Sur quatre livres lus en ce mois de septembre, deux étaient formidables, deux étaient dispensables. D’un côté, je me dis qu’il faut de tout, que tout écrivain trouve son lecteur (et peut-être, parfois, un seul, est-ce que parfois il y en a un seul ? Même un, c’est merveilleux) et de l’autre je me demande l’intérêt d’être à ce point submergé d’ouvrages à chaque rentrée littéraire (que je m’obstine à ne pas lire de manière complètement involontaire) que personne, jamais, n’aura le temps d’ingurgiter. Certains sont si mal écrits ou si mal corrigés, ça fait mal de détruire des arbres pour eux. D’un autre côté, je comprends l’envie d’être édité, qu’on écrive mal ou bien n’entre pas en ligne de compte sur ce point de départ : le désir. Et je ne fais pas mieux, ici, avec mon blog, j’autoédite sur internet mon journal intime, à quelques phrases prêt. À la différence, peut-être, que je n’en attends rien, qu’il n’y a ici ni argent ni ambition pour entraver les mots. J’écris pour communiquer je crois (moi qui rate tellement dans ce domaine), c’est aussi ma thérapie, une manière de traduire le réel ; et probablement est-ce le cas aussi de tous ces ouvrages. Même ceux qui ne me touchent pas.
Précisions sur ma notation Babelio
. 0.5 ⭐n’aurait pas dû être écrit
. 1 ⭐pas beaucoup mieux, mais il y a pire visiblement
. 1,5 ⭐pas terrible
. 2 ⭐c’est assez mauvais mais certaines choses sont à sauver
. 2,5 ⭐ impossible de trancher entre ça m’a plus et j’ai détesté, vide intersidéral
. 3 ⭐ pas mal, sans plus
. 3,5 ⭐bien, quelques réserves
. 4⭐ j’ai adoré
. 4,5 ⭐ presque parfait
. 5 ⭐ perle rare
Septembre : 4 livres lus


La nuit des pères – Gaëlle Josse
Je l’ai choisi pour son thème, pour le rapport à ce père qui détruit sa fille et peut-être que j’attendais, non c’est certain, j’attendais de me trouver entre les lignes, de saisir peut-être ce qui m’échappe dans ma relation à ma mère. Et pourquoi pas, dans ce qui m’échappe dans la mort de S. Mais rien. J’ai lu un livre vide, complètement vide. Qui dit en substance « j’ai subi un traumatisme, je suis pardonnable pour la maltraitance » et je refuse cette injonction. Que cela aide à comprendre, oui. Mais pas davantage.
spoiler (clic)
Son père tue leur chien, animal adoré de sa fille, parce qu’il a été vu par elle en train de rire et jouer avec l’animal. C’est une blague ? On est loin du traumatisme premier, on est dans un acte de cruauté pur qui n’est explicable par rien, sauf à vouloir rajouter du drame dans l’ouvrage pour bien montrer comme l’enfance fut moche.
On ajoute à tout ça que, quelle que soit la personne qui parle, le phrasé est le même, on ne ressent pas de différences. Plus j’ai avancé plus c’est devenu brouillon, répétitif, froid, bancal. Peu crédible, surtout, ce père qui soudain se met à parler sur ses traumatismes de guerre.
Une lecture de trois monologues qui ne vont pas au bout de ce qui est entamé, au milieu de clichés et de déjà lu qui se dédouanent de toute responsabilité ; c’est très long. Même le titre ne parait pas approprié au texte, là aussi c’est bien bancal alors qu’on a essentiellement son point de vue à elle (le frère compte à peine).
Un livre dont je ne comprends pas l’engouement.
