21 à 24 .
Noël approche, on le sent aux colis égarés – qu’on m’envoie, que j’envoie -, à la factrice qui court, à la foule dans les magasins et sur les routes. J’aurais aimé écrire « Noël approche dans la neige » mais il pleut. J’ai confectionné des étiquettes aux nouveaux prénoms des enfants, prétexte au créatif. J’ai étalé sur une feuille des taches de couleurs (avec des encres lamentables de chez Act**n et qui servent enfin à quelque chose), appliqué des tampons (j’en ai racheté – et à ce propos j’ai retrouvé ceux que j’avais perdus, ils sont chez mon amie A. Je n’ai aucune mémoire), envoyé des taches de peinture acrylique, dessiné par-dessus, et pour l’occasion j’ai ‘étrenné mon nouveau pochoir en étoile (fabriqué par moi-même). Et c’est fun, le résultat. J’ai découpé des rectangles, arrondi les angles et troué les nouvelles étiquettes. Je suis prête.



Parfois je me fais du mal, c’est mon histoire qui remonte avec un poing dans le mur et ce n’est pas un trou non, juste un mur défoncé. Au-dessus du lit. J’ai eu peur mais je suis restée, peut-être parce que j’ai eu peur ; c’est la partie que j’analyse mal. La sidération, sinon. Je creuse de trop côté à la fois, je crois, et je ne le fais même pas volontairement, c’est la vie qui tape à la porte et moi je trébuche tout le temps à l’entrée. Alors je creuse, mais le papier. J’ai mal aux doigts mais qu’est-ce que ça peut faire – parfois.
Et puis je décreuse, très vite je pose la lame ou la pelle, je ne sais plus ce que je tiens, j’arrête ce qui me blesse les mains. Je reprendrai plus tard, pas de certitude d’ailleurs. Étonnant comme à peine je prends la décision d’arrêter de creuser (le papier) j’arrête aussi l’intérieur – la force de l’inconscient, ça m’étonne toujours. J’apprends, à la place, à me tenir droite – cela semble sans rapport, et pourtant. Voir les années passer est un miracle, autant en être fier.e (c’est étonnant un peu, mais depuis le silence de sa voix, j’arrive à me tenir droite – peut-être qu’elle pesait très lourd).
La pluie tombe encore et encore, parfois j’ai l’impression que le monde va simplement se noyer.


25 à 31 .
Noël fut créatif, je crois pouvoir dire ça. Littéraire pour ma famille, créatif pour moi.
J’ai reçu une dinguerie, que j’ai triée pendant quatre jours de manière un peu compulsive. Et puis j’ai coupé copié collé sans trop savoir où donner de la tête – je pense avoir du matériel de découpe et collage pour les dix prochaines années tout en partageant avec Chouette (elle coupe colle aussi) (LeChat signale pour sa part, qu’on en a pour jusqu’aux petits enfants de Chouette). Le quatrième jour (le 28), tout bien à sa place dans des pochettes, j’ai commencé à préparer une double-page : je voulais poser un autocollant d’une femme avec un fauteuil roulant (suffisamment rare pour être précieux), j’avais tout, le fond le tour les papiers la colle et ça n’a pas voulu, il fallait que j’intercale une peinture (comme une vue sur le net) juste avant – pourquoi ? Incompréhensible. Le fauteuil avait du sens, j’avais rêvé que j’étais bloquée dedans et que mon accompagnant m’abandonnait en pleine ville et en plein danger ; au réveil je souffrais tellement au niveau des jambes j’ai compris le rêve sans avoir besoin de chercher très loin ni l’immobilisation ni la peur.


