Je me perds de nouveau dans les jours, la faute au ralentissement qui me tient loin de l’écran et de la prise de note. Je ne sais que mercredi, totalement épuisant. La friperie et les deux collègues, le soleil coincé dans le brouillard, la sortie que j’ai tenue à faire malgré la fatigue du travail, en revenant la perceuse, les tiges à tordre, la colle et les mains aussi douloureuses que si je les avais écrasées dans une porte, et puis ça passe et le soir l’endormissement où j’oublie la mélatonine – et un seul réveil dans la nuit. Grosse journée. Il avait plu toute la nuit précédente. J’avais pensé, à 8h, que le linge sècherait dehors mais le brouillard s’est durablement installé, la lumière était dorée mais ne chauffait rien. Une corde a lâché, abandonnant à la terre les vêtements aux feuilles mortes trempées. LeChat, agacé et sur le départ, a mis la corde au sol sur celle encore vaillante (enchevêtrement de tissus et de feuilles mortes) et le temps que je dise « tu ne devrais pas, ça risque de peser trop lourd et la deuxi… » et la deuxième corde était au sol, dans les feuilles mortes. Tout le linge propre mais trempé dans les feuilles, c’est visuellement dérangeant. Que notre hiver soit très humide est une chose, mais salir tout le travail… Grosse journée, vraiment. On a abandonné le linge dehors, provisoirement posé avec les cordes les épingles et les feuilles mortes, dans une bassine. Et on a fui vers le brouillard. La lumière rendait flou les frontières, entre soleil noir et champs éblouissants. Lorsque le soleil était complètement dévoré, il faisait si sombre, c’était puissant.





Le linge a été rentré. Depuis, il pleut. L’humidité me rentre dans le corps, c’est détestable.
Avec Chouette, nous avons créé des glands avec des cupules (récoltées un soir en Espagne) et des billes. J’aurais aimé en avoir seulement des transparentes, l’éclat aurait été incroyable, mais j’ai fait avec ce que nous avions (et c’est très bien).
Je ne sais pas pourquoi c’est si gratifiant d’utiliser ses propres outils (et moins de les emprunter à mon mari), mais j’ai senti une immense joie et fierté à percer les capuchons des glands avec ma perceuse. Je n’aurais jamais pensé que ça serait si difficile d’ailleurs. On n’imagine pas le travail infatigable des insectes qui font des trous dans des troncs. J’y ai laissé mes mains, entre ça et la pose d’un bout de fil de fer à tordre, c’était difficile pour mes doigts. Je n’ai aucun regret, mais je ne ferai pas ça tous les jours, depuis je peine et j’ai mal. Il faudrait que je retrouve ma trousse à outils pour bijoux d’ailleurs, elle aussi a disparu (ils doivent être avec les tampons, dans les backrooms).
Et pendant que nous percions les mystères du bois et collions des bulles colorées, LeChat créait notre sapin en 2D.



elle m’a dit « je peux ? » et j’ai dit d’accord





Je termine mes achats de Noël, très en retard mais à priori dans les temps – phrase bancale. À l’inverse je reçois des cadeaux pour moi, à mon nom, sans aucune précision, et je les ouvre donc bien en avance sans le vouloir. J’en réceptionne également tout un tas à la place de mes beaux-parents absents : la factrice a trouvé ma porte.
Mes beaux-parents sont venus nous voir il y a quelques jours, pour nous souhaiter Noël en avance (je sais qu’ils seront absents dès le 24, mais je n’ai pas compris la précipitation pour autant). C’est agréable d’ouvrir des cadeaux tout le mois de décembre, et pas seulement le jour prévu, ça pétille un peu en avance et la pression n’est pas la même du tout. Malgré tout, mon rapport aux cadeaux est tellement désastreux, lorsque j’ai déballé le papier j’ai vu un billet et une grosse pierre dessus. Je n’ai absolument pas tiqué sur le fait qu’une grosse pierre argileuse sans attrait aucun (voire moche) soit offerte en cadeau. Je me suis juste dit, d’accord. Même pas étonnée – est-ce que je vaux autre chose, à cet instant précis. J’ai dit merci. Une grosse pierre en argile, j’ai pensé que je la poserai dans le jardin. J’ai failli la laisser là, dans son emballage, sous le sourire de ma belle-mère. Je l’ai retournée juste pour être sûre qu’elle n’avait rien de remarquable en dessous non plus.
Ah.
Ça m’a un peu inquiété sur ma capacité à me satisfaire de tout et n’importe quoi.
Et de l’étouffer.
Je ne progresse pas du tout, j’ai toujours sept ans.
Je crois que je continue de déballer le même cadeau, à l’identique, dans une boucle temporelle effrayante. Il me semblait que Noël, j’avais un peu progressé, je n’ai plus le cœur qui s’emballe en touchant le papier à déchirer c’est donc que je n’y suis plus. Encore une chose à travailler, à remettre en avant. Mais est-ce que j’aurai le temps, est-ce que la vie devant moi va suffire ? C’est le même lieu le même instant le même souffle, je continue d’en tomber.