Tant mieux – Amélie Nothomb
Ce livre est un roman en début de l’ouvrage, et ne l’est plus à sa fin. Je me suis pris une claque et avec cette autrice, en ce qui me concerne, c’est rare. Si j’adore l’écouter parler (ses interviews sont délicieuses), je ne suis pas fan de ses livres, plus exactement en général je les déteste, du coup j’avais arrêté de la lire. Mais comme souvent, je lui ai redonné une chance et pour une fois j’en suis ravie. Ici j’ai été touchée en plein cœur, au point que ça m’a déclenché une envie très forte de lui écrire (ce que je n’ai pas fait, je sais qu’elle se blesse physiquement à force de répondre à ses fans). Elle est surprenante, cette autrice. Il est impossible de parler de ce texte sans en dévoiler ses fondements alors je vais m’abstenir. C’est comme toujours épuré, et pourtant il y a une force dans ce livre qui est indéniable. La souffrance de cette petite fille, sa force de résilience autant que de déni pour sauver sa peau, cette femme qui tue sa mère symboliquement, tout cela est assez effrayant.
Un livre qui va me marquer durablement.
Peut-être aurais-je dû tuer tous les violons que j’ai croisés.

Si on lie son bien-être à celui d’un autre, cela ne peut que péricliter. Comment pourrait-on s’accorder en profondeur avec les mystères du monde si l’on s’en remet à autrui, fût-ce la personne que l’on aime d’amour fou ?
Le paradoxe, découvrait-elle, c’est que si l’on veut vraiment aider quelqu’un, la meilleure méthode consiste à s’occuper de son jardin. À chercher à veiller sur celui de son voisin, on ruine celui-ci et le sien.

L‘attestation – Nicolas Mariot et Théo Boulakia
Cet essai sociologique a balayé le regard que j’avais sur le confinement en France. Si j’avais déjà saisi l’expérience d’obéissance de masse hallucinante et le délire des attestations, je n’avais pas pris la mesure de ce qu’il s’est passé, notamment parce que j’avais cru que plus ou moins, tous les pays autour de nous avaient eu un comportement similaire ou disons approchant. Il n’en est rien.
Les auteurs analysent les autres pays, les comportements de masse comme individuels, les pratiques répressives ou permissives, l’impact sur les contaminations ou non, l’activité des forces de l’ordre, la délation, les groupes sociaux impactés, les initiatives locales parfois hallucinantes (comme le maire de Sète qui souhaitait créer un blocus total de sa ville), les fraudes et bricolages, les surveillances par drones et caméras des villes, l’enfermement notamment des femmes. Ou comment il est arrivé, dans certains pays, qu’il y ait une autorisation de tuer les contrevenants.
Les sources de leurs statistiques sont diverses et très bien expliquées, des graphiques complètent le discours. Même si un parallèle est fait avec énormément de pays, c’est un ouvrage dirigé essentiellement sur ce qu’il s’est passé en France. Et les différents classements font froid dans le dos face à la conclusion à laquelle on arrive.
Cela m’a d’autant plus choquée que je n’ai pas vécu le confinement comme tout le monde, je n’ai jamais été contrôlée, j’ai pu me promener en forêt tous les jours quand et comme je le désirais, j’ai rencontré des sangliers, des marcassins et des chevreuils. Ma meilleure vie, sur ce plan précis (un enfer sinon, mais c’est une autre histoire).
Ce livre devrait être lu par tous. Il se contente d’énoncer des faits sans jamais juger ; nul besoin, ils parlent d’eux-mêmes. Le contexte politique actuel risque fort de nous amener un jour à revivre cette expérience, et cette fois il n’y aura pas de covid pour nous coincer.
Je crois que cet ouvrage a à peine fait parler de lui, et cela aussi, c’est un signe que quelque chose ne va tellement, tellement pas.
Édit : j’ai oublié de préciser : il faut aimer les chiffres, les tableaux et les graphiques, pour le lire (ou sauter ces passages).
Rien n’est venu empêcher la surveillance de s’étendre et les libertés de s’effondrer. C’est peut-être ici l’un des aspects les plus frappants du confinement : il a été l’occasion de vérifier, au sens très concret du terme, ‘l’expression « C’est reparti comme en 1914 ». Le Président a solennellement proclamé l’état de guerre. Son gouvernement a imposé, à la différence de la majorité de nos voisins, le port de l’attestation et son contrôle, sans que l’innovation, son principe et son utilité ne soient jamais discutés. Les autorités locales ont redoublé d’interdictions, notamment en fermant les lieux de plein air sans, là encore, que le bien-fondé ou la simple proportionnalité de ces mesures soient, même après coup, ne serait-ce qu’interrogés et évalués – pour ne pas parler de remise en cause. Mairies et médias se sont mis tout unanimement en ordre de marche, scrupuleux relais et scribes « sur le terrain » des décisions du « Conseil de défense ». Qu’une nouvelle union sacrée justifiant suspension des libertés et gouvernement secret et sans contrôle ait pu se répéter presque à I’identique un siècle après la Grande Guerre, voilà qui n’est pas le signe d’un grand mûrissement démocratique.
