Je perds décidément le fil des dates, le monde tourne bien trop vite à mon goût. Quelque part là-dedans j’ai souhaité deux anniversaires, et deux autres du passé se sont invités dans mes souvenirs – ils n’étaient pas les bienvenus. Ils m’ont suffisamment tendue pour que l’angoisse fasse une apparition, j’ai senti toutes les cordes tirer (ça a tenu sans que j’ai jamais la sensation que ça pouvait ne pas, c’est une victoire formidable). C’était un peu avant/pendant que la guerre américaine s’invitait au Venezuela dans l’indifférence quasi totale de la France et de l’Europe – on va se faire écraser par les USA avant le dérèglement climatique.
Je me remets de la fatigue de m’être occupée du poulailler (jusqu’au 5), je m’en aperçois lorsque cette routine du matin s’achève. Parfois j’ai l’impression que j’aurais besoin de ne surtout rien faire de mes journées (je me souviens lorsque j’ai dû m’allonger durant des semaines il y a deux ans, jamais de ma vie je n’avais eu le visage si reposé, ni un tel bien être intérieur). Je vais expliquer ça à la vie, aux enfants, à mes beaux-parents et au mari, je reviens.
Depuis quelques temps j’ai l’impression d’être un standard téléphonique à moi seule, ça ne m’aide pas.
Je n’ai pas dit ma colère pour les animaux morts, elle était passée. Il a entendu, en tout cas, le problème.
Les douleurs de la nuit s’installent, il semble, ça me terrifie. Je suis réveillée par elles tous les matins (parfois au milieu de la nuit) et c’est à se taper la tête contre un mur. J’espère que ce n’est que l’immobilisation de l’hiver, que le printemps et ma reprise de la marche tous les jours poussera ce nouveau symptôme hors de ma vie. J’ai bien essayé de marcher malgré des températures proches du zéro, ça n’a rien changé. Le froid n’a jamais été mon ami, il ne va pas commencer aujourd’hui.
Tout de même, d’où viennent-elles ?
Que disent-elles.

Je me suis inscrite sur un Discord de partage créatif, dernière tentative de me faire une place quelque part. De forcer la communication. Ils sont peu nombreux, j’ai toutes mes chances, je vais peut-être arriver à ne pas m’enfoncer dans le silence – je combats comme je peux. Le point négatif, c’est aussi qu’on est peu nombreux : sur 60, nous sommes 3 à parler/partager (les deux créatrices… et moi).
Et puis Corail. Le premier matin-nuit de l’année, elle a perdu son souffle, a cherché l’air. Encore. Ce problème vient et revient, on ne s’en débarrassera donc jamais ? Elle a eu trois épisodes de la sorte en deux jours, a été remise sous cortisone, respire correctement de nouveau. On ne peut pas, cette fois, incriminer le pollen ou la saison. Si j’arrive à tirer des fils pour moi, à chercher une origine et parfois la trouver, je n’ai pas la capacité de le faire pour elle – et ça me frustre profondément.


Conversation sur Friends :
LeChat : _ Tu as conscience que les répliques de Phoebe auraient pu être toutes prononcées par (prénom de son ex)
Moi (éclate de rire) : _ Oh mince tu as tellement raison !
(silence)
LeChat : _ Et un tiers par toi.
Moi : …
Mardi 6
Oubli de la galette. Mais je n’avais de toute façon plus accès à la cuisine, des planches étant posées contre la plaque, le four, la table…
LeChat bricole notre porte de chambre, coulissante. Désormais elle n’est plus maintenue (en bas) par le meuble des vêtements mais par un rail planté au sol qui l’aide à partir droit sans bouger ni claquer – elle est devenue silencieuse. Il a un courage sans nom, il scie, découpe, meule dehors, il fait 3° dans le vent et je me glace rien qu’à le regarder. Mais au bout, notre porte coulisse facilement, ne laisse plus passer la lumière nulle part, et la chatière a un tissu occultant – oui, nous avons une chatière intérieure, luxe suprême.
Mais.
Le bruit qu’il fait, la perceuse, la scie, le marteau, la scie, la perceuse, la scie, la perceuse, le marteau, la scie, la meuleuse, ouvrir et fermer la porte mille fois sur son passage, le froid qui se jette sur moi (je suis à côté de la porte d’entrée, quand ce n’est pas moi qui lui ouvre pour l’aider), le bruit le bruit le bruit. Et la musique qui d’habitude, m’aide, qui cette fois m’achève (mais le casque pour essayer de survivre).
Ce n’était qu’une porte, je vais mourir sur place quand il en sera aux placards.


