’ennemi. Sans ennemi, l’être humain est une pauvre chose. Sa vie est une épreuve, un accablement de néant et d’ennui. L’ennemi, c’est le Messie. Sa simple existence suffit à dynamiser l’être humain.
Grâce à l’ennemi, ce sinistre accident qu’est la vie devient une épopée. Ainsi, le Christ avait raison de dire : « Aimez vos ennemis. » Mais il en tirait des corollaires aberrants : il fallait se réconcilier avec son ennemi, tendre la joue gauche, etc. C’est malin! Si l’on se réconcilie avec son ennemi, il cesse d’être son ennemi. Et s’il n’y a plus d’ennemi, il faut s’en trouver un autre : tout est à recommencer. Comme quoi ça n’avance à rien. Donc, il faut aimer son ennemi et ne pas le lui dire. Il ne faut en aucun cas envisager une réconciliation. L’armistice est un luxe que l’être humain ne peut pas se permettre. La preuve, c’est que les périodes de paix aboutissent toujours à de nouvelles guerres. Tandis que les guerres se soldent généralement par des périodes de paix.
Me voici arrivée pratiquement au bout de mon retard dans les comptes-rendus ! Il me reste celui de novembre et l’Espagne (qui jamais ne sera écrite avant que l’année ne finisse, tant pis, j’aurai essayé).
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Je préfère vraiment Amélie Nothomb quand elle parle de ses expériences, plutôt que ses fictions. Je me note « Le ghetto intérieur », très très envie de le lire, le thème me passionne. Merci pour ce bilan de lecture✨
(mais tellement, moi aussi)
Avec plaisir 🙂
Merci d’avoir partagé ton bilan livresque. Je n’aime pas trop enchaîner les livres d’un auteur que j’apprécie, je veux prolonger le plaisir 😉
Justement, je ne suis pas certaine de l’apprécier ^^’