Là où nous avons existé – Lina Nordquist
Encore un livre qui échappe à ma compréhension. Il a plus à tant de personnes, c’est incroyable. Je n’ai vu aucune poésie, je n’ai trouvé aucun personnage attachant (au contraire), entre ces pages. L’histoire est longue, pénible, sombre, c’est un ramassis de dramas censé faire pleurer peut-être, je ne sais pas. Les révélations arrivent très tardivement et sincèrement, elles ne valent la lecture. Les thèmes étaient pourtant intéressants, mais je n’ai pas réussi à m’y plaire. Au final je peux dire que c’est le style de l’écriture qui m’a laissée dehors.

Il me faut vraiment admettre que je ne suis pas faite pour tous les livres que les gens adorent, la plupart du temps je suis à l’opposé de leurs joyeux ressentis. Ce qui est bien dommage, ça serait plus simple pour choisir quoi lire ^^ Je navigue entre ces ouvrages sans vraiment trouver ma place, c’est assez étrange pour moi. Qu’est-ce qui fait qu’on va aimer une œuvre ? C’est si subjectif. Parfois je me demande l’intérêt de donner son avis, d’écrire une critique. Jamais un livre ne résonnera en nous de la même manière que pour un.e autre lecteur ou lectrice ; je passe certainement à côté de vos trésors comme vous des miens. C’est un peu frustrant.
En attendant de trancher cette question, je vais continuer à en parler – et arrêter de lire plus ou moins ce que les gens adorent (pas totalement, tout de même).
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À ne regarder qu’après avoir lu Tant mieux. Vous gâcheriez votre lecture.
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La mort des mères, je passe : sujet hautement sensible qui me referme comme une huitre (on pourrait en parler toutes les deux, mais je refuse de lire quiconque ne soit pas toi ou un-e proche sur la question.)
Lina Nordquist : jamais entendu parler, mais ses titres… (j’avais enchaîné sur un « putain » et puis je me suis rappelé que j’étais bien trop vulgaire. Mais tu vois l’idée :D) Nan mais sans déconner, « Là où nous avons existé », « Celui qui a vu la forêt grandir »… Ça pue la vanité littéraire, désolée 😛
J’aimerais être convaincue par ce que tu dis de L’attestation, mais tu écris qu’il « se contente d’énoncer des faits sans jamais juger », or dans l’extrait que tu as mis, je lis : « mairies et médias se sont mis tout unanimement en ordre de marche, scrupuleux relais et scribes « sur le terrain » des décisions du « Conseil de défense » » Et c’est tout sauf neutre. Je t’épargne mon analyse stylistique ;D –> smiley à valeur d’autodérision. Mais je vais passer mon tour 🙂 (–> smiley de l’indécision : je ne sais pas comment finir cette phrase ^^)
On en parlera un jour si tu veux <3
Je comprends pourquoi tu dis ça ^^’ je crois que c’est le cas de beaucoup de titres de livres (ça doit devenir dur à force, de trouver un truc ?)
Je fais les critiques avec deux mois de retard, ce n’est plus très frais dans ma mémoire ^^’ Je me souviens surtout qu’il se sert des chiffres, des données qu’il a, pour conclure les problématiques soulevées. Et que le passage cité vient après des preuves apportées sur plusieurs pages. Ce n’est pas un jugement, juste un fait (le choix des mots à son importance, j’entends bien). Après je propose les livres juste 😀 (j’ai ajouté plus haut, qu’il faut tout de même apprécier les chiffres et les graphiques, ce que j’avais oublié d’écrire).
