Écriture de 100 souvenirs, sans jamais regarder les photos, sans chercher sur le blog ou les carnets, sans en discuter avec une personne. C’est ce qu’il est resté de mon année, en grattant un peu parfois le tréfonds de ma mémoire (surtout vers la fin). C’est un peu comme attraper un fil de laine, on tire et on voit ce qui vient : pas toujours évident. Certaines qui me sont venues, je les ai tues, ce qui a compliqué encore l’exercice : il fallait en trouver d’autres. Mais toujours avec cette sensation de faire tomber des souvenirs en pensant à une chose puis une autre, une sorte de cascade mnésique colorée qu’on écrit ensuite.
Amusant.
. Le concert de Zaho de Sagazan, une merveille
. Le chat à l’aquarelle, je sais encore produire quelque chose avec un pinceau et de l’eau
. Chiharu Shiota, la puissance du raz de marée
. Rencontre de deux personnes merveilleuses, l’hôtel à Paris, la tour Eiffel de nuit et se quitter
. La roue crevée sur le parking (et cet homme qui toujours, garde son calme et plaisante, même)
. Le gecko qui habite dans la boite aux lettres tout l’été
. Le livre surprise offert par Eli, reçu par la Poste
. L’expo d’Arcane
. Le poisson dans la falaise, il attend la marée
. La dédicace ratée et notre épuisement-repli
. Je vide, par des lectures accélérées, la table basse du salon encombrée de livres offerts que j’apprécie peu
. La convention Manga de Montpellier, en fauteuil
. L’immense déclaration d’amitié
. L’Espagne, son océan, ses arbres et ses dragons
. Je suis entre les pattes de l’araignée la plus géante au monde (il en existe d’autres, notamment au Japon ou au Canada)
. L’allergie aux protéines de lait qui s’aggrave, la gorge qui gonfle
. L’allergie qui disparait, je soigne des liens et des êtres
. Dormir une nuit sous une tente… comme en plein jour
. L’immense désarroi, souffrance et panique d’arbres en train de mourir
. Les puces qui m’ont épargnée
. Les baguettes magiques, ma première création sans aucune angoisse/petite voix pour me dire que je suis nulle
. Petit fantôme d’argile sur lequel je me soigne
. Le livre que je choisis et devient un carnet de collage
. La lettre du voisin, les arbres découpés
. Les acrobaties de l’écureuil
. Le regard de l’épervier d’Europe qui vient de se poser au-dessus de moi
. La mygale dans les mains, troisième fois
. L’expo de nuit, lumineuse et glacée
. Une fleur violette dans un magasin, cassée, ramassée au sol, qui a tenu quinze jours dans l’eau
. La couture en accéléré du cosplay de Powder (Arcane), la dinguerie des détails
. La couture en accéléré du cosplay de Five Pebbles, du jeu Rain World, plus simple et plus dur en même temps
. L’erreur de train sur Paris, le fou-rire aussi
. La clé forgée à l’ancienne d’une armoire, trouvée, ramassée, gardée, je suis folle des clés anciennes
. Je tombe dans les scans de mangas, une addiction
. Je découvre le pouvoir du sucre sur les oignons mis à revenir, dans une sauce tomate dinguement revisitée
. Les 4 livres de Game of Thrones acheté en anglais sans le tome 1, un peu fatigués, avec l’espoir de les lire un jour
. Le bouquet de roses sur mon bureau, l’une tiendra longtemps
. Parler en anglais avec un couple américain comme on jette des mots en l’air, après il faut trier
. La géode, ses baleines et sa librairie LGBT
. Le livre Arcane, enfin sur mes étagères
. Le projet de dessin inhérent, que je finis par oublier-laisser sombrer aux calendes
. La hernie discale, une autre, elle coince à gauche
. Tout au long de l’année, presque, les épisodes de Game Of Thrones avec Kira
. LeChat réduit ses heures de travail et passe les premières semaines à dormir jour et nuit
. Je m’inscris sur un forum littéraire et je rentre un par un, tous les ouvrages de mes étagères avec précision de l’année d’édition, sauf les très vieux livres que j’abandonne au non listage
. Des gaufres, des gaufres, des gaufres… élues goûter de l’année, chocolat chantilly
. J’envoie un livre qui compte beaucoup pour moi (et elle, il me semble), je reçois deux DVD qui comptent beaucoup pour elle (et moi c’est certain)
. Un colis reçu de Bretagne, pour Noël, une dinguerie
. La douleur m’entrave, le créatif prend un autre chemin