Le concert de Solann s’est précisé, j’y vais avec Blanche, Lutin.e et Kira. Il aurait dû y avoir aussi D. mais bien qu’il soit majeur, ses parents refusent une sortie en semaine (école). Mais enfin, j’ai mon premier concert avec cette joyeuse bande, nous allons nous créer de beaux souvenirs.
Je réalise un soir que je sais ce qui a changé dans le créatif, comment ai-je pu oublier une chose pareille ? J’ai arrêté de repousser la voix de ma mère (et qu’elle me revienne en boomerang ensuite), arrêter d’essayer de la faire taire puisque ça ne fonctionne pas, et j’ai fait face à toute la nullité qui m’a foncé dessus, m’a hurlé que je ne savais rien faire, j’ai écouté, ça ne m’a pas dévorée, et what else, now. Et alors, plus rien.
Le silence.
Le silence et la créativité.
Il est là, le lâcher-prise. Je n’écoute plus ma mère me détruire.
C’est tout.

Les nuits je rêve à n’en plus finir. Dans le dernier, je suis dans un bus avec mon amie d’enfance (dans mon rêve, ses cheveux longs sont épais et magnifiques) et un jeune garçon (6 ans ? 5 ?). Je cherche à l’occuper, je l’assois à une petite table avec des crayons de couleurs (ça y est, mon premier rêve depuis un moment où on voit que ça en est un parce qu’étrange), il s’occupe sur le trajet. La nuit est tombée comme on trébuche, d’un seul coup. Je suis un peu perdue, je demande à mon amie si elle est sûre que nous nous arrêtons à Freux, elle est certaine. Et puis. Elle me dit « ce ne serait pas un d, ce ne serait pas « Freud » plutôt ? mais je suis sûre (et pourtant je vérifie, et j’ai raison c’est bien Freux avec un x). Le bus s’arrête à notre arrêt mais nous n’avons pas le temps de descendre (j’ai tardé à attraper l’enfant) que le bus repart déjà, j’ai le pied presque au sol mais celui-ci m’échappe, se délite, je pourrais tomber et serais la seule à m’y rendre de toute façon. Je propose d’aller au terminus et revenir, mais je souligne que ça ferait cher, qu’il faudrait payer trois aller et trois retour. Mais l’arrêt suivant est un restaurant entouré de désert et ne donne pas envie de s’y arrêter ; il n’y a rien pour moi, pour nous. On continue au terminus, demi-tour, sans payer parce que personne ne nous le demande (j’ai conscience de frauder, mais aussi d’en avoir marre de payer). Nous arrivons à Freux (affreux) et nous descendons.
Je me suis réveillée.
Je creuse, ça va être affreux.
Je creuse, pourtant.
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. Youtube : (je n’aurais jamais mis ce titre)
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Nan mais la portée symbolique de ce rêve oO Genre, comme c’est un rêve, fallait obligatoirement que ce soit étrange, mais ton cerveau a quand même mis les grands moyens pour se rendre explicite 😀
J’ai demandé à mon cerveau qu’il m’envoie des rêves clairs (il m’a tellement écouté, pendant presque une semaine il n’y avait quasi rien d’étrange dans mes rêves, c’était réel et dérangeant du coup). Il y a des personnes qui arrivent à diriger leurs rêves, ce n’est pas mon cas. Mais je peux provoquer que mon inconscient me parle par là, ça me va ^^ Dans ce cas précis, il n’arrête pas de m’envoyer des panneaux « t’es sûre que tu veux aller là ? », je commence à me dire que ça ne va pas me plaire.
» Je n’écoute plus ma mère me détruire » – Quel chemin! Comme quoi la création nous amène sur des sentiers qu’on n’imaginait pas pouvoir emprunter.
Oui c’est ce que je me dis aussi souvent quand je rêve, c’est complètement fou, flou…sauf que parfois ce flou dit quelque chose quand même, on y perçoit quelque chose.
Je dois dire que je ne m’attendais pas à ce chemin, ni à cette réussite ! C’est étrange de ne plus avoir cette voix, vraiment étrange (et formidable bien sûr, mais c’est perturbant aussi).