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Trop de réveils parce que la douleur.
La journée, pour une fois semi-ensoleillée, est passée sans que je m’en aperçoive, avec une sensation de n’avoir rien fait absolument désagréable. Dans l’absolu je me suis rendue à la fripe, Maa m’a mise à cran en m’arrachant le téléphone des mains au moment où je trouvais la solution de son problème et ça m’a tout pris (pour ni pleurer ni m’énerver), j’ai appelé le foyer pour leur dire qu’il y avait un souci avec le téléphone mais que je n’avais pas pu le régler (et j’ai senti dans la voix qui me répondait, comme un agacement – il ne m’était pas forcément destiné, il était juste là, en creux), j’ai déniché un petit haut sympathique, j’ai fait un repas, j’ai infusé une tisane de gingembre en prévision de plusieurs tasses (donc plusieurs jours), je suis partie marcher avec ma belle-mère, je me suis assise 40 minutes, je suis repartie avec elle pour la recyclerie dans laquelle je n’ai rien trouvé (disons que ce que j’ai trouvé je ne l’ai pas acheté, ça sera plus juste, et qu’ensuite je l’ai regretté), j’ai terminé la quadruple page de mon carnet créatif, j’ai mis une couche de gesso sur une souris un peu trop grande, je me suis fait mal aux mains sur de l’argile, j’ai créé mon troisième fantôme, j’ai lu 16 articles de blogs, j’ai trié le fouillis de deux playlists musicales et absorbé un épisode d’une série qui s’améliore enfin à trois épisodes de la fin, j’ai trié quelques onglets et blogs, et j’ai découvert que ma mère avait versé 487,23 € sur mon compte via une assurance santé inconnue qui s’était perdue (j’ai bien fait de m’acheter cet abonnement à 6 magasines pour 20 €).
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Ne me demandez pas d’où me vient la sensation (bien réelle) de n’avoir rien fait.
Je suis épuisée.
(ah oui. Je suis pliée en deux de douleurs, aussi)





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Dessous : entre-temps j’ai viré le vert clair à droite
pour qu’il s’intègre au foncé

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Je suis écartelée entre un « à quoi bon changer de plateforme musicale, vu l’actualité » (dans le sens où ça me parait presque futile, je veux dire, c’est un problème de riche finalement, ce choix, pardon mais en Iran ils se font massacrer parce qu’ils veulent leur liberté) et un « quelle mesure suivante puis-je prendre » parce que c’est la merde et qu’on est en train de s’enfoncer dans une extrême-droite immonde qui s’apprête à faire exactement comme aux USA, c’est-à-dire tuer toute personne contre le pouvoir en place (cf Marion Maréchal). Cela fait pas loin de 10 ans que j’alerte dans mon entourage sur les dérives des manifestations en France, et je me souviens encore du regard de mépris de R. : je n’y connaissais rien. Je vais rassurer tout le monde, je n’y connais toujours rien, et j’ai peur autant de mon ignorance que de tout ce que j’apprends. Ce vers quoi nous nous dirigeons me terrifie.
Si vous trouvez où j’habite et que vous avez un jour besoin de sécurité, notre maison vous est ouverte.
En attendant, je réfléchis.
Je prends rv avec mon médecin, le premier possible est dans un mois et trois semaines. Il me faut un kiné (dont je ne veux pas) en urgence, un nouveau coussin à mémoire de forme (pour le fauteuil, mais je m’en sers toute la journée) parce que le mien a 10 ans et s’aplatit comme une carte de crédit (est-ce que j’aurais dû m’en occuper avant ? Complètement), du doliprane, un antihistaminique, de nouveaux gants de liseuse (mais là il va me falloir le courage de refaire les mesures) (ce sont des gants qui retiennent les articulations qui n’ont évidemment rien à voir avec Ophélie, mais laissez-moi rêver), il va falloir faire quelque chose pour mes jambes et les douleurs de la nuit (j’ai la sensation que ça va la dépasser totalement), et regarder du côté des otites qui se répètent, aussi.
Un mois, trois semaines.
Le retour du soleil est un baume sur la peau comme pour le cœur.
Alors l’étouffement, à la nuit, est paradoxal.
J’ai parfois l’envie furieuse d’écouter encore, encore et encore Hannah Gadsby mais je ne suis plus abonnée à Netflix.
Si vous l’êtes, il faut voir Nanette (ça ne sera pas doux).
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Expérience de marcheuse : les femmes disent en moyenne plus bonjour que les hommes, s’il y a un couple mixte les hommes laissent (6 fois sur 10) leur femme dire bonjour, les hommes en sortie vélo-club ne disent pas bonjour (alors que les solitaires le font 8 fois sur 10), les gens sortent beaucoup juste après des jours (et des jours) (et des jours) de pluie, et les oiseaux ont beaucoup de choses à dire sur la pluie les insectes le vent le soleil (et peut-être absolument rien sur les humains).
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C’est une journée à mille vies : j’appelle ma grand-mère et elle est là elle ne s’est pas égarée ailleurs (je lui dit « je viens bientôt et elle me demande « tu viens seule ou avec tes enfants » et sa joie rebondit jusqu’à moi parce que « avec »), je vais à la médiathèque et j’attrape « Le danger de ne pas être folle » (mais du coup je ne cours aucun danger), je ramasse deux morceaux de métal rouillés, je voudrais un polaroid pour coller mes heures dans mon carnet, j’attends toujours ma tasse de thé dans un fauteuil étranger, plus loin encore je suis en attente de savourer quelque chose, juste, quelque chose, je tourne les pages de livres en anglais mais sans les lire, je soupire sur un bouquin écrit sans aucune saveur et termine là une série, je mange une tarte au citron meringuée carrée, je ne range pas mon bureau (de toute façon la pagaille surgit dès que je tourne le dos et même en regardant bien en face), je retrouve mes anciennes peintures et je les range avec celles de mon grand-père, j’abandonne les actualités aux angoisses des autres, je prends un peu trop de CBD, je tente de créer un masque de la mort comme ceux du concert mais c’est hors de mes compétences.
Je continue d’avancer avec cette sensation de perdre mes journées – qu’est-ce que je ne fais pas.
Cet article est un fouillis sans nom.
Je laisse.
Et ces jours en vrac
. le pinceau roule, tombe, tache la chaise noire du bureau de blanc
. je pleure sur la mort irréelle d’un petit singe roux
. le soleil ne nous avait pas abandonnés, finalement
. est-ce qu’un jour j’ai réellement rangé ce bureau ?
. je frappe à la vitre un grand coup, l’énorme chat (magnifique) détale comme un lapin (il terrorise Corail) (j’ai de la peine à le faire)
. je fige mes doigts sur le plat à gâteaux, ils restent collés en fantôme
. l’odeur du chocolat dans le four
. le faisan dans la vigne inondée découvre les lieux comme si nous n’existions pas
. j’assomme la douleur dans le dos comme on huilerai les gonds d’une porte
. je visionne beaucoup de vidéos de reliure – et à la fin je fais sans doute n’importe quoi
. elle m’offre un chou romanesco de son jardin – mon préféré
. sur un pull tout propre sorti du placard, une tache bleue de peinture – la grenouille a sauté, il semble
. je me suis maquillée, je l’ai étalé à la première poussière venue
. l’équilibre impressionnant d’un oiseau sur une branche malmenée par le vent