La pagaille s’organise et se range.
Je n’ai pas terminé cette double-page, elle viendra plus tard je suppose… étonnant mais parfois ce qui doit émerger prend du temps.
Je suis patiente.
– acrylique (noir), aquarelle (le reste).
Le 26, ma tante-marraine me souhaite une bonne fête et je réponds aussi peu qu’il est possible. Je compte les mots. Si nous étions dans un monde où utiliser des mots retirait de l’espérance de vie, je vivrais vieille. Sur le parking, la nuit nous a enveloppés, il fait très humide et très froid. On emmène avec nous un vieil homme pour l’emmener plus loin, là où il dort, il est sous oxygène – une part de moi se projette, est-ce que j’aurai toujours des ami.e.s pour m’empêcher d’y aller. Au retour, le coffre de la voiture me retombe avec force sur la tête – assommée, je suis. Il ne tient plus, il faut absolument qu’on le fasse réparer. Le mal de crâne met du temps à passer et je ne suis pas certaine de ce que laissent couler mes yeux, la douleur ou la rue.
Le 27, le soleil revient durablement (avec une vague de froid intense), c’est l’anniversaire de mon grand-père (il aurait eu 99 ans, pourquoi est-ce que j’aime ce chiffre ? 92 ans c’était très bien). J’appelle et ma tante-marraine est derrière, dans la pièce, elle commente tout ce que me dit ma grand-mère. De son côté ma grand-mère veut absolument que j’aille au catéchisme (elle pense à la messe, en réalité, mais n’en démord pas), elle est scandalisée que je n’y aille pas et c’est une des rares choses que je ne laisse pas passer : la religion, c’est non. Je crois qu’elle me considère perdue – je le suis sans aucun doute, mais pas comme elle le pense.
Une heure après ma tante-marraine m’appelle pour se plaindre de ma grand-mère à Noël, « tu sais pas ce qu’elle nous a fait encore » (alors que c’était doux, adorable : après l’apéritif qui s’éternisait, elle a demandé un café avec deux sucres. Refus, il y avait le repas. Après l’entrée, elle a demandé un café avec deux sucres. Refus, il y avait le plat. Après le plat elle a demandé un café. Avec deux sucres. Mais il y avait un autre plat (café). Et le fromage (café). Puis la buche (café). Je milite pour le droit d’avoir des repas de fêtes non éternels, je milite pour le droit des repères égarés, je milite pour avoir le droit de vivre Noël hors de sa famille, je milite pour les portes fermées au nez des personnes toxiques, particulièrement à Noël).
Ma tante-marraine me dit « bon, vous avez quand même mangé quelque chose de… euh… bon ou… ou vous n’avez rien prévu de… spécial » ? (tous les pointillés sont des silences marqués) : on est végétarien, visiblement les végétariens ne mangent pas de bonnes choses, et surtout pas à Noël. Fatigue.


30 décembre
Il fait froid, tellement. Hier un lapereau est mort, de froid je crois. De faim peut-être. Ou d’autre chose, je n’en sais rien. Le petit noir était prostré dans un coin, atone, j’ai pu le caresser sans qu’il bouge une moustache (ils ne sont pas apprivoisés). Je suis venue avec des herbes que j’ai coupé à l’arrache avec mes mains glacées – la souffrance – et je l’ai vu enfin bouger la tête pour manger. De faim donc, je le crains très fort, associé au froid. Le système du poulailler de mon beau-père est un peu marche ou crève, et hier deux bêtes ont crevé et je suis en colère. Avec LeChat nous avons attrapé tous les lapins (la grosse lapine n’était pas contente mais j’ai adoré réussir et la tenir… c’est idiot un peu, la fierté). Enfin le gros lapin, on n’a pas pu, on l’a gentiment dirigé en faisant rentrer des poules et des canards en même temps, puis j’ai attrapé les canards au couinement adorable et les poules toujours amusantes lorsqu’elles sont outrées, pour les sortir de là. LeChat a dit « tu es une vraie campagnarde » mais je ne serais pas capable de les tuer les vider les manger donc… pas vraiment.
Et donc on les a attrapés pour les mettre dans un enclos ensemble et à l’écart. Dans le principal, il y a trop de bêtes. Des poules, des canards, des pigeons, un seul point de nourriture pour une seule bestiole à la fois, avec une hiérarchie assez violente où certaines poules empêchent d’autres animaux de manger. Les lapins ne se défendent pas. Certains sont arrivés à manger, d’autres moins. Le lapereau noir a passé la nuit et ce n’était pas certain, c’est une belle victoire. Ce matin il sautillait, alors à priori il a été sauvé par notre système.
LeChat leur a ajouté du broyat pour qu’ils ne soient pas au contact du sol froid et boueux. Et être ainsi, un peu protégés de la vague de froid actuelle.
Le téléphone sonne. Je ne le sais pas, mais je suis en colère, émotionnellement à cran, lorsqu’elle m’appelle pour me dire « tu dois acheter une carte SNCF à 2€ c’est incroyablement pas cher, moi j’en ai pris plusieurs », le stress monte à l’intérieur et je lui réponds non. C’est une arnaque évidemment et elle est tombée dedans. Je lui fais bloquer sa carte bleue. Appeler sa banque ensuite. Changer son mot de passe. Et lâcher sa boîte mail. Je ne peux rien pour toutes les informations qu’elle a données, leurs noms, son adresse postale, leur année de naissance. C’est là que je perçois comme je suis en colère, je suréagis et très vite je comprends que ce qui sort provient surtout des animaux et de la faim et de la mort. Je m’excuse, et plus tard je déverse toute ma colère dans son oreille attentive, merci d’être là.
Je reçois (encore) une lettre qui concerne ma mère et sa mort. Elle meurt vraiment souvent.
Le soir, nous fêtons la nouvelle année à notre manière, très simple, un repas un peu tard et beaucoup de rires. LeChat rentre du travail à 22h20, et nous mangeons donc à ce moment-là (nous avions tenu avec une salade).
J’ai conscience de ma chance, de ce que j’ai construit avec eux. De ce bonheur d’être ensemble.
Encore une bien jolie année derrière nous ^^

Partages, 3
. Blog : Fanny Cheung – TDAh, diagnostics et angles morts
. Youtube : Joan Baez sur sa santé mentale
. Artiste : Kathleen Ryan, son site
Un travail tout en pierres, agate, ambre, labradorite, etc, notamment sur l’aspect de la pourriture sur les fruits (ce que je trouve d’un esthétisme fou).