Mercredi 7
À la friperie, je trouve une bague large (0,5 cm), étonnamment légère mais dorée (je déteste le doré). Je tente de la passer à un doigt et elle y reste, je l’efface de mes pensées et travaille avec. Elle ne me blesse pas, elle se fait complètement oublier. Je suis tellement étonnée, je l’emporte chez moi… je croyais que je ne supportais pas les grandes bagues, mais en réalité il ne s’agit que de son poids. Cela change tout.
Hirondelle n’a pas eu un bon Noël, je m’en doutais un peu. Et parce que je l’écoute de nouveau, qu’elle a déjà posé sa souffrance avant, qu’elle pleure toujours, et que j’ai l’impression que c’est là tout de suite ce qu’elle a besoin d’entendre, je me permets cette fois de lui donner un conseil. Je ne sais pas si c’était pertinent, mais en se quittant une heure après elle m’a dit que c’était en train de l’aider, alors peut-être que j’ai bien fait. Je leur souhaite tellement – tous les liens mère-fille n’ont pas à se briser.

tampon, rondelles, autocollant, liste de course (de créatif ^^)
Jeudi 8 et les autres après
Je suis si fatiguée, je relis, plusieurs fois, les mêmes passages, mais j’arrive malgré tout au bout d’un livre (le 7) puis un autre (le 8) d’ouvrages démarrés il y a 80 jours pour l’un et presque autant pour l’autre. Si fatiguée, je m’allonge et j’ai l’impression que je ne me relève que le samedi (pour faire des courses) : je me rallonge en rentrant. Je ne sais pas ce que je solde, ce qui me tombe dessus. Peut-être la décision d’aller voir ma grand-mère et donc ma famille, date posée en février. Je ne veux pas, honnêtement. Je voudrais juste elle, la voir et ne rien dire à personne – c’est impossible. Je n’ai pas suffisamment savouré les vingt années de porte fermée, je crois. J’envoie un message à tous, tantes et cousins, je prends soin de ne froisser personne (pas comme une fois où j’ai oublié les cousins parce que j’ai pensé que le message circulerait tout seul (ce qui a été le cas, sauf avec cousine 1 parce qu’elle était en froid avec sa mère). Ça avait été tellement mal pris (mais seulement par cousine 2, qui avait eu le message pourtant par sa mère) ; c’est trop compliqué, vraiment.
Sans surprise, les cousins ne répondent pas en dehors d’une (celle qui a tendance à s’engueuler avec sa mère). Cousine 2, qui occupe la maison que je voudrais vendre, ne répond à rien, parfois du bout des lèvres, et cette fois pas un mot. Enfant, je les adorais. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, nous avons éclaté dans 5 directions différentes, c’est terminé, cela ne fonctionne entre personne. Je crois que ma difficulté de communication joue (et le fait que Cousine 2 voudrait que je sois tout le temps à lui demander de ses nouvelles, elle l’a clairement exprimé, est éprouvant ; je suis trop silencieuse pour elle et elle m’en veut).
Nous entamons une longue discussion de notre côté, est-ce qu’on se tait ou est-ce qu’on leur dit pour la transidentité, les prénoms, les pronoms et je me paye toutes les prochaines discussions de questions malaisantes, intimes et blessantes étalées sur les dix prochaines années, à tous les appels ; comme pour l’école (et tu n’as pas peur ? et ils ont des contrôles ? Et c’est légal ? Et ils apprennent quoi ? Rien, on mise sur la pauvreté intellectuelle), les journées des enfants (et ils ne s’ennuient pas ? et ils font quoi ? et ils ont des ami.es ? et ils voient du monde ? non on les enferme dans un placard sous l’escalier parce qu’on a adoré Harry Potter), mes journées (et tu fais quoi ? et tu fais ton jardin ? et tu t’ennuies pas ? Comment ça tu es autiste ? Tu es sûre ? C’est bizarre. Mais qui te l’a dit ? Ah.. et la psy était sérieuse t’es sûre ? Tu devrais peut-être en voir une autre. Quand même c’est bizarre, t’as pas l’air, on l’aurait vu. Et ta maladie ça va ? Toujours pas de traitement ? Ma pauvre c’est terrible. Tu as essayé ce produit ? Je n’ai pas essayé la Javel, on sait pas), mes cheveux (oui mes cheveux sont un sujet. Récurrent. Quand est-ce que tu vas chez le coiffeur ? il faut les couper. Ou faire au moins quelque chose. Une couleur ? Il faudrait t’arranger un peu, pas comme ta mère. Tu pourrais être si jolie), la friperie (et tu y vas toujours ? Ça t’apporte quoi ? Ça ne serait pas mieux un travail payé, même quelques heures ? et tu fais quoi ? Enfin si ça te fait plaisir. Un jour elles me demanderont si je n’ai pas peur d’attraper des poux), la nourriture (et alors toujours vegan (prononcer vég-an ? Et tu n’as pas de carences ? Ah moi j’aime pas (le chou, les pois chiches, le…). Et tu as mangé quoi alors ce midi ? Ah bon, et ça suffit pour te nourrir ? Non, j’aime bien mourir de faim entre les repas et la javel). Et donc rajouter un sujet ? tellement pas envie.
Pour l’instant… je repousse l’information (avec l’accord des filles).
J’ai peur d’avoir tort. Dois-je privilégier leur bien-être ou le mien ?
La question est épouvantable. Les non-discussions ont un prix aussi.