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. Photographie : Prises2vues

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J’aime le vrac, l’acrylique dans l’eau (ça me fait le même effet chaque fois – le côté artistique me bouleverse), le chat.
Je m’inquiète sur le « Un mois, trois semaines ». Comment faire quand les délais sont si longs, la douleur si large?
L’acrylique dans l’eau est une dinguerie de poésie !
La douleur m’empêche de dormir, ça devient un problème (j’ai essayé plusieurs fois/jours d’appeler le cabinet, personne ne décroche). C’est de pire en pire, ces délais…
✨le vrac c’est bon ✨ plus d’un mois pour voir son doc, y a 15 ans on y aurait pas cru et puis si et c’est grrrr ✨ j’ai une mini-imprimante K_DAK depuis 2 ans j’aime bien ✨ les livres qui font la hype, suis déçue dans la majorité des cas ✨l’actu, aux autres, y a mieux à faire, t’as raison ✨ la créa la créa la créa ✨ et pi voilà…✨demain ciné ✨enfin si j’arrive à me lever très tôt un samedi pour prendre le train toussa ✨parce que les salles de ciné le matin à Paris, le paradis !
Côté médecin, ça ne va qu’empirer. Pas rassurant…
Ah il me faudrait ça, une mini imprimante ^^
La même, pour les livres 🙁
Non mais Paris hein, de toute façon 🙂
Voui pour Paris d’ailleurs j’y vais cet aprem, ciné encore, le nouveau film de Kelly Reichardt, j’adore le travail de cette réalisatrice indépendante américaine (« showing up » il y a 3 ans était une pépite). Puis vais passer chez Gibert pour un vieux bouquin québécois que j’espère trouver en occasion, une recommandation qu’on m’a faite hier, suis obsédée depuis🤪.
Pour les médecins y a des solutions mais le lobby des médecins s’y oppose : former des infirmièr(es) spécialisé(e)s.
En psychiatrie où je bosse il a fallu attendre qu’il n’y ait quasi plus de psychiatre pour mettre ça en place. (Enfin remettre, ça existait y a 20 ans mais la mémoire humaine, hein…). Des infirmiers ultra spécialisés formés récemment font des consult, ils sont extra et ça désencombre pas mal (et surtout soulage bien des patients et leurs familles…). Mais les généralistes veulent pas…faut pas toucher à leur royaume….et pendant ce temps-là la population n’accède plus aux soins c’est révoltant et encore plus révoltant que les gouvernements n’aient pas le courage d’imposer ça…bon désolée ce sujet me met en rogne😂Bises !
Tu m’apprends un truc, je ne savais pas qu’il existait cette option (que je trouve tellement pertinente). J’espère qu’ils finiront par se bouger, tous :/ la situation devient intenable, et ça ne fera qu’empirer.