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Oh ! Tu as reçu des stickers et des magazines ? Miam miam ! J’ai mis 7 jours à me remettre de 4 jours non-stop de contacts familiaux noëlliques pesants même si y a eu des trucs chouettes. J’ai hiberné, lu lu lu, dormi, collé mes ptits carrés, suis allée voir une expo (Niki de Saint Phalle), je voulais faire plus notamment aller voir des films au ciné mais mon corps était épuisé, il me fait même de drôles de gros boutons, et mon esprit fracassé fallait vraiment recoller.
C’est tellement bizarre Noël. On dirait que ça peut pas être simple, sain. Tout ce qui est complexe se condense à ce moment c’est fou. Moi mon Noël adoré c’est quand on revient de tout ça, fêter simplement avec mon mari et mon fils et nos chats, manger-boire de bons trucs tout simples et la joie de découvrir les petits cadeaux qu’on s’offre aux uns aux autres. À mon fils j’ai offert un resto avec moi en janvier, dans le petit boui-boui japonais qui fait les meilleurs sushis de Paris et on est ravis tous les deux. Bref, je reprends demain, faut bien, j’ai un peu recollé ça ira pour affronter la meute pro 😂Belle fin de semaine, belles créas !
Des stickers et des pages colorées/fleuries/trucs d’un côté, des magazines d’un autre ^^ Et je me suis offert des masking tape chez Act**n il y a quelques jours !
C’est rude les fêtes de fin d’année en famille <3 Je préfère 1000 fois le fêter juste entre nous, moi aussi. J’espère que tu t’es remise. Les boutons sont partis, au moins ?
Belle semaine à toi 🙂
Quelle belle créativité ! J’aime bien l’idée des étiquettes, je ne sais pas si je saurais faire (ce côté un peu random des superpositions).
Merci pour les partages aussi. La moisissure ornementée me fait un drôle d’effet, de répulsion-attraction (bizarrement, ça va mieux en gros plan, quand j’oublie le contexte alimentaire). Quant à l’article sur le TDAH, hyper intéressant. Je pense que le boyfriend est concerné, il le pense aussi, mais traîne la patte à l’idée de se faire diagnostiquer ; le fait qu’il soit déjà reconnu comme invalide et n’ait plus de travail salarié auquel se conformer explique peut-être des choses — corroborerait l’analyse du blog, en tous cas.
C’était mon premier essai de superpositions aléatoires, c’est un peu maladroit mais le rendu est sympa (c’est tout ce qu’on lui demandait ^^). J’avais en tête de faire comme en aquarelle, du plus clair au plus foncé. C’est tout (il y a peut-être des règles que je ne connais pas). Si ça te tente, c’est très libérateur 🙂
Je comprends pour les moisissures, j’ai failli ne pas le partager de crainte que ça gêne quelqu’un. Ce n’est pas facile à appréhender. J’ai essayé de choisir celles qui étaient les plus « abordables ».
Je me dis que le diagnostic doit se faire quand la gêne est très grande, qu’on a besoin d’aide, mais sinon… (ben sinon il y a des astuces sur internet ^^’ ça m’aide bien en tout cas, comme les listes). C’est très énergivore, les dépistages, du coup moi non plus je ne m’en occupe pas. Je suis moi aussi de l’idée que ça sert surtout à se conformer aux autres :/
Tes créations sont toutes très belles et inspirantes. On sent que tu te laisses porter par ce qui vient. J’aime lire que c’est « fun ».
Prendre conscience du construit et de notre part de chance, oui…
Intéressants tes partages – je ne sais pas si il faut toujours savoir même si quand même parfois un diagnostic ça peut aider, ça met certaines choses en perspective. Parfois je me pose des questions et puis ça passe. Je ne sais pas trop où je me place, où j’en suis mais peut-être que je suis juste un mix de plein de choses que je ne sais pas nommer.
Magnifique le travail de cet artiste – très délicat. Rendre beau ce qui est mis de côté.
Belle semaine!
Merci beaucoup <3
J’ai un fonctionnement maintenant, qui date du bas âge de mes enfants. Quand il me semble que je (ou un enfant) coche une case d’un diagnostic possible, je cherche comment on peut être aidé sur le net. C’est comme ça que suite à une recherche pour le TDA, j’ai par exemple découvert les listes (et c’est un fait, en écrire m’aide tous les jours, pour tout). Un diag doit apporter quelque chose, si on trouve cette aide autrement, ça me parait très bien aussi.
Belle semaine à toi aussi 🙂