Dimanche 11
Parce que je suis dégoutée par Spotify et que ça fait quelques mois que je réfléchis à en sortir, nous tentons Qobuz. Il y a beaucoup de positif, et dès ce premier soir je vois bien qu’il y a aussi du négatif dans cette expérience (article à venir). Mais je peux déjà dire au moins ça. Recréer un algorithme qui me connaisse : la souffrance.
Partages
. Pièce de théâtre :
J’ai la frustration intense de ne pas habiter Paris, mais visiblement cette pièce vaut le détour, une claque en pleine tête. Attention, elle n’est pas facile (suicide). Il s’agit (déjà) de ma deuxième frustration de l’année, je vais déménager – quoi d’autre.
Puisque tu pars au Théâtre les 3T (à Saint Denis), pour encore quelques dates en janvier.

. Expo peinture :
Art Capital (organisé via les Beaux-arts, par les artistes eux-mêmes) est une expo de 3000 artistes de « peinture, sculpture, dessin, photographie, techniques mixtes ». Elle sera visible du du 13 au 15 février 2026 au Grand Palais à Paris, et c’est ma première frustration (de l’année). J’ai envie de tellement de choses innaccessibles, c’est presque effrayant, parfois je ne sais plus si c’est moi qui désire trop ou si c’est juste le monde qui se concentre sur Paris (et les autres, tant pis). Je mesure régulièrement comme c’est pauvre, dans ma région.
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Il y a beaucoup de choses de proposées sur Paris – je ne retrouve jamais la même diversité en Province. C’est pour ça que je ne me vois pas retourner loin de tout ça…même si ça implique un plus grand isolement (enfin j’ai l’impression).
Le bruit parfois me foudroie et je me demande comment je vais faire pour vivre avec – j’ai tellement aimé le silence de la neige, moi qui n’aime pas la neige d’habitude.
Toutes ces questions, ça donne le tournis…ça m’a ramené à dimanche où j’ai revu ma marraine que j’aime pourtant beaucoup mais qui a posé encore et encore les mêmes questions, sur les mêmes sujets sensibles, avec le lot d’angoisses que ça génère en moi et tout ce que ça vient grignoter de confiance et de paix.
C’est dur les autres parfois…
La neige endort le paysage, le quotidien, j’aime beaucoup. Nous n’avons rien eu évidemment ici, elle m’a manqué. Elle fait taire une ville, c’est impressionnant (et apaisant). Paris est bruyante, je compatis :/
Je compatis. Oui c’est très dur, les autres 🙁 et intrusif, punaise
Ton paragraphe sur les questions (stupides) ininterrompues est un régal (en mode rire jaune et humour noir, évidemment).
J’imagine qu’il en faut une bonne dose pour équilibrer…
Je ressens aussi que le monde tourne trop vite, mon cerveau, mes pensées et perceptions suivent pas et si je ne me mets pas régulièrement dans ma bulle, pfiout épuisement. Sinon, sur dire ou pas à la famille…ma devise : pour vivre heureux vivons cachés. Faut se préserver des esprits fermés…bises !
Les bulles, c’est la vie ^^
C’est un principe que nous avons aussi, et clairement il simplifie drôlement la vie. Cette fois les choses se compliquent un peu (côté silence). ON va voir.
Bonne semaine 🙂