. Une dame à la voix douce de la mairie de Cléon m’appelle pour des livres en retard… je n’habite pas Cléon
. Le mariage de O., sa maison-gardienne, retrouver M. et ne pas savoir garder le lien ensuite
. Recevoir un chèque au nom de ma mère morte
. La mésange affolée, perdue dans la vaisselle mise à sécher
. Voir Blanche mille fois cette année
. L’hôtel à Montpellier, croiser un souvenir et ne pas lui parler
. Laisser partir la peinture à l’huile de mon grand-père, puis de ma tante-presque-gentille
. La bouteille de schweppes éclatée dans la cuisine, les morceaux retrouvés pendant des semaines jusque sur le canapé et des étagères
. La spatule à pain oubliée dans la pâte à gaufre, deux fois, ensevelie par la pâte gonflée
. Les fraises dans le jardin, quelques rares framboises
. Recevoir Lutin.e, sa confiance et ses larmes, les voir dormir tous les trois au grenier
. Tomber sur une vieille photo d’avant les enfants, m’apercevoir que j’étais jolie et ne le savais pas, me poser la question, je suis comment maintenant alors
. La dispute avec, pleurer
. Les falaises géantes, au bord de l’océan, se sentir si petit ; se faire rattraper par la marée
. M’apercevoir pour la énième fois que je déteste les challenges que je m’impose, les abandonner sciemment
. Mes tantes lâchent ce qui les rendait méchantes, m’allègent moi
. Le parfum de l’infirmière entre avant elle, son racisme reste à flotter dans la pièce bien après son départ
. Des œufs d’araignées éclosent dans la chambre de Kira, dans une boîte fermée par un élastique (pour m’apaiser moi)
. Oubliée par ma grand-mère pendant plusieurs jours, je ne sais plus quel lien existe entre ma famille et moi
. Avoir l’envie violente, viscérale, sidérante et fugace, de rétablir la peine de mort pour les violeurs
. « elle ne mange pas en ce moment », me dit-elle alors qu’elle semblait aller vers un mieux, et je suis impuissante à les aider
. J’écoute Solann et je suis balayée, je l’ajoute à la playlist maudite pour ne surtout pas l’écouter – mais en vrai, parfois... (j’aurais pu les écrire)
. Un matin, je lève la tête, il n’y a plus une seule feuille au-dessus de moi, seulement des fleurs séchées et cet automne n’a pas de sens
. Elle me dit, « mais non tout va bien on est amies » et la méfiance me fait attendre – alors qu’elle disait vrai
. Ma première création en argile, un champignon, chez ma belle-sœur
. J’écoute une (seule) musique de méditation, ça me fout en l’air l’algorithme de Spotify
. Je croise une femme percée tatouée au sourire éblouissant– je ne me souviens que du sourire
. L’instant où j’ai décidé de ne plus la repousser, d’écouter la petite voix qui me dit que tout ce que je fais est nullissime et de lui répondre,c’est nul et après ? et depuis elle n’existe plus – je revois l’instant, l’arrêt comme un demi-tour, yeux dans les yeux
. Une fille, puis l’autre, change son prénom, une valse de prénoms me viennent pour les nommer, ce qui inclut le nom du chat. Cerveau totalement retourné, avant de se stabiliser (bien plus tard).
. La trouvaille chez Gibert à Montpellier, de notre premier manga en japonais (les carnets de l’apothicaire), les travaux autour du magasin lorsqu’on explose de joie (comme si je pouvais le lire)
. Le sac à dos alourdi de deux gros livres, j’aggrave la douleur bras/nuque/hernie – jamais remise à ce jour.
. Il quitte la maison sous la pluie et notre beau parapluie rouge bordeaux, il a son immense sourire
. Je m’achète enfin une gourde, aux couleurs arc-en-ciel (et presque LGBT+ )
. Je crée cet espace, il n’est pas trop cher mais va le devenir, je croise pour ne pas le regretter un jour (en attendant, c’est merveilleux, je ne m’énerve plus sur le blog et ne regrette pas du tout l’ancien)
. Il met en route le chauffage, notre première fois, un mois plus tôt qu’on ne le pensait ; tellement heureuse qu’on ait pu en payer l’installation, pile l’année où il fait si froid (on a le chauffage pour la première fois en trois ans)
. Mon beau-frère nous fait goûter le kiwano, je déteste le goût comme la texture
. En cherchant un canapé neuf, nous tombons sur le même couple, dans tous les magasins faits, toute la journée ; nous en rions chaque fois – il se trouve que LeChat et le monsieur se connaissent.