Moi, je ne sais jamais comment terminer un commentaire, on se rejoint 🙂
Ah dommage les deux qui m’intéressaient de prime abord, c’est-à-dire à cause des titres et des couvertures sont ceux que tu n’as pas aimé ! ^^
Maintenant je vais lire tes avis, histoire de voir pourquoi tu n’as pas aimé.
J’aime Amélie Nothomb, l’auteure, mais je n’aime pas tous ces livres, L’impossible retour que je viens de lire était assez vain, mais comme à chaque fois, je pense lire celui-là un de ces jours 😉
Pour rebondir sur ta question, je ne sais pas s’il y a un intérêt à écrire des avis mais j’aime le faire, que j’ai aimé ou non le livre d’ailleurs, et j’aime lire les avis des autres lecteurs donc à partir de là, s’il y a du plaisir, on peut se permettre de continuer à la faire. Si écrire des avis devient une corvée alors…
Tente tout de même ? Nous ne sommes pas égaux face aux livres ^^ (sans parler que parfois c’est une question de moment).
J’en ai lu assez peu d’elle jusqu’à présent, mais comme on me les a passés récemment j’ai commencé à les lire dans l’ordre. Enfin j’en ai lu deux, un que j’ai apprécié et un que non ^^ Cela résume assez bien comment je me situe avec elle, soit j’aime soit pas. Mitigé, en somme.
J’aime bien cette idée de se baser uniquement sur l’envie, le plaisir de le faire. Cela résout la question 🙂
Oui c’est sûr mais disons qu’ils n’entrent pas dans mes priorités du coup et que si je les croise, je penserais à toi 😉
Ah moi j’ai presque tout lu au contraire ! je l’ai découverte avec la sortie du film Stupeur et tremblements (quel choc ! tu l’as vu ?) et depuis je la suis avec intérêt, je l’ai rencontrée à un festival littéraire une fois, elle est hyper sympa !! du coup, je continue de la lire même si des fois, j’aime moins
Ah non je n’ai pas vu le film, je me le note !
Rien que de l’écouter dans ses interviews fait que j’aime cette femme, alors l’avoir rencontrée <3
J’ai tellement aimé ce dernier Amélie Nothomb ! J’ai adoré cette forme de conte cruel pour rendre hommage à sa mère, pour dire qu’elle l’aimait, qu’elle la comprend, qu’elle a fait comme elle a pu avec ce qu’elle se traînait. J’ai trouvé ça très très beau. Depuis ses dernières parutions elle se livre de façon fine et malicieuse, on découvre la chouette et simple personne qu’elle est, sincère et authentique. Je l’adore. Je la trouve très rock, en fait. Ma Patti Smith Européenne !🙈😂
Gaëlle Josse j’aime bien ses thèmes mais je n’accroche pas trop à son style, trop journalistique pour moi. Je reste sur ma faim à chaque fois. Bon faut dire qu’en littérature je recherche plus un style d’écriture et une profondeur de réflexion qu’une histoire (que j’oublie, le plus souvent).
C’est effrayant en effet ce qu’on a tous fait sans trop réfléchir, tenus par la peur, en 2020. Maintenir la pensée, la culture, toujours, pour maintenir la démocratie…car ce n’est jamais acquis définitivement..
J’espère que tu as fait de belles lectures durant ce mois de novembre. De mon côté c’est le cas ! Douce soirée✨
Mais tellement ! Je l’ai lu sans rien savoir du résumé ou d’autres critiques, j’ai été si scotchée de lire à la fin son témoignage. Impressionnante.
Voilà c’est ça, les thèmes de Gaëlle Josse oui mais le style non. Il faudra que je me souvienne de ne pas retenter de livre d’elle, ça serait perdre mon temps (mais qu’elle plaise à d’autres, c’est très bien) (j’ai failli écrire « tant mieux » juste pour le plaisir, mouaaah 😀 ).
Novembre a été riche en belles lectures de mon côté aussi ^^
Douce soirée à toi aussi !
Je crois que j’aime lire les critiques pour le portrait en creux de celui ou celle qui les écrit — que cela me donne envie d’ajouter l’ouvrage à ma PAL est au final un bonus.
J’aime beaucoup. Et c’est très juste, ça en dit long sur la personne (je ne l’avais jamais conscientisé)