. Je gagne un livre lors d’un concours, lorsque je reçois le livre il est accompagné de la facture marquée « à payer » dans le carton (erreur perturbante)
. On emmène en voiture un vieil homme, un soir-nuit de froid humide, d’un parking hors de la ville jusqu’à une rue d’un quartier qui craint un peu, il dit qu’il a 56 ans il en fait 80, est-ce qu’il en a vraiment 56 ? La rue abîme tout
. Sur le bas-côté, une voiture a raté son virage. Toujours le même endroit
. Le hoya carnosa dont ma belle-sœur m’a fait des boutures et qui est à l’agonie depuis des mois, se réveille un matin avec une nouvelle pousse depuis la terre, je suis bluffée par sa soudaine vitalité
. Le plaisir des biscuits au sésame
. Je crois que des abeilles se sont installées chez nous, je me suis trompée
. 353 magazines Géo s’offrent un voyage-Noël jusqu’au sol de ma maison, ils commencent au numéro 1
. Je m’achète une toute petite casserole, pour chauffer l’eau de mon thé (parce que sur les 3 autres, jamais il n’y en une de propre quand j’en ai besoin). Lorsque je la vois, je sais que ce sera elle. Elle est rouge, vieille, d’occasion ; et toujours propre (interdiction à la famille de l’utiliser pour autre chose que de l’eau, sa petite taille aide grandement)
. Je trouve une bague très fine, très (très) légère, en argent, et je l’achète : la première depuis ma toute première bague de fiançailles (en 2002 ? 2003 ? j’ai oublié) dont je me suis débarrassée, la première dont je supporte le poids (en dehors de l’alliance) : j’ai enfin une bague sur un doigt (insérer la compréhension suivante : une bague a un poids insupportablement douloureux et je n’en avais jamais retrouvé d’aussi légère que cette première-là)
. Le froid est tel, LeChat doit asperger d’eau chaude la serrure de la portière de la voiture, pour pouvoir entrer la clé.
. Je vends mon appareil photo et j’ai peur de tout perdre
. J’achète le nouvel appareil photo. J’y ai perdu autant que j’y ai gagné, et ce que j’ai perdu est difficile à accepter
. Corail nous suit en promenade, miaule lorsqu’on va trop vite
. Je fais un puzzle et je trie mes pensées en même temps
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J’ai eu envie de pleurer (de beauté, et d’appréciation du caractère précieux de ces traces du quotidien et de l’intime) à la lecture de cette liste. Très bel exercice. (j’aime beaucoup les listes ^^) Après j’ai eu envie de faire la même chose, mais j’avais déjà eu trop de temps pour réfléchir, et que ça brouille le but de l’exercice (et puis, ma conscience du temps et d’une année est un peu floue…). Moi qui connais encore peu ton blog et n’ai pas tout un tas de repères sur ta vie, je trouve ça fascinant de voir tout ce que ça peut m’apporter quand même, tes notes et listes et bilans et articles que tu écris avant tout pour toi-même. Merci de nous partager tout ça <3
J’adore les listes ^^ depuis un an j’en fais pour tout, ça sauve mes journées (je pense être TDA, mais aucune envie d’aller chercher un diagnostic, c’est trop énergivore). Du coup celle-ci, j’aime pour son côté « aller chercher loin dans l’année », ça me prouve que j’arrive à avoir de la mémoire. Parfois je me trompe, c’était l’année d’avant, je vérifie une fois les 100 souvenirs listés. Je crois que surtout, ça m’aide à ranger l’année passée, elle prend sa place dans l’exercice, dans ma tête. Elle s’ancre. Devient solide.
Tu peux, c’est très bien d’y avoir réfléchi : ça a fait remonter des choses avec un effet boule de neige, c’est très amusant ^^
Merci beaucoup pour tes mots, c’est « rassurant » d’une certaine manière, de savoir que même si j’écris pour moi, ça a du sens pour la personne qui va lire <3
Une jolie liste de souvenirs… je ne sais pas si j’ai envie de le faire pour 2025, mais j’en aime l’idée
C’est très agréable à faire, comme je disais à Charlie : ça ancre l’année dans quelque chose de solide. Je te lirais avec plaisir si tu en avais l’envie, le temps 🙂
J’avais complètement oublié que nous avions fait ça l’année dernière. 100 souvenirs. Tu m’as donné envie de rejouer l’exercice.
C’est drôle de voir ce que l’on retrouve de la lecture annuelle de tes carnets web et ce qui surgit ici que tu n’avais encore jamais mentionné (ou que j’avais oublié ?). Le coup de la petite voix dénigrante qui disparaît dans le « nul et alors ? » je trouve ça incroyable.
Je me suis demandé si tu le referais cette année ^^
Sans doute les deux, oubli et jamais mentionné. Parfois je poste un article et je me dis « mince j’ai oublié de parler de telle chose » et tant pis. Et cette année on rajoute le fait que des articles n’ont pas été écrit : l’Espagne et une expo, je manque de temps et d’énergie. Mais du coup l’Espagne a émergée au milieu ^^
Pour la petite voix, je suis la première surprise. J’ai passé ma vie entière a tenté de la repousser, sans aucun effet, à me dire parfois « mais non je ne suis pas si nulle » sans résultat. C’était trop ancré en moi, que je l’étais, l’accepter comme tel m’a semblé soudain pertinent, ok je suis nulle et alors ? Et le silence de la voix. Depuis, le créatif se déploie et c’est assez dingue (parfois j’en pleure, de ce silence. De cette liberté).